La Chine dévalue le yuan et fait chuter les Bourses

Le yuan a accusé mardi son recul le plus important depuis 1994. ©REUTERS

Le yuan a accusé son recul le plus important depuis plus de 20 ans après sa dévaluation surprise. Les Bourses, les devises émergentes et les matières premières ont lourdement chuté.

Chaque jour, la banque centrale chinoise (PBOC) fixe un taux pivot autour duquel la devise chinoise, le yuan, est autorisée à fluctuer, dans une fourchette limitée à 2% de part et d’autre. L’institution a fortement abaissé mardi le taux de référence du yuan face au dollar, le ramenant à 6,2298 yuans pour un dollar, contre 6,1162 yuans lundi, soit une réduction de 1,9%, provoquant la chute la plus importante de la devise observée sur une séance depuis 1994.

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Une dépréciation de 1% du taux de change réel du yuan pourrait doper de 1% la croissance des exportations chinoises.

La banque centrale chinoise a toutefois soigneusement évité de parler de "dévaluation", évoquant un ajustement "unique" et une "nouvelle manière" de calculer son taux pivot. Désormais, la PBOC intégrera "pleinement" l’offre et la demande du marché afin de refléter plus fidèlement la valeur réelle du yuan, a-t-elle assuré.

Les matières premières et le luxe sous pression

Toute baisse du yuan renchérit automatiquement le prix des matières premières, libellées en dollars, pour les importateurs chinois, et pourrait donc plomber la demande du pays. Les prix des matières premières, déjà sous pression depuis plusieurs semaines, en raison notamment du ralentissement de la croissance de l’économie chinoise, ont donc fortement reculé. Le cuivre est ainsi tombé à un nouveau minimum en six ans à 5.109 dollars la tonne.

Le secteur des producteurs de matériaux de base a accusé une des plus fortes baisses mardi sur les Bourses européennes (-4,09%). À Bruxelles, Bekaert a chuté de 2,63% à 28,85 euros et Umicore de 2,48% à 37,99 euros.

Les Bourses européennes ont aussi été pénalisées par la chute des groupes qui exportent beaucoup vers la Chine. À court terme, la dévaluation du yuan réduit en effet la valeur de leurs ventes dans le pays et rend les producteurs chinois plus compétitifs. Les constructeurs automobiles européens ont cédé en moyenne 4,09%. BMW a chuté de 4,26% à 89,42 euros à Francfort tandis que Volkswagen a reculé de 3,69% à 183,80 euros.

Le secteur du luxe qui vise aussi la clientèle chinoise a également dévissé. LVMH a chuté de 5,42% à 164,85 euros à Paris, tandis que Kering, propriétaire de la marque Gucci, a reculé de 3,89% à 172,85 euros. La perspective d’un rebond des exportations chinoises n’a pas soutenu la Bourse de Shanghai (-0,01%), les investisseurs estimant que l’intervention de la banque centrale chinoise soulignait une hausse des risques pesant sur la croissance de l’économie chinoise.

Sur les quatre derniers mois, le yuan s’est avéré imperturbablement stable face au dollar, oscillant dans une fourchette d’à peine 0,4%. "La courbe du yuan ressemblait à une ligne droite", commente Wang Tao, analyste chez UBS, interrogée par l’agence de presse AFP. Pourtant, poursuit-elle, "les forces de marché poussent le renminbi(NDLR: autre nom du yuan) à la baisse de façon persistante, sur fond de ralentissement de la croissance chinoise", et du renforcement du dollar "en perspective d’un relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine".

Soutien aux exportateurs….

Lors des derniers mois, les autorités chinoises ont soutenu le cours du yuan, en multipliant les interventions sur le marché des changes, afin de dissuader la fuite des capitaux et de protéger les emprunteurs en devises étrangères alors que l’économie chinoise connaît son rythme de croissance le plus faible depuis 1990. Les interventions sur les marchés ont entraîné une chute de 300 milliards de dollars des réserves de change de la banque centrale lors des quatre derniers trimestres.

Fort de ce soutien, le yuan signe la meilleure performance parmi les devises émergentes. Une évolution qui a contribué à rendre les exportations chinoises moins compétitives. Le mois dernier, elles ont accusé un recul de plus de 8% sur un an, selon des chiffres publiés il y a quelques jours.

La dévaluation du yuan vise-t-elle donc à soutenir les exportations? Selon Tom Orlik, économiste du cabinet Bloomberg Intelligence, une dépréciation de 1% du taux de change réel du yuan pourrait doper de 1% la croissance des exportations du pays. De quoi renforcer les craintes de dévaluation de la part d’autres pays, notamment les autres économies asiatiques, soucieux de protéger la compétitivité de leurs devises et de leurs exportateurs. Les devises sud-coréenne, indienne et indonésienne notamment ont fortement reculé mardi sur la perspective d’une guerre des monnaies.

… ou opération séduction du FMI?

Selon certains observateurs, avec ce pas supplémentaire pour libéraliser son marché des changes, la Chine viserait plutôt à envoyer un signal positif au Fonds monétaire international (FMI). Pékin, qui encourage activement une internationalisation du yuan, cherche en effet à lui faire intégrer les Droits de tirage spéciaux (DTS), l’unité de compte du FMI. "Un important travail reste à accomplir" pour cela a cependant averti l’institution, qui doit se prononcer sur le sujet en novembre. Un pari qui s’annonce périlleux: une dépréciation de 1% du yuan face au dollar pourrait provoquer des fuites de capitaux de 40 milliards de dollars.

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