La Chine ne s'est pas remise de la débâcle boursière de 2015

©AFP

L'envolée de la Bourse de Shanghai semblait illimitée, gonflée par des crédits faciles... jusqu'à la spectaculaire dégringolade de l'été 2015. Un an plus tard, les marchés ne s'en sont toujours pas remis, la confiance du public s'est évaporée et le pays a retardé de cruciales réformes.

Mi-juin 2015: la Bourse shanghaïenne commence à dégringoler. Elle poursuit son plongeon par saccades jusqu'en septembre et entraîne dans son sillage les places mondiales. En quelques semaines, elle perd jusqu'à 40%.

+150%
En un an, la Bourse de Shanghaï s'était envolé de 150%.

Panique générale, après une longue période d'euphorie. En l'espace d'un an, l'indice shanghaïen s'était envolé de 150%: les investisseurs empruntaient à peu de frais les fonds nécessaires pour acheter des actions, sur les recommandations enthousiastes des médias officiels.

Le dénouement a traumatisé les petits porteurs chinois, qui forment l'écrasante majorité des investisseurs sur les Bourses locales. Ils s'étaient parfois lourdement endettés pour investir, via la pratique des "opérations sur marge".

Et ça continue... Parmi les indices boursiers mondiaux suivis par le Wall Street Journal, Shanghai enregistre pour le moment la pire performance de 2016A la clôture mercredi, l'indice composite shanghaïen s'affichait en baisse de 43,3% par rapport à son sommet de 5.166,35 points un an auparavant.

Confiance trahie, réformes à l'arrêt

Depuis sa débâcle estivale, la Bourse n'a jamais pu durablement se reprendre. D'autant que les Chinois se sont depuis tournés vers d'autres marchés, l'immobilier et les matières premières, objets d'une véritable fièvre spéculative.

©© Imaginechina/Corbis

Pire: la confiance des investisseurs envers la Bourse semble irrémédiablement écornée. L'été dernier, le gouvernement était apparu impuissant à enrayer le krach malgré son interventionnisme forcené, à coups d'achats massifs d'actions via des organismes publics et des maisons de courtage, et en paralysant une partie de la cote.

La nécessaire transformation du système d'introductions en Bourse - dont les paramètres sont déterminés par les autorités - se fait attendre, et les investisseurs institutionnels tardent à remplacer la foule des petits porteurs. Pourtant, les autorités continuent de défendre l'éventuelle inclusion de titres des Bourses chinoises dans les indices mondiaux de référence compilés par la société MSCI, qui servent de guide pour les portefeuilles des fonds d'investissements.

Fin des 'profits mirobolants'

Pour arriver à ses fins et revigorer ses Bourses, "le gouvernement doit construire un marché ouvert, libre et juste, régi par la loi", sans interventionnisme arbitraire, souligne Hong Hao, stratégiste du cabinet BOCOM International. 

"Le gouvernement doit construire un marché ouvert, libre et juste, régi par la loi."
Hong Hao
De BOCOM International

Et pour cause: en janvier, l'invraisemblable fiasco du "coupe-circuit" - un système interrompant automatiquement les échanges boursiers en cas de forte baisse - a de nouveau affolé le public. Le mécanisme s'est révélé totalement contre-productif, les investisseurs s'épouvantant à l'idée que l'Etat les empêche de revendre leurs titres quand ils le souhaitent. Les Bourses chinoises avaient aussitôt plongé, et le "coupe-circuit" avait été précipitamment désactivé... quatre jours seulement après sa mise en place. L'épisode avait entraîné la nomination en février d'un nouveau patron à la tête de la CSRC.

Et la Bourse de Shanghai pourrait continuer de s'enfoncer. "Le gouvernement va tenter de redynamiser le marché en douceur, avant de lancer des réformes graduellement", estime l'analyste Zhang Qun. "Les régulateurs ont pu apprendre à respecter le marché", ajoute-t-il. Mais "les investisseurs doivent réduire leurs attentes, et abandonner tout rêve de profits mirobolants en Bourse."

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