analyse

Une Réserve fédérale moins accommodante

Jerome Powell, président de la Fed ©REUTERS

La banque centrale américaine (Fed) relève ses taux pour les fixer entre 1,5% et 1,75%, comme prévu. Elle relève également ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019.

La Réserve fédérale a relevé comme prévu son principal taux directeur, à 1,75%. Ses membres sont cependant plus enclins à accélérer la cadence. La Fed a rehaussé ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019, mais ses attentes en matière d’inflation restent inchangées. Les indices boursiers et le dollar ont terminé dans le rouge, tandis que le taux à 10 ans est retombé à 2,88%.

Il faut croire que les marchés financiers et le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed) ont encore besoin de temps pour s’apprivoiser l’un l’autre. Durant la conférence de Jerome Powell, les principaux indices boursiers à Wall Street ont joué aux montagnes russes, tantôt en hausse, tantôt en baisse, ne sachant pas vraiment sur quel pied danser.

"Au final, le changement de régime monétaire aux Etats-Unis semble bien enclenché".
Patrice Gautry
Chef économiste chez UBP

Le S&P 500 a finalement clôturé sur une baisse de 0,18%. Le dollar a également plongé dans le rouge. Sur le marché obligataire, les taux d’intérêt se sont dans un premier temps tendus. Le taux à 10 ans américain a ainsi bondi à 2,93%, soit un plus haut de près d’un mois. Avant de retomber à 2,88%.

Cette hésitation des marchés financiers s’explique notamment par le discours plutôt "accommodant" du grand argentier américain, restant dans la ligne de la précédente présidente Janet Yellen. "La communication de la Fed ainsi que la première conférence de presse de Jerome Powell ont été bien équilibrées mais cela ne doit pas masquer la détermination de la Fed à relever graduellement mais régulièrement ses taux directeurs, en parallèle avec la contraction régulière de la taille de son bilan", indique Patrice Gautry, chef économiste chez UBP. "Au final, le changement de régime monétaire aux Etats-Unis semble bien enclenché".

Trois hausses en 2019

La banque centrale a certes relevé comme prévu son principal taux directeur à 1,75%. Mais ce sont les anticipations de taux des gouverneurs – les fameurs "dots plots" – qui ont intéressé les marchés. Et ce qui frappe, c’est que le nouveau comité est résolument plus "faucon" ("hawkish" en anglais), plus "agressif", dans ses anticipations. La Fed table toujours sur deux hausses supplémentaires cette année.

La Réserve fédérale prévoit une accélération du resserrement de sa politique monétaire en 2019.
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Le nombre de gouverneurs en faveur de 4 hausses au total a cependant augmenté (7 sur 15, contre 4 précédemment). "Un de plus et nous aurions pu anticiper quatre hausses de taux cette année. Le comité est donc très proche de se diriger dans cette direction", a souligné Kathy Jones, du Centre Schwab pour la recherche financière à New York.

Par ailleurs, la Réserve fédérale prévoit une accélération du resserrement de sa politique monétaire en 2019. Elle vise à présent trois hausses de taux l’année prochaine contre deux attendues précédemment. La banque centrale table enfin sur deux hausses supplémentaires en 2020. "Compte tenu du faible niveau de l’inflation, la prévision de hausses supplémentaires en 2019 et au-delà était beaucoup moins accommodante que prévu", pointe Michael Metcalfe, directeur mondial de la stratégie macro chez State Street GlobalMarkets.

Plus optimiste pour les prochaines années

Pour justifier cette accélération de la cadence, la Fed a dressé un tableau optimiste de l’économie américaine. La banque centrale table désormais sur un produit intérieur brut (PIB) en progression de 2,7% cette année en glissement annuel, soit 0,2 point de plus que prévu en décembre. La croissance devrait ralentir en 2019, à 2,4%. Ce qui est tout de même 0,3 point de plus qu’attendu auparavant. "La situation économique s’est renforcée ces derniers mois", a expliqué l’institution dans son communiqué publié à 19h (heure belge).

"Il n’y a pas dans les données un signal que nous sommes à l’aube d’une accélération de l’inflation."
Jerome Powell

Ses attentes en matière d’inflation n’ont cependant pas changé pour 2018 et 2019, à respectivement +1,9% et +2%. "Il n’y a pas dans les données un signal que nous sommes à l’aube d’une accélération de l’inflation", a souligné Jerome Powell lors de sa première conférence de presse à la tête de la Fed. Il a déclaré qu’il y avait eu des hausses modérées des salaires et des prix mais la banque centrale est "très vigilante" à propos de ces hausses qui pourraient résulter d’un taux de chômage très bas.

"Un nouveau risque" pour l’économie

"Nos participants [à la réunion]ont fait part d’inquiétudes (…) relativement nouvelles, au sujet des mesures sur le commerce."
Jerome Powell

Jerome Powell a en outre fait allusion aux récentes mesures protectionnistes envisagées par l’administration Trump. "Nos participants [à la réunion]ont fait part d’inquiétudes (…) relativement nouvelles, au sujet des mesures sur le commerce", a-t-il déclaré. Ce "nouveau risque", selon leurs dires, "est maintenant devenu un risque plus important pour les perspectives" économiques. Le président de la Fed a toutefois indiqué que les gouverneurs n’étaient pas entré dans les détails sur l’éventuel impact d’une guerre commerciale sur l’inflation ou la croissance.

Il a déclaré enfin qu’il "étudie attentivement" l’augmentation du nombre de ses conférences de presse pour expliquer les décisions de la Réserve fédérale. Preuve que même si elle va se montrer moins accommodante à l’avenir, la Fed ne veut pas (trop) surprendre les marchés financiers.

 


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