La réforme fiscale US ne tirera les actions qu'à court terme

Salle des marchés de la Bourse de New York. ©AFP

L’argent que les entreprises américaines gagneront grâce à la réforme fiscale de Trump sera principalement redistribué aux actionnaires.

C’est la fable du lièvre et de la tortue en version financière. La réforme fiscale du président des Etats-Unis Donald Trump va doper à court terme les actions américaines mais devrait les handicaper à plus long terme.

50%
La hausse des achats d’actions propres des sociétés de l’indice S&P 500 en 2018 devrait être comprise entre 23% et 50%.

Dans une note publiée ce lundi, le professeur Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg School of Management à Lille, constate que la réduction du taux de taxation des sociétés basées aux USA provoquera surtout des achats d’actions propres et non des investissements productifs susceptibles de stimuler davantage la croissance économique.

"Gagnants à court terme"

"La réforme fiscale est censée stimuler l’investissement réel et augmenter ainsi les capacités de production et l’emploi", rappelle M. Dor. "Elle doit permettre également aux entreprises d’accorder des augmentations de salaires qui doperaient la demande intérieure." Or, souligne-t-il, "il semblerait que ce soit surtout une immense redistribution aux actionnaires qui se profile". Sur base des anticipations de banques d’affaires américaines, Eric Dor évoque, pour 2018, une progression comprise entre 23% et 50% des rachats d’actions parmi les sociétés du S&P 500, par rapport à 2017.

Dans l’immédiat, c’est une bonne nouvelle pour ceux qui détiennent des actions américaines. "À court terme, les actionnaires des entreprises qui procèdent le plus à l’achat de leurs propres actions semblent gagnants, comparé à ceux des autres entreprises", indique le professeur Dor. "Les achats de leurs propres actions par les entreprises en soutiennent le cours sur le marché." En effet, si ces actions sont détruites, ce qui est généralement le cas aux Etats-Unis, le bénéfice sera réparti entre un plus petit nombre de titres, ce qui implique généralement une hausse du dividende par action.

Mais cette médaille a son revers. "Cette politique est nécessairement au détriment de l’investissement réel, en capacités supplémentaires ou en équipements et dépenses de recherche qui permettent de moderniser les techniques de production de biens et services et améliorer la compétitivité des entreprises", analyse M. Dor. "Redistribuer le cash aux actionnaires plutôt que d’investir risque d’obérer les profits à long terme des entreprises. Il est donc très incertain que les actionnaires gagnent à long terme."

Il émet aussi une critique au sujet du moment choisi pour procéder à ces rachats: "La Bourse américaine est très chère; la plupart des entreprises y sont vraisemblablement cotées à leur plus haut prix potentiel. Quand les entreprises achètent leurs propres actions à ce prix, il y a donc une forte probabilité qu’elles les ‘surpayent’, gaspillant ainsi leur cash alors que d’autres usages pourraient être plus utiles à long terme."

Utilisés pour des rachats d’actions, les gains issus de la réforme fiscale profitent surtout à des personnes aisées, dont la propension marginale à consommer est très inférieure à celle des gens à faible revenu, ajoute le professeur Dor. Conclusion: l’objectif de doper la croissance risque d’être manqué.

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