La santé financière de Greenyard vouée à s'affaiblir

©Wouter Van Vooren

Les soucis de Greenyard en Hongrie ne sont pas sans rappeler la crise qui avait emporté Perrier au tout début des années 1990.

S’il devait s’avérer qu’il y a effectivement un lien entre la listéria monocytogène et les 9 décès qui lui sont attribués en Europe, l’horizon boursier risque à coup sûr de s’assombrir davantage pour le maraîcher industriel belge Greenyard .

L’affaire n’est pas sans rappeler la crise qui avait emporté Perrier au tout début des années 1990. Dans ces bouteilles commercialisées aux Etats-Unis, on y avait découvert des traces de benzène, un gaz cancérigène. La marque la plus populaire alors dans le monde de l’eau minérale avait été contrainte de rappeler sur-le-champ près de 300 millions de bouteilles dans le monde. Il s’en est suivi une forte dégradation de sa santé financière. Avec pour conséquence que le minéralier français, basé près de Nîmes dans le Gard, tomba en 1992 dans les mains du groupe suisse Nestlé.

Moins de 0,6% des ventes

La situation dans laquelle Greenyard se situe aujourd’hui est-elle comparable à celle qu’a traversé Perrier? Ce serait aller un peu trop rapidement en besogne que de l’affirmer d’emblée. Certes, depuis son record historique de 22,12 euros atteint le 18 août 2017, le cours de l’action Greenyard a déjà effacé 65% de sa valeur en Bourse. En ayant clôturé à 7,85 euros lundi, après s’être effondré de 31,1% sur la seule séance d’hier, il est revenu à son niveau de septembre 2012.

Il convient toutefois d’avoir à l’esprit que les ventes réalisées par son unité en Hongrie ne représentent finalement que 0,6% des ventes totales du groupe. Greenyard avait effectué des ventes pour 4,175 milliards d’euros en 2017. Celles de son unité de Baja en Hongrie s’élèvent à peine à 24 millions d’euros. De plus, Greenyard s’attend en outre à être indemnisé pour les coûts qu’entraînera le rappel de ses produits surgelés et les dommages éventuels causés par ceux qui ont été contaminés.

Les risques à craindre

"Et si Greenyard devait être considéré comme responsable, l’impact sera encore plus difficile à évaluer."
Guy Sips
analyste chez KBC Securities

Il reste que s’ouvre pour Greenyard et ses actionnaires une période d’incertitude fort probablement vouée à être longue. Si l’on prend comme repère la crise de la dioxine qui avait impacté des entreprises alimentaires comme Ter Beke (lasagne, pizza) et Lotus-Bakeries (spéculoos) à la fin des années 1990, il n’y a pas en effet lieu de penser que les soucis de Greenyard se dissiperont assez rapidement. Outre les frais financiers qu’occasionneront ses soucis en Hongrie, il y a le risque bien réel de voir les clients se détourner des produits qu’il fabrique. "Et si, comme le souligne l’analyste Guy Sips de chez KBC Securities, Greenyard devait être considéré comme responsable, l’impact sera encore plus difficile à évaluer."

Dans les cas de Ter Beke et de Lotus-Bakeries, les cours de leurs actions avaient adopté un profil baissier qui s’est étendu sur 2, voire 3 années de suite pour perdre in fine jusqu’à 70%. Dans le même temps, leurs résultats ont été mis à rude épreuve. Ceux de Ter Beke avaient même viré au rouge durant 2 exercices.

150 millions d’euros à rembourser l’an prochain

Voilà encore un autre risque que court Greenyard. Il est loin d’être anodin quand on sait que le groupe détient une dette de 470 millions d’euros. Les analystes suivis par Bloomberg tablent pour l’exercice en cours sur un bénéfice après impôts de 33 millions d’euros. Il y a tout lieu de penser que ce montant sera difficilement atteignable.

Greenyard, qui dispose d’une trésorerie et équivalent de 58 millions d’euros, sera-t-il du coup en mesure de rembourser une dette obligataire de 150 millions (taux de 5%) qui arrivera à échéance en juillet 2019. Le groupe, qui a ses quartiers généraux dans la région d’Anvers, pourrait bien sûr choisir d’émettre de la nouvelle dette pour la rembourser.

Faudra-t-il encore, par les temps qui courent, que le marché lui fasse confiance. Actuellement, la dette de Greenyard représente 2,9 fois son excédent brut d’exploitation (Ebitda). Dans un engagement pris avec les banques, et cela constitue un risque supplémentaire, ce ratio ne peut monter au-delà 3,5 fois. Sous peine de devoir se restructurer drastiquement, voire de tomber dans l’escarcelle de ses créanciers.

La marge de manœuvre pour Greenyard est étroite. Mais une sortie de crise reste plausible. Le géant laitier français Lactalis nous en a fait récemment la démonstration dans l’affaire du lait contaminé pour bébé. Il avait été contraint de rappeler à la fin de l’année dernière 10 mois de production de son usine en Mayenne, en raison d’une contamination à la salmonelle. Sans pour autant tomber.

©MEDIAFIN

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect