La valeur de Telenet fond à vue d'œil en Bourse

©Tim Dirven

L’action Telenet a amorcé sa descente aux enfers le 13 février. Pure coïncidence ou non, le câblo-opérateur mettait en route au même moment un nouveau programme de rachats de ses propres actions. En quatre mois, Telenet a effacé 2,38 milliards d’euros de sa capitalisation boursière à Bruxelles. Celle-ci vient de repasser sous les 5 milliards d’euros.

La chute de l’action Telenet paraît sans fin à la Bourse de Bruxelles. Elle doit sans aucun doute surprendre toute la communauté des analystes. Aucun d’entre eux n’avait prévu en effet qu’elle puisse tomber en 4 mois de 62,35 euros à 42,1 euros. Et perdre 2,38 milliards de capitalisation boursière. Pas même le moins optimiste d’entre eux, Stephane Beyazian de chez Exane BNP Paribas, qui avait indiqué le 21 mai dernier viser un cours de 47 euros.

Une éventuelle offre de rachat de la part de Liberty Global sur Telenet serait la bienvenue pour relancer le cours de son action. Mais…

Assez curieusement, la descente aux enfers de Telenet en Bourse s’est amorcée le 13 février dernier, au moment même où la société avait mis en route un programme de rachats de ses propres actions. Y a-t-il cause à effet comme le pressentent certains dans les coulisses des marchés? Difficile vraiment de l’affirmer. Tout comme il est difficile de conforter le sentiment d’autres investisseurs, selon lequel on chercherait à faire baisser la valeur de la société en Bourse afin de favoriser le lancement d’une offre de rachat de Liberty Global. Celui-ci détient 70% de Telenet.

Au 28 mai dernier, Telenet disait avoir déjà acquis dans le cadre de l’actuel programme de rachats 526.637 de ses propres actions sur les 117,6 millions qui forment son capital. Ces actions ramassées en Bourse sont toutes destinées, rappelait le groupe, à couvrir les obligations de l’entreprise vis-à-vis des plans d’options existants.

Sur les fondamentaux

Plus objectivement, il faut bien admettre que c’est l’ensemble du secteur des câblo-opérateurs qui souffre depuis plusieurs mois sur les marchés boursiers. Telenet est loin de constituer une exception. Liberty Global et, bien que dans une moindre mesure, Altice US à Wall Street subissent le même enfer. Il est d’autant plus douloureux cet enfer pour leurs actionnaires que ce secteur est lourdement endetté.

Fin mars, la dette de Telenet s’élevait à 4,8 milliards d’euros pour 36,1 millions d’euros détenus en cash ou équivalents. C’est énorme pour un groupe dont les profits ne sont guère élevés. Les pertes subies au niveau de sa politique de couvertures de ses emprunts et des changes rognent régulièrement son résultat final. Cela s’est encore observé au premier trimestre. Celui-ci s’est soldé sur un modeste bénéfice de 29 millions d’euros. Soit en repli de 53% à 0,26 euro par action par rapport au trimestre correspondant de 2017.

C’est énorme aussi face au risque de voir les taux d’intérêt repartir à la hausse dans les prochaines années. Même si les maturités généralement longues de son endettement lui donnent du souffle.

Tous ces risques s’ajoutent à l’observation selon laquelle le secteur de la communication est arrivé à maturité chez nous, et évolue dans un marché hautement concurrentiel. Bien implanté en Belgique, les possibilités pour Telenet de croître au même rythme que ces dernières années apparaissent limitées. Pour 2018, Telenet a récemment indiqué prévoir une croissance stable du chiffre d’affaires.

Pour relancer le cours de l’action Telenet, une éventuelle offre de rachat de la part de Liberty Global serait la bienvenue. Mais les chances que cela survienne sont bien minces. Il y a trois semaines, Liberty Global a cédé à Vodafone des actifs pour 18 milliards de dollars. D’où s’est répandue l’idée que le câblo-opérateur américain pourrait lancer une offre sur les titres Telenet qu’il ne possède pas encore. Mais il apparaît de plus en plus que Liberty Global se servira de ce montant pour renforcer sa santé financière. Cette perspective peut expliquer en partie la baisse du cours de l’action Telenet. Cette dernière aurait perdu "sa prime d’OPA" pourrait-on dire.

Au mieux de sa forme cette année en Bourse, Telenet valait 7,3 milliards d’euros. Soit à peine moins que ce que vaut aujourd’hui Proximus (7,7 milliards). Mais cette valeur si élevée est-elle justifiée pour Telenet qui a réalisé 2,3 fois moins de chiffre d’affaires que l’opérateur de téléphonie historique en Belgique au premier trimestre?

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