Le marché inquiet du nouveau visage du Parlement européen

©AFP

Après le raz-de-marée de l'extrême-droite en France aux élections européennes, certains participants de marchés craignent le pire pour le Parlement européen, véritable pouvoir législatif du Vieux Continent.

 La fin des élections européennes laisse un goût amer aux participants de marchés. Remco Lenterman, associé de la firme de trading hollandaise IMC Financial, voit d'un mauvais oeil le triomphe des partis d'extrême-droite, qui laisse présager d'un hémicycle très conservateur.

Now will have out fair share of extreme right wing loonies in EU parliament. A merry band of bigots from all corners of the EU....— Remco Lenterman (@RemcoLenterman) May 25, 2014

Sur le marché des changes, l'euro ne réagit pas face au dollar ce dimanche. Mais il faudra attendre la trêve du week-end pour observer la réaction des marchés financiers européens.

Dans une récente interview, la directrice sortante de la Fédération des Bourses européennes, Judith Hardt, a rappelé le rôle clé que joue le Parlement européen dans l'élaboration des règles européennes. Or, ce dimanche, l'extrême-droite risque d'envoyer de nombreux représentants au Parlement européen.


Profitant de l'impopularité record des socialistes au pouvoir, le Front national de Marine Le Pen est arrivé largement en tête avec un score historique de 25%, selon les premières estimations. Il décrocherait 23 à 25 sièges sur les 74 accordés à la France, un des pays fondateurs de la construction européenne.

Le FN devance largement l'opposition de droite UMP (20%), alors que le Parti socialiste subit une nouvelle déroute avec moins de 15% des suffrages.

L'Ukip europhobe britannique semblait également en passe de réaliser un score historique, d'après ses résultats aux élections locales qui se déroulaient jeudi en même temps que le scrutin européen.

En Allemagne, qui envoie le plus fort contingent d'élus au Parlement européen (96), les conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel sont en revanche arrivés en tête, d'après de premiers sondages effectués à la sortie des urnes. Mais le nouveau parti anti-euro AFD, créé au printemps 2013, qui plaide pour une dissolution de la monnaie unique européenne, fera son entrée au Parlement avec un score de 6,5%. Les sociaux-démocrates enregistrent une forte progression, à 27,5%.

En Autriche, le parti d'extrême droite FPÖ, qui espère constituer un groupe avec le FN, progresserait nettement et arriverait en troisième position, avec 19,9% des suffrages, en hausse de plus de cinq points par rapport à 2009, derrière les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates au pouvoir.

Au Danemark, c'est le Parti populaire, formation anti-immigration, qui est arrivé en tête avec 23,0% des voix, selon un sondage sortie des urnes.

La forte poussée de l'extrême droite en Europe se traduit aussi par l'entrée du parti néonazi grec Aube dorée au Parlement européen. Crédité de 9 à 10% des voix selon des estimations, ce parti pourrait envoyer trois élus à Strasbourg. En Grèce, pays très durement touché par l'austérité, l'euroscepticisme se traduit aussi par l'arrivée en tête probable du parti de la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras, qui obtiendrait six sièges, contre cinq à Nouvelle démocratie (droite), le parti de la coalition au pouvoir.

"Indignée"

Si le parti anti-islam PVV a subi un échec aux Pays-Bas, en n'obtenant que 12% des voix contre près de 18% il y a cinq ans, la défiance vis-à-vis de l'Europe pourrait aussi s'exprimer à travers le populiste Beppe Grillo en Italie (73 élus).

Un petit parti europhobe polonais, le Congrès de la nouvelle droite (KNP), a obtenu 7,2% des voix et pourrait envoyer quatre députés au Parlement européen.
La Roumanie (32 élus) semblait se singulariser, avec une très large victoire de l'alliance de centre gauche créditée de 41% des voix, tout comme le Portugal où l'opposition socialiste serait en tête avec 30 à 36% des voix, devant la coalition de centre droit au pouvoir (25 à 29%).

Les citoyens de 21 pays de l'UE étaient appelés aux urnes dimanche pour désigner près de 600 eurodéputés sur un total de 751. Les élections avaient commencé jeudi par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, avant cinq autre pays vendredi et samedi.

La montée de l'extrême droite s'est faite sur fond de très légère hausse de la participation: au niveau européen, elle a été de 43,11%, contre 43% en 2008, année où elle avait atteint son plus bas niveau historique.

Annoncée depuis des semaines en baisse, elle a finalement progressé dans plusieurs grands pays, notamment la France et l'Allemagne. Mais dans plusieurs pays d'Europe de l'Est, la participation, déjà très faible, a encore baissé comme en Slovaquie, lanterne rouge avec 13%.

Au total, les forces anti-européennes pourraient décrocher une centaine de sièges. Pas assez pour bloquer la construction européenne, mais suffisamment pour donner de la voix et bousculer les partis traditionnels.

Cela "ne va pas changer la façon dont le Parlement travaille", mais il y aura des conséquences "sur les scènes politiques nationales et sur la façon dont les dirigeants nationaux agiront au sein de l'UE", estime Jan Techau, directeur du groupe de réflexion Carnegie Europe.

 

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