Le secteur de la distribution en Bourse: un avenir difficile

©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Les performances ont été disparates parmi les groupes de distribution, et tous ne semblent pas être à la même enseigne face aux défis posés par les acteurs en ligne.

Le secteur européen de la distribution de produits alimentaires sort d’un exercice 2017 difficile, où l’actualité aura surtout été dominée par l’entrée d’Amazon.com sur le segment de la distribution alimentaire avec l’acquisition de Whole Foods Markets avant le début de l’été pour 13,7 milliards de dollars. Les principaux groupes européens ont vu leur cours se dégrader en moyenne de 4% durant les douze derniers mois, le marché craignant qu’ils soient fortement atteints par l’appétit grandissant du principal supermarché en ligne dans les pays occidentaux.

©Mediafin

Disparité

Pour autant, les groupes américains ont réagi de manière beaucoup plus contrastée. La performance moyenne de 15% pour les cinq principaux distributeurs masque en effet une dichotomie importante entre les futurs supposés vainqueurs et perdants. Wal-Mart et le distributeur spécialisé Home Depot se sont ainsi inscrits en progression de plus de 40%, tandis que Costco s’est adjugé 16%, avec des résultats encourageants. À l’inverse, Target (-9%) et Kroger (-16%) se sont inscrits en recul, leur modèle étant jugé plus fragile par les analystes avec des marges opérationnelles qui devraient se détériorer durant les deux prochains exercices, à l’inverse des trois autres distributeurs qui afficheront une progression limitée.

L’analyse des performances au niveau américain permet également de conclure que si les performances sont erratiques et la rentabilité sous pression, tous les groupes affichent un bilan boursier positif sur une période de cinq ans, avec des versements aux actionnaires attendus en progression moyenne de 14% d’ici 2019. De quoi tempérer les attentes d’une vague Amazon.com qui emporterait tous les distributeurs traditionnels, leur chiffre d’affaires et leur résultat par action étant attendus en progression respectivement de 7% et 15% entre 2017 et 2019.

Enfin, il faut également noter les excellentes performances dégagées par des distributeurs spécialisés dans l’électronique grand public, avec des progressions de plus de 50% tant pour Bestbuy que pour Fnac Darty, tandis que Ceconomy (Media Markt) a affiché une progression de plus de 20% depuis son introduction en bourse vers la mi-2017. Sur l’année écoulée, il y a donc eu un écart de performance compris entre + 63% pour la FNAC Darty et -22% pour Carrefour.

Prudence

C’est probablement la raison qui explique la nomination à la tête du géant français d’Alexandre Bompart. Il tentera de redynamiser la croissance après avoir déjà piloté les redressements de Canal + (de 2004 à 2008), d’Europe 1 (2008 à 2010) et d’avoir surtout présidé à la réorientation stratégique de la FNAC, en particulier son alliance avec le groupe Darty. Carrefour continue en effet d’avoir les pires difficultés à défendre ses parts de marché face aux attaques de groupes comme Casino, Auchan ou Leclerq.

Il faut toutefois noter que c’était la même logique qui avait justifié la nomination en 2012 de Georges Plassat, un dirigeant qui avait fait ses preuves dans la distribution de chaussures et dont le bilan peut être jugé comme relativement décevant au vu des espoirs qui avaient été placés en lui, le cours ayant au mieux fait du surplace durant les cinq dernières années. Le consensus a également adopté une attitude prudente face aux promesses qui ont été faites par la nouvelle direction.

Cher

En dépit d’une performance sur cinq ans (+ 17%) solide par rapport aux autres distributeurs européens, Colruyt continue d’avoir la peu enviable distinction de n’avoir aucun analyste recommandant le distributeur belge à l’achat. Sur base du résultat attendu pour 2019, le groupe affiche actuellement un rapport cours/bénéfice de 17,3, soit une prime de 35% par rapport à la moyenne affichée par les sept autres groupes européens repris dans notre échantillon. Pour autant, le distributeur continue de tracer sa propre trajectoire avec une défense acharnée de sa part de marché en Belgique, et des programmes de rachat d’actions qui empêchent le cours de chuter lourdement de manière trop prolongée.

Ahold Delhaize figure inversement parmi les distributeurs européens préférés des analystes, avec 70% d’avis positifs. Les résultats du groupe resteront soutenus par les synergies qui seront dégagées de la fusion, avec une croissance du résultat par action attendue en ligne avec les concurrents pour les deux prochains exercices tandis que le taux de distribution devrait augmenter beaucoup plus rapidement, alors même que le distributeur belgo-néerlandais est déjà un des plus généreux (rendement de 3,3% pour 2017) avec ses actionnaires. Reste à savoir si cette stratégie sera une réussite sur le long terme, la croissance attendue du chiffre d’affaires étant la plus faible pour les deux prochains exercices parmi les distributeurs européens.

Opérations

Parmi les grands distributeurs européens, Metro est l’autre groupe qui dispose d’un soutien supérieur à 50% au niveau des avis d’achat. Ce groupe est issu de la séparation des activités du groupe entre distribution alimentaire et des activités liées à l’électronique (Media Markt) au milieu de l’année 2017. En dépit d’une réaction négative du cours depuis cette opération, les analystes estiment qu’une stratégie plus concentrée sur le cœur de métier permettra à Metro d’afficher une croissance future plus soutenue, avec une valorisation qui reste à des niveaux plancher.

Ceconomy (la branche spécialisée sur l’électronique grand public issue du groupe Metro) se comporte nettement mieux, et une participation a été récemment prise dans Fnac Darty suite à la sortie du capital de François Pinault. Cette opération présage éventuellement d’une prise de contrôle future du distributeur français, afin de permettre la création d’un géant européen de la distribution d’électronique grand public. Ceci explique le soutien massif donné à Fnac Darty, qui dispose désormais de 87,5% d’avis positifs.

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