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Les actions belges séduisent les Américains

©BELGA/AFP

En pleine crise de la zone euro, les entreprises belges ont tenté de rassurer les investisseurs américains. Ceux-ci sont cruciaux pour la bonne santé de la Bourse de Bruxelles.

Neuf heures 30, lundi 29 novembre 2010. La cloche retentit sur le trading floor de la Bourse de New York. Les dirigeants de 18 sociétés belges viennent d’ouvrir la séance du jour à Wall Street. Tout au long de ce "Belgian Day", organisé par la banque ING et la Bourse de Bruxelles, ils rencontreront des investisseurs institutionnels américains. 107 réunions auront lieu avec un total de 75 investisseurs, en hausse par rapport à la première édition du Belgian Day, qui en avait rassemblé 51 un an plus tôt. Pour l’occasion, le drapeau belge et la photo de l’atomium ont recouvert la façade du temple de la finance mondiale. La journée se terminera par un dîner organisé à même le trading floor.

Mais l’heure n’est pas vraiment à la fête. Le plan européen de sauvetage de l’Irlande bouclé la veille n’a pas convaincu les marchés: à l’ouverture de New York, la Bourse de Bruxelles est en forte baisse, l’euro recule et les rendements de la dette belge se tendent fortement. Didier Reynders, le ministre belge des finances, qui devait prononcer un discours rassurant sur la stabilité de la Belgique est reparti de toute urgence à Bruxelles pour une réunion de l’Ecofin. C’est son chef de cabinet qui sera chargé de vanter aux investisseurs américains les mérites de la Belgique, son climat fiscal attractif, son programme crédible de réduction de l’endettement et des déficits budgétaires, sa gestion active de la dette, son épargne privée importante. "Le moment est critique, reconnaît Duncan Niederauer, CEO du groupe boursier NYSE Euronext. Cette journée est une opportunité unique d’expliquer aux investisseurs ce qui se passe vraiment."

Il faut dire que les investisseurs américains sont cruciaux pour la Bourse de Bruxelles. "Nous avons réalisé une analyse de l’actionnariat des sociétés qui participent au Belgian Day, en incluant ING, et au total les investissements américains dans ces sociétés pèsent plus de 15 milliards de dollars, précise Vincent Van Dessel, CEO de NYSE Euronext Bruxelles. Via leur filiale londonienne, les courtiers américains réalisent une part importante des transactions sur les valeurs belges". Plus de 25% du trading sur Umicore, KBC, Belgacom, AB Inbev, Telenet, Mobistar et Ageas est imputable à des courtiers américains.

Rassurer les investisseurs américains

"Les Américains ont tendance à mettre toute l’Europe dans le même panier: ils ne sont pas hyper sophistiqués, relève le Belge Georges Ugeux, président de la banque d’affaires Galileo Global Advisors et ancien numéro deux de la Bourse de New York. Il y a un peu d’amalgame sur la dette publique et il est important de différentier l’aspect géographique. Ce n’est toutefois pas un substitut pour la performance à l’intérieur d’un secteur et les rencontres avec les chefs d’entreprise restent essentielles pour les investisseurs."

Selon les spécialistes d’ING aux Etats-Unis, les investisseurs américains ne redoutent pas une implosion de la zone euro mais s’inquiètent de l’impact des mesures d’austérité fiscale sur la croissance bénéficiaire. "Les investisseurs se détournent des sociétés très exposées à la consommation domestique, note Shyal Kumar, directeur chez ING Financial Markets. En revanche ils s’intéressent beaucoup à des sociétés de niche, telles que Telenet et D’Ieteren."

Telenet, détenu à 54% par des Américains, comptait huit rencontres à son agenda lundi, essentiellement des investisseurs sous-pondérant son action ou absent de son capital. EVS, qui avait participé à la première édition new yorkaise du Belgian Day, comptait pour sa part six rendez-vous. "C’est une moyenne normale pour un événement de ce genre, explique Geoffroy d’Oultremont, Investor Relations de la société technologique liégeoise. L’avantage de cette formule, c’est de pouvoir concentrer un maximum de rendez-vous sur une seule journée." La crise de la dette souveraine n’a pas d’impact direct sur EVS. "Nous exportons 90% de notre chiffre d’affaires et notre situation financière est saine, poursuit Geoffroy d’Oultremont. Nous continuons à attirer beaucoup d’investisseurs grâce à notre forte croissance et notre position de niche. Aujourd’hui, j’avais deux rencontres "découvertes" avec des investisseurs qui ne connaissent pas EVS."

L’assureur Ageas subit davantage les effets de la crise de la dette souveraine. Le groupe a pourtant rééquilibré son portefeuille d’obligations souveraines pour se recentrer fortement sur la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas, dans une moindre mesure. "Nous avons à présent une bonne diversification. On a encore des positions en Grèce, en Italie, en Espagne et en Irlande mais cette diversification est nécessaire pour ne pas être dépendant de taux trop bas, explique Bruno Colmant, Deputy CEO d’Ageas. Mais notre cours de Bourse est très corrélé avec la stabilité de la zone euro."

15% du capital d’Ageas est détenu par des investisseurs américains, des investisseurs à long terme mais aussi des hedge funds. "Il y a du short selling sur notre titre: des hedge funds qui ne peuvent pas shorter la dette d’État shortaient notre titre, reconnait Bruno Colmant. Notre cours de Bourse va rester fragile comme tout le secteur financier: la perception du risque systémique ne va pas disparaître rapidement." Selon des sources bien informées, le plus grand hedge fund du monde, Bridgewater, figurait à l’agenda des rencontres d’Ageas. Signe de la volatilité du titre, Ageas perdait jusqu’à 6% le lendemain à la Bourse de Bruxelles.

45 minutes pour susciter l’intérêt

"Nous offrons une action stable à dividende et les investisseurs que nous avons rencontrés sont surtout des investisseurs de long terme, explique Daniel Dobbeni, CEO d’Elia. Nous disposons de 45 minutes pour susciter l’intérêt des investisseurs. C’est un challenge que j’aime bien." Les sociétés ne s’attendent pas à un résultat immédiat, avec des investissements dès le lendemain du Belgian Day. De même, ING ne mise pas sur une envolée subite de ses commissions de trading. "L’objectif du Belgian Day est de créer de la valeur dans la durée pour nos clients, les sociétés émettrices et les investisseurs, explique Philippe Masset, directeur d’ING Commercial Banking en Belgique et au Luxembourg. Il est important de montrer l’importance de la désintermédiation: la culture du capital à risque doit exister pour que les besoins de financement des entreprises soient rencontrés."

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