Les agents de change tentent de séduire les banquiers privés

Joel Duysan, Managing Partner Agent de Change ©Dieter Telemans

Joël Duysan est le nouveau président du Conseil d’agrément des agents de change de Belgique. Il veut redynamiser le port du titre auprès de professionnels financiers, dont les "private bankers".

À l’âge de 7 ans, certains enfants rêvent de devenir pilote ou joueur de football. Le petit Joël Duysan, lui, rêvait de devenir… agent de change. "Mon père ne s’intéressait pas à la finance. Mais il était passionné par la lecture des journaux. Et moi, ce qui m’intéressait dans les journaux, c’était la page boursière". Son rêve, il l’a atteint. Peut-être même au-delà de ses espérances puisqu’il vient d’être nommé président du Conseil d’agrément des agents de change de Belgique.

Vous pensiez qu’il n’y avait plus d’agents de change en Belgique? Détrompez-vous. Si le métier en tant que tel n’existe plus, le titre subsiste bel et bien. Et le rôle du Conseil d’agrément est d’attribuer ce titre, le seul titre financier protégé par la loi en Belgique.

Fraîchement nommé, Joël Duysan, 52 ans, entend bien le redynamiser. Et même le proposer aux banquiers privés. "Mon rêve aujourd’hui est qu’un investisseur qui entre dans une agence bancaire puisse parler à quelqu’un qui porte le titre d’agent de change. Ce serait rassurant pour l’investisseur."

CV
  • Né en 1963.
  • Ingénieur commercial Solvay.
  • Managing partner de la succursale belge du groupe Opportunité.
  • A aussi travaillé pour Leleux, Bacob Securities, Cofibol, Puilaetco…

La Belgique compte aujourd’hui quelque 120 agents de change. Un des derniers nommés n’est autre que Bruno Colmant, lorsqu’il présidait Euronext Bruxelles.

Ne peuvent porter ce titre que des universitaires qualifiés dans les domaines financiers, ayant déjà travaillé au minimum 3 ans dans un établissement financier et qui ont réussi un examen professionnel devant les membres du conseil. Duysan parle d’un "label de qualité". "Attention, je ne dis pas que les banquiers font mal leur travail. Mais ici, on a un titre d’agent de change reconnu par la loi. Il faut savoir qu’aux Pays-Bas par exemple, les banquiers prêtent serment. Ils promettent d’effectuer le plus correctement possible leur métier."

"Le titre d’agent de change est un label de qualité"
Joël Duysan
Président du conseil d’agrément des agents de change


Comme les médecins

Duysan dit surtout avoir tiré les leçons de la crise financière de 2008. "Le but ne doit pas être de vendre à tout prix un produit financier et d’encaisser sa commission. Il faut aussi assurer le suivi auprès du client. On ne peut pas profiter de la naïveté de certains investisseurs."

Il dresse le parallèle entre les médecins et les agents de change. "Quand on va voir son médecin, on sait qu’il a fait des études, qu’il a été nommé et que si un problème survient, on peut toujours contacter l’Ordre des médecins. Si on fait cela pour la santé physique des gens, pourquoi ne pas le faire pour leur santé financière? Celui qui ne porte pas son titre d’agent de change avec honneur peut être sanctionné par le Conseil d’agrément."

Historiquement, le titre et la mission d’agent de change trouvent leur origine dans le code Napoléon. Jusqu’à la fameuse loi Maystadt de 1990, l’agent de change était le seul opérateur agréé pour les opérations de Bourse. Depuis lors, il a perdu ce monopole, mais le titre a été maintenu, avec toutes les exigences qui y sont associées.

Stockbroker

En français, le terme "agent de change" dit assez mal ce que recouvre son activité. On pense plutôt à un homme actif dans les devises, derrière un guichet. En néerlandais, agent de change se traduit par "effectenmakelaar", et en anglais par "stockbroker", ce qui, dans les deux cas, signifie "courtier en titres". C’est bien plus conforme aux activités prestées. Aujourd’hui, on retrouve des agents de change dans des sociétés de Bourse, des banques ou d’autres organismes financiers, où ils occupent des fonctions de conseiller financier, de gestionnaire de fortune, d’asset manager ou de "compliance".

Succession

 C’est en 1991 que Joël Duysan est devenu agent de change. Deux ans plus tard, il devenait le président de l’association des jeunes agents de change, succédant à Patrick Drogné. Et c’est à ce même Patrick Drogné, parti à la retraite, qu’il vient de succéder au Conseil d’agrément (1). "L’histoire, en quelque sorte, ne fait que se répéter" dit celui qui a travaillé pour différents groupes comme Puilaetco, Bacob Securities ou Leleux. Joël Duysan est aujourd’hui "managing partner" de la succursale belge du groupe Opportunité, actif dans la gestion de fortune.

Au Conseil d’agrément des agents de change, il siège avec des gens comme Thierry Beauvois (TreeTop), Philippe Masset (Degroof), Ingrid Stevens (Leo Stevens & Cie), Pieter Vander Stichele (Petercam), et aussi Marc Monbaliu, commissaire du gouvernement et par ailleurs administrateur général du Trésor. "C’est quelqu’un de très compétent et de très précieux pour nos activités", confie Joël Duysan.

"Nous avons aussi l’appui de la FSMA qui considère que notre titre est le niveau le plus élevé dans la sphère financière", poursuit le nouveau président du conseil d’agrément. "Le titre d’agent de change est en fait le seul titre financier reconnu et protégé par la loi qui n’accorde aucun droit, mais qui impose des devoirs." Une opportunité existe donc, selon lui, de redonner vigueur à ce titre qui impose d’être porté "avec honneur". Et s’il est vrai que par le passé, certains agents de change ont connu quelques mésaventures, les coupables ont été sanctionnés, voire radiés. On ne badine pas avec un titre d’agent de change qui existe depuis plus de 200 ans.

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