Les bons et les mauvais élèves américains de la saison des résultats

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La saison des résultats trimestriels à Wall Street a apporté de bonnes surprises avec pas moins de 73% de sociétés qui ont dépassé les attentes du marché.

La saison des résultats d’entreprises se termine peu à peu en Europe et aux Etats-Unis. À Wall Street, presque trois quarts des entreprises composant le S&P500 ont publié leurs résultats financiers du troisième trimestre. Selon Bloomberg, 73% des sociétés de l’indice ont battu les attentes des analystes. En moyenne, les entreprises américaines ont connu une croissance de leurs bénéfices entre 7% et 10% au troisième trimestre. 

7-10%
En moyenne, les entreprises américaines ont connu une croissance de leurs bénéfices entre 7% et 10% au troisième trimestre. 

La période écoulée s’est avérée meilleure pour les sociétés américaines que pour les européennes. JPMorgan relève que seulement 52% des entreprises européennes ont battu les attentes du marché, toutefois, la croissance des bénéfices s’élève à 16%. "Les deux premiers trimestres de l’année ont été meilleurs pour les sociétés européennes que pour les américaines, mais au troisième trimestre, les entreprises du S&P500 ont fait mieux. La période coïncide avec une remontée de l’euro face au dollar, ce qui explique objectivement pourquoi les sociétés européennes ont eu plus de peine qu’aux Etats-Unis, indique Vincent Juvyns, global market strategist chez JPMorgan Asset Management. Le trimestre a été très bon pour les sociétés américaines. Alors que le S&P500 bat record sur record, on peut constater que cette progression n’a rien de cosmétique, car les bénéfices des sociétés ont poussé le marché vers le haut. Ils permettent de nuancer l’évolution des marchés."

Technologie en tête

Le secteur technologique du S&P500 a tiré son épingle du jeu au troisième trimestre. Netflix , le site de vidéo à la demande, a ouvert le bal en surprenant positivement les analystes avec ses résultats trimestriels. Le groupe de Reed Hastings a dégagé un bénéfice net de 129,6 millions de dollars au troisième trimestre contre 51,5 millions de dollars à la même période un an auparavant.

"Netflix est le leader dans une catégorie qui a un potentiel de croissance faramineux qui devrait durer plusieurs années."
Michael Olson
Analyste chez Piper Jeffrey

Les analystes ont relevé leur objectif de cours pour l’action après la publication des résultats du groupe. Michael Olson, analyste chez Piper Jeffrey, a constaté que "Netflix est le leader dans une catégorie qui a un potentiel de croissance faramineux qui devrait durer plusieurs années". Il a relevé son objectif de cours de 215 dollars à 240 dollars. Doug Anmuth, analyste chez JPMorgan, qui vise un cours de 242 dollars, salue "la croissance solide des abonnés, le fort contenu et la hausse des prix".

Un jour après Netflix, ce fut au tour d’IBM de publier ses chiffres trimestriels moins décevants qu’attendu. Son chiffre d’affaires global a légèrement reculé sur un an (-0,4%), passant de 19,23 à 19,15 milliards de dollars. Toutefois, le consensus s’attendait à pire (18,6 milliards de dollars). Les ventes du géant de l’informatique ont progressé plus que prévu, ce qui lui a permis de prévoir une croissance de 1,5% sur un an au quatrième trimestre, une anticipation qui a agréablement surpris les analystes. IBM n’avait plus vu ses ventes progresser depuis plus de cinq ans. Toutefois, Johan Van Der Biest, gestionnaire du fonds Global Technology chez Candriam, souligne que la croissance des bénéfices d’IBM "reste médiocre comparée à celle de Facebook et Alphabet. Même si IBM développe des produits dans l’intelligence artificielle, et que la société est leader en blockchain, une très grande partie de son business ne génère que peu de croissance."

"Derrière ces tendances, on retrouve le big data et la publicité sur internet."
Johan Van Der Biest
Analyste chez Candriam

Alphabet , Amazon et Microsoft ont publié le 27 octobre leurs résultats du troisième trimestre, applaudis par les investisseurs. Facebook a aussi reçu les louanges du marché après la publication de ses chiffres financiers mercredi dernier. "Pour la première fois, toutes les tendances à long terme sont vraiment filtrées au bottom line chez Facebook, Amazon, et Alphabet, relève Johan Van Der Biest. Derrière ces tendances, on retrouve le big data et la publicité sur internet. Cela se traduit dans les résultats de ces sociétés, qui continuent à générer une croissance des bénéfices à deux chiffres." Il rappelle que la croissance des bénéfices d’Alphabet s’élève à 20% "depuis des années" et que la progression des revenus de Facebook tourne à 45% "depuis déjà quelques trimestres". Pour Microsoft, le gestionnaire constate qu’"après quelques années difficiles, la croissance des revenus a commencé à accélérer. Celle-ci va se poursuivre dans les trimestres à venir".

Le fabricant de smartphone Apple , qui publiait ses résultats jeudi soir après la clôture des marchés, n’a pas fait exception au secteur. Il a surpris les analystes en annonçant une hausse de 19% de son bénéfice net au quatrième trimestre pour son exercice fiscal décalé, et des ventes de 46,7 millions d’iPhone, plus que les 46,4 millions attendus par le consensus du marché.

Des cycliques mitigées

Les valeurs technologiques n’ont pas été les seules à se distinguer durant le troisième trimestre. Les titres cycliques ont également connu des bons résultats, ce qui témoigne, selon Vincent Juvyns, de la bonne santé de l’économie mondiale. "Depuis le début de l’année, les valeurs cycliques fonctionnent assez bien, tout comme les titres bancaires. Il est bon de voir une société comme Caterpillar bien orientée, car elle représente un bon baromètre de l’économie américaine, mais aussi mondiale", souligne-t-il. Caterpillar a dégagé un bénéfice net de 1,06 milliard de dollars au troisième trimestre, une vraie revanche pour le fabricant d’engins de chantier après deux années difficiles entre 2014 et 2016. La forte demande aux Etats-Unis et en Chine a gonflé ses ventes.

"Depuis le début de l’année, les valeurs cycliques fonctionnent assez bien, tout comme les titres bancaires."
Vincent Juvyns
Analyste chez JPMorgan Assets Management

La société spécialisée dans l’aérospatiale, la défense et la domotique Honeywell a annoncé une hausse de 8,7% de son bénéfice au troisième trimestre, tiré par son activité dans l’industrie aérospatiale, et a relevé sa prévision de chiffre d’affaires annuel.

Mais toutes les valeurs cycliques américaines n’ont pas brillé. General Electric a revu à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2017. Les investisseurs et analystes craignent que la société ne coupe son dividende, une première depuis 2009, en pleine récession aux Etats-Unis. Elle est la seule valeur du Dow Jones à sous-performer l’indice.

Des banques surprenantes

Du côté des valeurs bancaires américaines, le troisième trimestre fut de bonne facture. Le secteur a publié des résultats très souvent supérieurs aux attentes des analystes, à l’exception de Wells Fargo . Celle-ci a dû provisionner un milliard de dollars pour couvrir des litiges remontant à la crise des subprimes. Mais les analystes ont surtout noté la bonne tenue de l’activité prêts aux consommateurs américains auprès des banques commerciales comme JPMorgan et Bank of America , portée par la croissance économique soutenue aux Etats-Unis. Au troisième trimestre, la croissance du PIB américain s’est établie à 3% en rythme annuel, pour rappel.

Toutes les banques américaines ont souffert d’un environnement de trading difficile marqué par une volatilité très basse sur les marchés et une faible activité de leurs clients. Mais JPMorgan et Bank of America sont parvenues à compenser cette baisse de revenus par leurs activités de prêts au consommateur. Les banques d’investissement, où l’activité de trading représente la plus grande partie des revenus, ont également pu compenser cette diminution, en misant, comme chez Goldman Sachs , sur la gestion des investissements et le prêt bancaire, ou en misant sur la gestion de fortune comme chez Morgan Stanley . Celle-ci a vu ses revenus sur ce segment progresser de 46% au troisième trimestre, et a également profité d’une hausse de ses commissions perçues dans le cadre de son activité de fusions-acquisitions.

"Le secrétaire du Trésor américain avait prévenu que sans réforme fiscale, une correction pourrait arriver sur les marchés."
Vincent Juvyns
Analyste chez JPMorgan Assets Management

Toutefois, la bonne tenue de l’activité prêts aux consommateurs fait craindre à certains analystes que les banques risquent d’accroître leurs provisions pour créances douteuses dans les prochains trimestres, avec un impact sur leurs futurs bénéfices. Chez Compass Point&Trading, l’analyste Charles Peabody estime que "dans le marché du crédit, on se trouve aujourd’hui à un point d’inflexion". Bank of America ne partage pas cet avis et a noté durant la présentation de ses résultats que "rien n’apparaît inhabituel dans nos perspectives" au niveau du portefeuille de cartes de crédit.

Alors que la saison des résultats trimestriels s’achève, des questions restent en suspens pour le prochain exercice fiscal. Toutefois, comme l’observe Vincent Juvyns, les sociétés américaines n’ont pas eu besoin de réforme fiscale pour dégager du bénéfice. "Le secrétaire du Trésor américain avait prévenu que sans réforme fiscale, une correction pourrait arriver sur les marchés. Mais eu égard aux résultats des sociétés, une correction n’est pas justifiée", conclut-il.

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