Les Bourses en berne: bouillon ou bonne affaire?

Philippe Geysels, chief strategy officer chez BNP Paribas Fortis. ©Thierry du Bois

La crise des devises émergentes rend les marchés nerveux mais la tendance globale reste clairement haussière. Un effet de contagion est peu probable.

Quand on n’a pas le cœur bien accroché, mieux vaut ne pas investir en Bourse: les marchés connaissent des hauts et des bas qui peuvent parfois se révéler très violents.

Depuis maintenant deux semaines, les marchés reculent face à la menace des devises émergentes, elles-mêmes mises à mal par le durcissement monétaire opéré par la banque centrale américaine. "En Europe, le repli des marchés à un plus bas de deux mois semble impossible à stopper. L’enthousiasme des acheteurs à bon compte est parti et les investisseurs se tiennent désormais à l’écart", constate Guillaume Dumans, co-head of research chez 2Bremans. "On a le sentiment que le marché a été heurté par un train de marchandises et les traders se demandent ce qui se passe exactement. Ce qui avait commencé comme un exercice de prises de profits s’est transformé en quelque chose de beaucoup plus important", enchaîne Chris Weston, responsable de la stratégie chez IG.

Que penser de cette faiblesse actuelle et comment s’y adapter? Est-ce le moment d’acheter des titres ou, au contraire, faut-il fuir une bulle prête à exploser?

Philippe Geysels, chief strategy officer chez BNP Paribas Fortis, se veut en tout cas rassurant. "Nous sommes toujours acheteurs sur les actions, car ce qui se passe maintenant, c’est une correction dans une tendance globale haussière, très clairement. Tous les éléments le prouvent: le redressement économique, des valorisations toujours attrayantes, des bénéfices qui vont continuer à monter et une politique monétaire toujours expansionniste. Nous assistons à une petite crise de devises, pas à une crise des pays émergents comme on a pu en connaître dans le passé".

Un problème? Quel problème?

Pour lui, le resserrement monétaire américain n’est pas du tout le problème… "Si les marchés chutent ou si l’économie faiblit, la Fed fera marche arrière et redonnera du mou. Quant à la BCE, vu les risques de déflation en zone euro, elle est presque obligée de baisser encore ses taux, si ce n’est pas cette semaine, ce sera quelque part en mars."

Le stratégiste continue donc de favoriser les Etats-Unis, l’Europe et même le Japon, qui a encore chuté de 4% hier. Il incite en revanche à la "prudence à court terme" en ce qui concerne les marchés émergents, soit en faisant le gros dos si on y est déjà, soit en attendant un moment plus propice pour y entrer.

"Les pays émergents ne peuvent pas faire grand-chose, à part augmenter leurs exportations et réduire leurs déficits, maintenant que leur financement est moins bon marché. Leurs problèmes vont probablement continuer encore quelques temps puisqu’ils seront obligé de contrer leur inflation en remontant leurs taux. Mais tôt ou tard, vu les taux élevés et les devises basses, ce sera forcément à nouveau une opportunité d’achat. Le tout est de savoir quand. La décote sur ces actions est de 30% aujourd’hui, ça peut paraître beaucoup mais on est déjà descendu jusque 50%…"

Assureurs et cycliques

Quelles actions favoriser en dehors de ces zones de turbulence donc? "L’an passé, nous étions acheteurs sur les banques. Maintenant, nous favorisons plutôt les assureurs car les taux sont à la hausse. Nous croyons aussi aux cycliques de type Rio Tinto car elles n’ont pas vraiment participé à la hausse des marchés en 2013. Or, on voit qu’elles résistent assez bien à la correction actuelle, ce qui est très bon signe pour une reprise", relève Philippe Geysels.

Qui souligne par ailleurs le retour en grâce de l’Europe: "On voit que l’argent parqué dans les émergents cherche son chemin. Il profite à l’or en partie, aux obligations allemandes, américaines, britanniques etc. mais aussi au papier italien et espagnol. Cela montre que l’Europe est à nouveau considérée comme un refuge".

Hier, l’indice de volatilité VIX (aussi appelé "indice de la peur") est redescendu à 19 points après un pic de 21,5 points atteint lundi. Au début de l’année, il était encore à peine au-dessus des 13 points. On peut certes parler de nervosité. Mais pas de panique.

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