Les champions du dividende à Bruxelles

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La saison des détachements de dividende s’ouvre à la Bourse de Bruxelles. Les actionnaires de KBC, Ageas, Jensen Group et D’Ieteren sont parmi les plus gâtés.

La Bourse de Bruxelles entre de plain-pied dans la saison des détachements de dividende. Comme à l’accoutumée, Proximus et ING l’inaugureront mercredi prochain pour l’indice Bel 20. L’opérateur de téléphonie attribuera un montant brut de 1 euro par action à ses actionnaires. Ce montant tombera à 0,70 euro net par action après retenue du précompte mobilier. Il représente dans le cas de Proximus un solde de dividende. Un acompte d’un montant de 0,50 euro (0,35 euro net), avait été attribué le 6 décembre dernier et payé deux jours plus tard. Huit sociétés procèdent de la même manière. C’est le cas d’ING, AB InBev, Umicore, KBC, bpost, Engie et Solvay.

Deux petites précisions: à l’inverse des deux années précédentes, le précompte n’a pas été modifié cette fois. Il reste fixé à 30%. En outre, du fait qu’il est possible pour l’actionnaire de récupérer une partie du précompte payé sur les dividendes perçus depuis le début de cette année lors de la déclaration des revenus de l’été 2019 (lire l’encadré), les montants cités dans cet article sont bruts, c’est-à-dire précompte non déduit sauf indication contraire.

KBC et Ageas fournissent les plus gros efforts

Sur les 20 entreprises que compte le Bel 20, 11 ont proposé à leurs actionnaires de relever le montant du dividende. Ce nombre pourrait même passer à 12 si Colruyt, qui a un exercice fiscal décalé, décide d’améliorer le montant décrété en juin 2017. Si c’est le cas – et les chances sont grandes qu’il en soit ainsi, à suivre les avis d’analystes suivis par Bloomberg –, 60% des entreprises du Bel 20 l’auront relevé.

Parmi les meilleurs élèves de cette saison qui démarre, Ageas propose une hausse de 23,5% du montant de son dividende régulier à 2,1 euros par action (1,47 euro net). Suivent Aperam (+ 20%), Ontex (+ 9,1%), AvH (+ 7,8%) et Umicore (+ 7,1%).

Pour la première fois, KBC distribuera un dividende final de 2 euros. La banque avait déjà attribué un acompte de 1 euro en novembre. Au total, les actionnaires recevront 3 euros pour l’exercice 2017. En tenant compte de ces 2 versements, le titre de champion de la hausse du dividende dans le Bel 20 revient à KBC. Au total, la banque propose un dividende de 3 euros, en croissance de 66,7% par rapport au montant de 1,80 euro perçu au titre de 2016. Il s’agit de son dividende le plus élevé depuis la crise financière de 2008.

Pour Ageas aussi, le montant que l’assureur s’apprête à verser est le plus élevé depuis qu’il a repris sa distribution en 2010.

3 sociétés passent le dividende

Le montant du dividende reste inchangé auprès de 4 sociétés du Bel 20. À savoir: AB InBev, bpost, Proximus et Cofinimmo. Seule Engie a annoncé une baisse de 30% de son solde à 0,35 euro. L’énergéticien promet cependant de relever son dividende total de 7,1% à 0,75 euro au titre de l’exercice 2018. Puisque nous en sommes sur la question des promesses, ajoutons que Proximus a précisé en février "avoir l’intention de verser un dividende stable de 1,50 euro à ses actionnaires en 2018 et 2019".

Enfin, 3 sociétés passent une nouvelle fois le dividende. Il s’agit de Telenet, Ablynx, et Galapagos. Ablynx avait remplacé Bekaert dans le Bel 20 il y a quelques semaines. Bekaert avait été celui qui avait fourni le plus gros effort l’an passé sur le plan du dividende, en l’ayant fait croître de 22,2%.

Taux de distribution prudent

La générosité dont les dirigeants de société font preuve à l’égard de leurs actionnaires ne devrait pas affecter leur trésorerie indispensable pour leur politique d’investissements. Les dividendes attribués aux actionnaires représentent moins de 50% des bénéfices réalisés pour près de la moitié des entreprises du Bel 20. C’est le cas notamment pour KBC (49,8%), Colruyt (46%), Solvay (42%), Ontex (37%), Aperam (31%), UCB (29,5%), AvH (24%) et Sofina (18%).

Les moins bons éléments dans ce registre sont Engie, qui distribue davantage de dividende qu’il ne réalise de profits. Le taux de distribution de ses bénéfices (pay-out) est de 140%! Pour AB InBev, il s’élève à 108%, pour Proximus à 93% et pour bpost à 81%.

Le dividende de Lotus Bakeries a progressé de 1.800% depuis 2000. Le cours de son action de 3.400%!

Ces sociétés n’ont pas vraiment le droit à l’erreur sur le plan de la gestion de leurs affaires et de leur profitabilité. Ce risque plus élevé que pour d’autres explique pour une bonne part pourquoi ces actions comptent parmi celles qui déçoivent leurs actionnaires ces 12 derniers mois. La crainte par exemple que les soucis de bpost dévoilés en mars concernant Radial, sa dernière acquisition faite aux Etats-Unis, ne le contraignent à réduire le montant de son dividende, est à l’origine de la chute de plus de 30% du cours de son action qui a suivi cette nouvelle!

Pour les mêmes raisons, ces actions comptent parmi celles qui affichent les rendements les plus élevés dans le Bel 20. Celui de bpost se monte à 7,1% brut, celui de Proximus à 6,9% et celui d’Engie à 5%. On le pressent: le rendement élevé de ces actions constitue à n’en pas douter une tentation pour un investisseur en quête de rendement d’en acquérir. Mais il doit être conscient que le rendement est élevé parce que le risque d’une baisse du montant du dividende existe.

Rendement de 3,80% pour le Bel 20

Ensemble, les 20 actions du Bel 20 affichent un rendement brut de 3,80% en moyenne. Dix actions dans l’indice déploient un rendement égal ou inférieur à cette moyenne. Il s’agit notamment de KBC (3,8%), Aperam, GBL (3,1%), Sofina (1,8%) et Umicore (1,6%).

Dans l’ensemble, les actions belges conservent l’avantage sur les obligations. Le rendement de l’obligation de l’État belge (OLO) à 10 ans reste confiné sous la barre de 1% brut, sous laquelle il était tombé à la fin de l’année 2014. Il est actuellement de 0,78%.

Dans le Bel 20, Proximus et ING inaugureront la saison des détachements des dividendes mercredi prochain.

En procurant un rendement supérieur à celui de l’OLO à 10 ans, les actions belges sont susceptibles de limiter les dégâts en cas de forte volatilité des marchés. Et cela, d’autant qu’un certain nombre de sociétés ne font pas mystère de leur politique dividendaire généreuse. Depuis son retour en Bourse en juin 2014, Ontex par exemple a amélioré son dividende chaque année. De 0,19 euro en 2015, il est monté progressivement pour atteindre à ce jour 0,60 euro. Soit une progression de 215% en quatre années à peine.

Bien avant Ontex, d’autres sociétés du Bel 20 ont conduit une telle politique et s’efforcent de la poursuivre de nos jours. Citons parmi elles Colruyt. Le dividende versé par le distributeur localisé à Hal a progressé de 720% depuis 2000. Sur cette même période, ceux de Sofinaet de GBL sont montés respectivement de 170% et 154%.

Précisons que GBL, qui nous avait habitués à des croissances proches de 10% dans les années 2000, a, dans le cadre de sa nouvelle politique de gestion de ses affaires qu’il mène depuis 2012, ramené ce taux dans une fourchette de 2 à 3% par an.

En dehors du Bel 20

Le champion incontestable dans cette catégorie, c’est en dehors du Bel 20 qu’il faut aller le chercher. Le fabricant de spéculoos Lotus Bakeries n’a jamais cessé de rehausser le montant de son dividende, exercice après exercice, depuis 2000. Sa progression totalise 1.800% pour atteindre 19,50 euros aujourd’hui. Celui qui a acquis des actions Lotus Bakeries en 2000, lorsqu’elles cotaient 68 euros, bénéficie à ce jour d’un rendement annuel brut de….28,7%! Parallèlement, au cours de cette période, l’action de ce groupe établi à Lembeke est montée de 3.400%. Voilà un exemple qui ne manquera certainement pas de donner du grain à moudre à ceux qui défendent l’idée qu’un placement en actions est un investissement de long terme.

D’autres exemples? Il y a celui de Melexis, qui, depuis son introduction à la cote en 2002, a fait gonfler le montant de son dividende de 340%. Dans la foulée, le cours de son action a grimpé de 1.700%. Depuis 2009, Sioen a fait monter son dividende de 780%. Son action a gagné 675%. Depuis 2008, le dividende de Brederode a grimpé de 118% et le cours de son action de 107%.

Jensen et D’Ieteren sur le podium

Pour revenir aux dividendes décidés sur la base des résultats enregistrés par les entreprises belges en 2017, mais toujours dans le segment des petites et moyennes sociétés, c’est encore là que l’on trouve les sociétés qui réalisent le plus gros effort de la Bourse de Bruxelles pour satisfaire leurs actionnaires.

Cette fois, l’équipementier pour les blanchisseries commerciales Jensen Group (ex-Ipso-ILG) se distingue favorablement dans ce registre. En ne prenant pas en compte le dividende exceptionnel d’un montant de 0,25 euro payé il y a un an, le groupe a décidé de doper son dividende de 300% pour le porter à 1 euro. Jensen peut se permettre cette performance en raison des "excellents résultats réalisés en 2017 et de sa solide position financière", avancent ses dirigeants.

Un montant exceptionnel de 2,85 euros ajouté au dividende ordinaire (0,95 euro) fait du distributeur automobile D’Ieteren un champion pour cette année. D’autres belles prestations ont été réalisées dans cette partie de la cote. Citons pêle-mêle celles de Picanol, qui double son dividende à 0,20 euro, Sipef, qui l’augmente de 31% à 1,60 euro, Recticel, de 22% à 0,22 euro, Texaf, de 18,8% à 0,81429 euro, et Lotus Bakeries, de 18,2% à 19,5 euros.

Ceux qui reversent et les autres

Les actionnaires de Fagron apprécieront à coup sûr la reprise de la distribution d’un dividende (0,10 euro). Tout comme chez Immobel (2 euros) et Quest for Growth (1,54 euro). Ils apprécieront aussi l’adoption par VGP d’une politique dividendaire régulière (1,90 euro) ou le versement par Roularta d’un dividende exceptionnel de 5 euros.

Au rayon des déceptions, il y a la baisse de 28,6% du dividende chez EVS, ainsi que celle chez Euronav (-84,5%). En plus des entreprises de biotechnologie, Exmar, Nyrstar, Hamon, Agfa-Gevaert, Tessenderlo Banimmo et IBA se retrouvent parmi les sociétés qui cotent à Bruxelles et qui n’ont pas décrété de dividende au titre de l’exercice 2017.

Comment récupérer le précompte mobilier de 30%?

C’est nouveau. Depuis le 1er janvier de cette année, les actionnaires d’entreprises belges et étrangères pourront récupérer le précompte mobilier de 30% déboursé cette année lors des paiements des dividendes. Cette mesure concerne les premiers 640 euros touchés.

Prenons un exemple: vous possédez des actions Proximus. Cet opérateur de téléphonie distribuera à partir de mercredi prochain un solde de dividende de 1 euro brut par action. Un précompte de 30% sera retenu à la source sur ce montant, soit 0,30 euro. Ce précompte pourra cependant être récupéré en déclarant pour un montant maximum de 640 euros, vos dividendes dans votre déclaration à l’impôt des personnes physiques de 2019. Ce sont 192 euros d’impôts (30% de 640 euros) qui pourront ainsi vous être remboursés par l’État belge.

Certaines catégories d’actions permettent de réduire, voire d’échapper au précompte. Les dividendes payés par Quest for Growth en raison de son statut de pricaf, ne sont pas imposés sur la partie du dividende provenant des plus-values sur actions que la société réalise. "Seule la partie résiduelle du dividende est soumise à un impôt à la source de 30%", précise QfG. Le dividende brut de 1,54 euro que vient d’attribuer la société pour son exercice 2017 revient de ce fait à 1,52 euro net.

Alors que les dividendes des SIR sont soumis au précompte de 30%, pour ceux de Care Property et d’Aedifica, ce précompte est ramené à 15%. L’explication réside dans le fait que ces 2 SIR consacrent un minimum de leurs investissements au secteur de la santé.

Autre particularité, le dividende payé par Brederode, une société basée au Grand-Duché de Luxembourg, n’est pas soumis à un prélèvement à la source dans ce pays. "L’État de résidence de chaque actionnaire détermine souverainement selon ses propres règles, la nature de la distribution et le régime fiscal auquel il entend soumettre ses contribuables", indique Brederode.

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