Les dividendes néerlandais bientôt plus attrayants

Dans son discours reprenant les grandes lignes du gouvernement néerlandais, le Roi Willem-Alexander a annoncé explicitement l’abandon de l'impôt sur les dividendes. ©ANP

Le gouvernement des Pays-Bas confirme son intention de supprimer l’impôt sur les dividendes. Une très bonne nouvelle pour les investisseurs belges, friands des actions cotées en Bourse d’Amsterdam.

Les Pays-Bas ont confirmé leur intention de supprimer leur impôt sur les dividendes. Dans le discours prononcé par le Roi Willem-Alexander mardi, qui reprend les grandes lignes du budget du gouvernement, figure explicitement l’abandon de cette taxe, une mesure censée "récompenser le véritable entrepreneuriat". L’objectif, a encore précisé le souverain, est "d’attirer vers le pays les entreprises qui apporteront une valeur ajoutée à l’économie". Le Conseil d’État néerlandais a publié mardi un avis très critique sur cette mesure qui va, selon lui, "conduire à une perte substantielle de recettes fiscales".

Mais si on considère cette mesure à travers les yeux des investisseurs, elle s’apparente à un cadeau généreux. C’est notamment le cas pour les investisseurs belges: exit la retenue à la source néerlandaise, qui s’élève à 15% et qui s’ajoute au précompte mobilier également retenu en Belgique, constituant ainsi un double précompte injustifiable aux yeux de la plupart des boursicoteurs. Au passage, on pourra définitivement remiser au placard la convention préventive de double imposition belgo-néerlandaise qui n’était de toute manière d’aucun secours pour les Belges puisqu’elle prévoyait une imputation de la partie du précompte dépassant… 15%.

Ce sera une forme de retour à la normale pour les actionnaires belges d’Ahold Delhaize.

La future – il faudra attendre que la mesure soit mise en œuvre en pratique – suppression du précompte mobilier néerlandais implique que les dividendes perçus par des investisseurs belges outre-Moerdijk ne seront plus frappés que par le précompte mobilier belge qui s’élève à 30%.

Pour les actionnaires belges d'Ahold Delhaize, c'est la fin d'un double précompte injustifiable. ©Bloomberg

Ce sera une forme de retour à la normale pour les actionnaires belges d’Ahold Delhaize  , qui étaient mécontents de voir leurs dividendes affectés par le double précompte depuis la fusion entre Ahold et Delhaize et la fixation du siège de la nouvelle entité fusionnée à Zaandam, au nord d’Amsterdam, faisant de l’ensemble une société de droit néerlandais. Lors du rapprochement entre Delhaize et Ahold, beaucoup de petits porteurs sont restés à bord malgré le double précompte car la politique de dividende du distributeur reste généreuse: le rendement du dividende dépasse 3%.

Ahold Delhaize n’est pas la seule action néerlandaise à figurer dans les portefeuilles belges. Interrogés à ce sujet juste avant l’été, des courtiers en ligne actifs en Belgique mentionnaient également des titres tels que Royal Dutch Shell  ou Galapagos  .

Selon Keytrade Bank, les actions cotées sur le Damrak les plus prisées par les Belges sont Ahold Delhaize, Royal Dutch Shell (dont le rendement du dividende atteint 5,4%) et ING  (rendement de 5,4%). BinckBank y ajoute Galapagos (qui ne distribue aucun dividende, faute de bénéfice, ce qui est classique pour une biotech) et… l’action BinckBank  (rendement du dividende: 5,6%). Chez Bolero, les néerlandaises préférées sont Ahold Delhaize, ING, NN Groep  (rendement de 4,6%), PostNL  (7%) et Bam Groep  (2,6%).

Le rendement du dividende n’est toutefois pas le seul élément à prendre en compte au moment d’investir en Bourse d’Amsterdam. Si l’on recherche une société généreuse en matière de dividende, il faut encore s’assurer qu’elle sera capable de maintenir cette politique. Ainsi se méfiera-t-on des sociétés dont le ratio de distribution est très élevé.

Alors qu’Ahold Delhaize se limite à restituer 42,5% de son résultat net aux actionnaires, Royal Dutch Shell présente un "payout ratio" de 120%, ce qui le contraint à emprunter pour rémunérer les investisseurs. Idem pour Bam Groep (218%) et surtout BinckBank (297%) qui distribue près de trois fois ce qu’il gagne. Sur le Damrak, on trouve bien d’autres valeurs au rendement dividendaire attrayant, notamment dans l’immobilier, à l’instar de Wereldhave  (7,5% de rendement). Mais son "payout" dépasse 180%.

La fin programmée du précompte néerlandais pose la question de la soutenabilité du précompte belge de 30%. Interrogé dans nos colonnes à ce sujet en juin dernier, Bruno Colmant, professeur à l’UCL et à l’ULB, mettait en évidence le déséquilibre: "À partir du moment où on a un marché boursier tel qu’Euronext, qui fusionne les Bourses belge, française et néerlandaise, les changements de fiscalité mobilière de nos voisins appellent à une remise en question en Belgique, estimait-il. De plus, à partir du moment où le marché s’internationalise, ce qui est bon pour la circulation du capital, il est un peu étonnant que la Belgique aille à contresens de l’histoire avec son doublement du précompte mobilier en cinq ans alors que les autres pays le réduisent." Voire le suppriment, peut-on ajouter aujourd’hui.

Une hausse du PIB de 2,6% anticipée en 2019

La coalition en place à La Haye s’apprête à répartir les fruits de la croissance. Présentées hier lors du traditionnel discours du roi, les orientations budgétaires du gouvernement dirigé par le Premier ministre libéral Mark Rutte vont se traduire par une augmentation de 1,5% du pouvoir d’achat des Néerlandais l’année prochaine. Dans le détail, les largesses de La Haye vont profiter à l’enseignement avec 1,9 milliard d’euros de dépenses supplémentaires, au budget de la défense (+1,2 milliard), à l’amélioration des infrastructures (1 milliard) et de la sécurité (500 millions d’euros).

Du côté des entreprises, la principale mesure concerne la baisse de 2,5 points de l’impôt sur les sociétés. Elle reste toutefois moins forte qu’annoncé. La suppression de la taxe sur les dividendes présente en effet un manque à gagner plus lourd que prévu: 1,9 milliard d’euros, contre 1,6 milliard calculé initialement. Dénoncée par l’opposition, la disparition de cet impôt est considérée comme un "cadeau" aux grandes multinationales établies dans le royaume, au premier rang desquelles Shell et Unilever.

Pour autant, l’attentisme est de mise à moyen terme, comme l’a indiqué hier le ministre des Finances, Wopke Hoekstra. "Les fondamentaux de notre économie fortement dépendante du commerce mondial, sont solides mais ne sont pas une garantie pour l’avenir compte tenu des menaces que représentent le Brexit et les conflits entre les États-Unis et la Chine". De fait, un "hard Brexit" pourrait coûter 1% à 2% de croissance à l’économie du royaume.

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