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Les Etats-Unis laissent filer le billet vert

Depuis le début de l’été, le dollar, symbole d’une économie américaine encore fragile, souffre face à la devise européenne. La Fed n’y est pas étrangère…

Rien ne va plus pour le dollar. Cette semaine, la devise des Etats-Unis est tombée à son plus bas niveau face à l’euro depuis cinq mois. Sur le marché des changes, la monnaie unique européenne s’est approchée de 1,35 dollar vendredi; il faut remonter au 20 avril 2010 pour trouver un cours plus défavorable pour le dollar. Le billet vert souffre aussi au regard des autres devises. Par rapport à la livre sterling, la monnaie américaine courbe l’échine depuis quatre mois. Actuellement, il faut 1,58 dollar pour une livre, alors que la devise du Royaume-Uni se traitait encore à 1,42 dollar le 20 mai. Face au franc suisse, la faiblesse du billet vert est encore plus nette: vendredi, il est tombé à moins de 0,98 franc, un plancher qui n’avait plus été touché depuis mars 2008. Enfin, malgré l’intervention de la Banque centrale du Japon le 15 septembre pour faire reculer le yen, la devise japonaise s’apprécie à nouveau contre le billet vert. Le cours actuel tourne autour de 84 yen pour un dollar. La monnaie américaine a même touché un plus bas de 82,88 yens le 15 septembre, du jamais vu depuis le record de 79,75 yens enregistré le 19 avril 1995. Voilà pour les chiffres.

Comment expliquer la mauvaise passe que traverse la devise des Etats-Unis en ce moment? Le dollar souffre de la perspective de voir la Réserve fédérale des Etats Unis (Fed) acheter à nouveau des obligations gouvernementales américaines, ce qui revient à créer de la monnaie. Une telle augmentation de la masse monétaire favoriserait l’inflation, ce qui pèserait inévitablement sur la valeur du billet vert. Mardi dernier, la Fed a clairement laissé entendre qu’elle ferait tout pour éviter la déflation, ce qui implique de recourir à cette technique dite d’"assouplissement quantitatif".

Mais, ce faisant, la banque centrale américaine pourrait provoquer une poussée inflationniste à terme. Bruno Colmant, professeur d’économie, se dit "persuadé que l’inflation va resurgir partout dans le monde". "La Fed se lance dans une politique keynésienne à outrance, estime-t-il. Augmenter la quantité de dollars en circulation stimulera les exportations mais aussi la consommation intérieure et l’inflation. Mais il semble que la banque centrale américaine accepte de subir une certaine dose d’inflation à long terme."

L’Irlande? Le marché n’en a cure…

Le tassement du dollar face à l’euro dépend aussi de la perception des marchés. Ces dernières semaines, l’attention des investisseurs semble davantage portée sur la santé de l’économie des Etats-Unis que sur les problèmes budgétaires de certains pays européens. Quelques statistiques moins bonnes que prévu outre-Atlantique ont suffi à ranimer le scénario d’un retour en récession, alors que les paramètres conjoncturels européens ont dépassé les attentes au deuxième trimestre. Pourtant, la zone euro reste sous la menace de problèmes budgétaires de certains de ses États membres. Si la situation de la Grèce semble s’améliorer progressivement, comme le Fonds monétaire international l’a constaté jeudi, c’est à présent l’Irlande qui inquiète. Dublin fait face à un déficit public très élevé - 14,3&flexSpace;% du produit intérieur brut (PIB) l’an dernier — et doit supporter le fardeau de la banque Anglo Irish Bank, nationalisée l’an dernier. Le coût exact du renflouement de cette institution financière n’est pas encore connu mais il pourrait faire grimper ponctuellement le déficit de l’Irlande à… 25&flexSpace;% du PIB!

Au printemps, le marché des changes avait sanctionné l’euro pour moins que ça. La moindre mauvaise nouvelle à propos des dettes de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne était prétexte à des prises de bénéfices sur la devise européenne. Pourquoi la donne a-t-elle subitement changé? Premièrement, les pays de la zone euro ont, bon gré mal gré, serré les rangs. La constitution officielle du Fonds européen de stabilité financière coïncide avec le début de la remontée de l’euro face au dollar. Ensuite, en août, la Fed a annoncé qu’elle achèterait des bons du Trésor, une mesure prolongée lors de la dernière réunion le 21 septembre, ce qui signifie que la masse monétaire est susceptible d’augmenter à l’avenir.

Cette évolution de la devise américaine s’inscrit dans une tendance à plus long terme. On se souviendra qu’en octobre 2000, l’euro s’est échangé contre 0,8230 dollar… "Quoi qu’en dise le gouvernement américain, un dollar un peu plus faible est dans l’intérêt des Etats-Unis, remarque l’économiste Peter Vanden Houte (ING). Le secteur financier étant hypertrophié et le consommateur américain trop endetté, la croissance passe par l’exportation et l’industrie. Pour améliorer la compétitivité à l’étranger et doper les investissements dans l’industrie, un dollar plus faible est idéal."

Idéal… sauf pour les partenaires économiques des Etats-Unis. Dès lors, certains économistes, comme Bruno Colmant, plaident pour moins de vertu budgétaire et davantage d’inflation dans la zone euro. Mais ce serait un bouleversement complet de la politique monétaire de la BCE… l

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