Les gagnants de la réforme fiscale à Wall Street

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Le surcroît de bénéfice dont profitera Apple suite à la révision du taux de l’imposition pourrait porter la valeur de la société en Bourse à 1.000 milliards de dollars!

En ayant réussi à faire adopter par son Congrès sa réforme fiscale à la veille de Noël, c’est un fameux cadeau de fin d’année que Donald Trump a offert à l’Amérique. Qu’ils soient entrepreneurs, travailleurs, simples particuliers et surtout actionnaires, beaucoup de monde aux Etats-Unis sera concerné par la nouvelle politique fiscale.

Certes, on l’a un peu perdu de vue ces derniers jours avec la récente dégringolade des marchés boursiers. Mais on peut imaginer qu’elle reviendra au-devant de l’actualité plus tard dans l’année. Quand? Difficile de le prévoir. Peut-être déjà au début du mois d’avril, au moment de la publication des résultats de sociétés de ce 1er trimestre qui feront mieux ressortir les effets de cette réforme. Quelles sont les sociétés susceptibles d’être gagnantes? Pour l’heure, les annonces faites à ce jour sur le sujet par plus de 170 sociétés sur les 3.500 qui cotent à Wall Street et les calculs concoctés par certains analystes permettent déjà de se faire une petite idée.

Les plus grands bénéficiaires

"Indéniablement, ce sont les banques qui seront les plus grandes bénéficiaires de cette réforme, déclarait Isaac Boltanski, analyste politique chez Compass Research peu après son adoption. Elles profiteront non seulement de l’abaissement du taux d’imposition, mais aussi du supplément de croissance économique que cela engendrera et qui gonflera le marché du crédit." Avant la réforme fiscale, le taux d’imposition pour ce secteur s’élevait à 24,4% en moyenne.

Les assureurs ne sont pas en reste. Aetna a déjà précisé que ses bénéfices bruts augmenteront de 800 millions de dollars en 2018. Ce qui représente 14% de son ebitda engrangé en 2017. UnitedHealth s’attend, lui, à un supplément d’environ 1,7 milliard.

Le secteur de la distribution, dont le taux d’imposition moyen était de 32,9%, compte lui aussi parmi les plus grands gagnants de la refonte de la politique fiscale. L’amélioration attendue de la consommation des ménages dopera ses marges bénéficiaires. Walmart, Dollar General et Kroger font partie de ce registre. Sears a indiqué jeudi que les nouvelles règles fiscales lui ont permis de générer un bénéfice non récurrent compris entre 445 et 495 millions de dollars.

1.000
milliards de dollars
Grâce à la baisse du taux d'imposition, les bénéfices d'Apple pourraient être supérieurs de 13% à ce que les analystes avaient prévu précédemment. De ce fait, la valeur d'Apple à Wall Street pourrait atteindre 1.000 milliards de dollars dans les prochains mois. Contre 883 milliards actuellement

Dans les autres secteurs, Amit Daryanani (RBC Capital) évalue le surcroît de bénéfice pour Apple à environ 10 à 13% par action en 2018. "Ce qui pourrait aider à faire monter à terme la valeur de la société à 1.000 milliards de dollars", contre 883 milliards aujourd’hui! Berkshire Hathaway, le holding présidé par Buffett, verrait son résultat d’exploitation monter de 14%, estime Morgan Stanley.

Toutes les sociétés ne profiteront pas de la même manière des effets de la réforme fiscale. General Electric, qui avait jusqu’ici un taux d’imposition moyen de 16% grâce aux diverses déductions fiscales dues aux difficultés rencontrées dans certaines de ses divisions, verra ce taux grimper à 21%. Précisons qu’une série de sociétés, des banques en grande partie, ont choisi d’acter au 4e trimestre des charges financières dans le cadre de la réforme. Cela s’explique par le fait que des déductions fiscales que permettaient des actifs décotés ne seront désormais plus possibles.

"La révision du taux d'imposition devrait ajouter un supplément de bénéfice de 13% en moyenne en 2018 à Wall Street"
Goldman Sachs

Globalement, Goldman Sachs entrevoit que "la baisse du taux d’imposition devrait ajouter un surcroît de bénéfice de 13% en moyenne en 2018, à Wall Street".

Hausses de salaires et bonus

Que faire de cette manne? Si au départ du projet de Trump, beaucoup d’économistes estimaient que les actionnaires seraient quasi les seuls privilégiés, il reste que des annonces ont été faites par plusieurs entreprises en direction des employés. JPMorgan, par exemple, a indiqué qu’il augmentera les salaires minimum de 22.000 de ses employés. Ceux-ci gagneront 15 dollars, voire 18 dollars de l’heure. Chez Wells Fargo, ce montant a été fixé à 18 dollars.

Walmart, le n°1 mondial de la distribution, a été un des premiers avec JPMorgan, à avoir fait part d’une hausse des salaires. Un million de ses employés gagneront dorénavant au minimum 11 dollars de l’heure (+ 22%). En comparaison, le salaire horaire d’un employé fédéral est de 7,25 dollars.

Chez Pfizer, qui va voir son taux d’imposition moyen baisser de 23 à 17% cette année et qui compte parmi les sociétés disposant des plus grosses trésoreries en dehors des Etats-Unis, une prime sera accordée ce trimestre aux employés non exécutifs. Une démarche que plus de 130 sociétés totalisant un effectif de 2 millions d’Américains ont adoptée. Citons pêle-mêle dans ce segment America Airlines, Southwest Airlines, FedEx, Fiat Chrysler, Comcast, Boeing, AT&T, Apple et Walmart, entre autres.

Réforme fiscale Les deux principales mesures

Deux grandes mesures sont contenues dans la réforme fiscale adoptée aux Etats-Unis dans les derniers jours de 2017. La première consiste à faire bénéficier les entreprises d’un taux d’imposition ramené de 35%, soit le taux d’imposition le plus élevé dans le monde industriel, à 21%. Selon une estimation de Credit Suisse, ce seront entre 75 et 100 milliards de dollars d’impôts que les sociétés pourraient moins payer.

En outre, et il s’agit de la deuxième mesure phare prise dans le cadre de cette réforme, les bénéfices réalisés par les entreprises américaines et parqués en dehors des Etats-Unis ne seront taxés, s’ils sont rapatriés au pays, qu’à hauteur de 8% s’il s’agit d’actifs illiquides, et de 15,5% s’il s’agit d’actifs en numéraire.

Dans les milieux financiers, on évalue à 3.000 milliards de dollars les profits logés en dehors des Etats-Unis et qui pourraient revenir au pays.

Les observateurs les plus critiques envers cette seconde mesure prétendent que le président Donald Trump a accordé à ces entreprises qui réalisent des bénéfices à l’étranger un cadeau d’environ 750 milliards de dollars en économie d’impôts.

Investissements, acquisitions et rachats d’actions

À côté des revalorisations salariales et de la distribution de bonus pour les employés, beaucoup d’entreprises prévoient d’investir sur le sol américain dans les 5 ans à venir. Pour 50 milliards de dollars chez ExxonMobil, 30 milliards chez Apple, 20 milliards chez JPMorgan, 5 milliards chez Pfizer, 1,5 milliard chez FedEx, et on en passe.

"La réduction du taux d’imposition et le retour au pays du cash détenu par les sociétés à l’étranger devraient aussi conduire à un rebond de l’activité fusions et acquisitions qui avait connu un ralentissement en 2017", estime Brian Hayes, de chez Morgan Stanley. Ce que Pfizer a déjà dit envisager. Le CEO d’Allergan, Brent Saunders, pense que "la réforme favorisera un important mouvement de consolidation dans le secteur pharma".

"Les programmes de rachats d'actions propres devraient bondir de 70% sur une base annuelle, pour atteindre 875 milliards de dollars"
Bloomberg Intelligence

Enfin, beaucoup s’attendent à ce que les programmes de rachats d’actions propres se multiplient. "Elles devraient bondir de 70% sur une base annuelle pour atteindre 875 milliards de dollars", avance Bloomberg Intelligence (BI). Boeing (pour 18 milliards), Home Depot (15 milliards) et Bank of America sont quelques groupes à s’être déjà prononcés sur le sujet.

Les sociétés européennes auront-elles leur magot?

Les résultats que Solvay publiera le 28 février permettront peut-être d’avoir une idée plus précise sur l’impact de la réforme fiscale sur les sociétés européennes. Solvay avait récemment effectué 2 importantes acquisitions outre-Atlantique. Très actif là-bas aussi, AB InBev qui donnera ses chiffres le 1er mars, pourrait aussi compter parmi les bénéficiaires.

L’analyste Komal Dhillon, de chez JP Morgan Cazenove, table "sur un taux d’imposition compris entre 14% et 21% au lieu de 22% à 24% en 2017 pour sa filiale américaine". Dans le secteur européen des boissons, l’analyste est d’avis que des groupes comme Remy Cointreau, Pernod Ricard et Campari et, dans une moindre mesure, Heineken, bénéficieront davantage du "cadeau fiscal" de Trump.

Pour Matthew Garman (Morgan Stanley), "l’impact devrait être très modeste pour les sociétés européennes". Il estime à entre 1 et 2% le supplément de bénéfice par action en 2018. Il pointe des noms comme Ashtead Plc, Aegon, Fresenius Medical et Ahold Delhaize parmi les gagnants potentiels. Les analystes de Citi voient plutôt un taux compris entre 2% et 5%. "Les banques et les assureurs européens actifs aux USA devraient être les plus grands bénéficiaires", disent-ils.

De leur côté, les analystes de BI pointent des noms comme Daimler, BASF et Dassault. "Ces sociétés chercheront à profiter davantage de la baisse du taux d’imposition. Ils seront donc enclins à accroître leurs investissements aux Etats-Unis".

Enfin, le groupe minier australien inscrit à la cote de la Bourse de Londres, BHP Billiton,a déjà chiffré son "cadeau fiscal". Il devrait s'élever à 1,3 milliard de livres sterling".

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