Les investisseurs étrangers se ruent sur la dette belge

©Thierry du Bois

Les responsables de la dette belge ne prévoient pas un abaissement de rating. Les besoins en financement de l'Etat pour 2014 seront abaissés à 30 milliards d'euros (contre plus de 40 milliards cette année) grâce à une forte demande pour la dette belge en 2013. Retour à la situation d'avant la crise donc...

Le gros appétit des investisseurs institutionnels pour la dette belge a permis aux responsables de l’Agence de la dette en Belgique de retrouver une situation d’avant la crise bancaire de 2008. La maturité moyenne de l’ensemble du portefeuille de la dette a été allongée pour atteindre 7,7 ans, tandis que le taux d’intérêt moyen est tombé à un plancher historique de 3,3%! C’est tout profit pour les budgets futurs du gouvernement fédéral.

"Nous avons pu emprunter sur le long terme plus que nécessaire", affirme Jean Deboutte, directeur à l’Agence de la dette, dans une interview qu’il nous a accordée. Il ajoute que "cela a permis de racheter de la dette venant à échéance l’an prochain". Du coup, les besoins en financement pour 2014 seront sensiblement moins importants. "De l’ordre de 30 milliards", note-t-il.

Face à ces facteurs positifs, on peut prévoir que les investisseurs étrangers, qui détiennent près de 50% de la dette belge, en restent friands. "Et, observe Jean Deboutte, ne pas craindre un nouvel abaissement des notes financières de la Belgique".

 Quel bilan tirez-vous de la politique de financement de la dette en Belgique, en 2013?

L’année 2013 a été marquée par plusieurs records. La durée moyenne des nouvelles émissions à long terme était de 11,8 ans. Et le taux moyen obtenu pour ce financement était de 2,23%.

Aussi, pour la 4e année consécutive, on a pu émettre des emprunts à long terme pour un montant total supérieur à 40 milliards d’euros. On devrait clore 2013 avec 45,2 milliards. En 2011, grâce au succès du bon d’État, on avait approché les 48 milliards.

Nous avons pu cependant emprunter sur le long terme plus que nécessaire, ce qui nous a permis de diminuer cette année nos dettes à court terme pour un montant de 7 milliards d’euros. Cet effort, qui s’ajoute à ceux déjà réalisés les années précédentes, fait que la dette à court terme est revenue à son niveau d’avant la crise bancaire de 2008.

La réduction de la dette à court terme est un point positif dans la mesure où cela réduit le risque de refinancement du pays. Quand un investisseur regarde un pays, il regarde ce qu’il faut vraiment financer par rapport au PIB du pays. Il s’agit d’un paramètre très important auquel les investisseurs, mais aussi les agences de notation, sont très sensibles. Idéalement, le refinancement sur 12 mois ne doit représenter au pire que 20% du PIB. Ce pourcentage approche maintenant les 15% pour la Belgique. Ce qui constitue une performance historique pour le pays, si on regarde les 20 à 30 dernières années.

D’autres records?

Oui, si l’on considère la durée de vie moyenne de l’ensemble de la dette belge. Elle est à présent de 7,7 ans, avec un taux d’intérêt moyen de 3,35%. En outre, notre portefeuille de la dette est le deuxième plus "long" de la zone euro. Il s’agit d’une évolution assez remarquable obtenue en 4 ans. Et les taux qui ont diminué permettront d’importantes économies pour les budgets futurs du gouvernement.

Vous êtes en train de nous dire que l’image de la Belgique s’améliore sur les marchés financiers?

 Effectivement, nous observons cette évolution auprès des investisseurs que nous rencontrons. Ils apprécient assez bien la manière dont les choses évoluent chez nous sur le front de la dette, en particulier de la structure du portefeuille. Ce que confirment de leur côté certaines agences de rating, qui reconnaissent que les conditions de financement de la Belgique se sont bien améliorées.

Vous attendez-vous à ce que l’agence de notation Standard & Poor’s améliore la perspective de la dette belge, qui est actuellement "négative"?

La première chose à laquelle nous pouvons nous attendre, c’est que la perspective devienne "stable". Ce n’est donc pas encore un relèvement de rating, qui est de "AA" depuis près de deux ans chez Standard & Poor’s. Précisons quand même que le travail effectué sur la dette belge ne suffit pas aux agences, pour donner une appréciation. Celle-ci dépend encore du budget du pays et de la croissance économique, mais aussi de la santé du secteur bancaire.

L’objectif du gouvernement de stabiliser la dette à 100% du PIB, et de contenir le déficit budgétaire sous les 3% en 2014, fait que l’on ne doit pas craindre un nouvel abaissement des notes financières de la Belgique dans les mois à venir. Quant au secteur bancaire, l’agence américaine Moody’s vient de lui assigner une perspective "stable".

Pour 2014, les besoins financiers de la Belgique sont-ils aussi importants qu’en 2013?

Nous publierons notre plan de financement mardi prochain. Pour l’heure, vous comprendrez que je suis tenu à la discrétion sur le sujet.

Ce que je peux déjà vous indiquer c’est que l’on ne sera plus au-dessus de 40 milliards d’euros. Mais plutôt aux environs des 30 milliards ou un peu plus. En 2015 et 2016, on sera encore plus bas. On revient en fait aux chiffres que nous connaissions avant la crise, et qui évoluaient entre 25 et 30 milliards. Avec tout ce que nous avons financé ces dernières années, on a donc pu revenir à cette situation. 2014 sera la première année d’une séquence d’années avec des besoins de financement moins élevés. Cette année, on a procédé à trois émissions d’OLO (5, 10 et 30 ans). Il se pourrait que l’an prochain, il n’y ait plus que deux maturités.

 

 Deux ans après son gros succès populaire, le bon d’État paraît boudé aujourd’hui. Comment analysez-vous le modeste intérêt du public pour ce produit d’épargne?

La principale explication, ce sont les taux de financement de l’État belge qui ont fort baissé au cours des deux dernières années. Si je me réfère au taux à 10 ans, il est passé sur cette période de 5,9% à 2,38%. Il y a quelque mois, il était même tombé sous le niveau des 2%.

 

Comment expliquer à présent que ce taux soit si bas?

En dehors des bons d’État, nous connaissons depuis un certain temps beaucoup de succès sur les marchés sur lesquels nous sommes aussi actifs, à savoir le marché des institutionnels domestiques ou étrangers. On observe que notre papier a été acheté à des prix assez élevés, et donc à des taux d’intérêt plutôt bas.

Ce qui est surtout frappant cette année, c’est l’appétit des banques centrales un peu partout dans le monde pour nos obligations. Ils étaient déjà très actifs sur le marché du court terme, et cette année ils ont été plus actifs qu’auparavant sur celui du long terme. On a là des investisseurs qui recherchent davantage la sécurité que le rendement. Ces investisseurs sont prêts à perdre le rendement, pour la sécurité. Voilà ce qui explique que les taux sont si bas.

 

Comment se fait-il que l’épargnant belge rechigne, à l’inverse de ces investisseurs institutionnels, à investir dans l’OLO?

Il faut attribuer ce comportement au fait qu’il existe une garantie qui couvre jusqu’à 100.000 euros, par personne et par banque, les montants déposés dans les banques. En revanche, les institutionnels domestiques et étrangers ne disposent pas de cette option. Donc, s’ils souhaitent obtenir la sécurité pour leurs investissements, ils choisiront les instruments émis par des débiteurs avec un risque de crédit faible, comme les produits émis par les États.

Dans le cas où le particulier veut investir à terme fixe, il aura tendance à opter pour l’instrument bancaire, qui offre plus de rendement actuellement.

 

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