1
interview

"Les midcaps offrent de meilleurs rendements que Solvay ou AB InBev"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Lancé officiellement le 31 décembre 2004, l’indice Bel Mid comporte aujourd’hui 41 valeurs, qui vont d’Aedifica à Xior. Sa capitalisation boursière totale s’élève à environ 44 milliards d’euros. C’est dix fois moins que son grand frère, le Bel 20. Pourtant, le Bel Mid le surperforme allègrement depuis de nombreuses années. Pourquoi? Jérôme Truyens, gestionnaire de fonds chez Puilaetco Dewaay, nous en donne les principales raisons.

Comment expliquez-vous la surperformance du Bel Mid par rapport au Bel 20?

Il y a plusieurs facteurs. Premièrement, c’est un indice plus diversifié. On a aujourd’hui 41 valeurs au sein du Bel Mid. Et depuis sa création, sa composition a pas mal changé: il y a plus de 60 entrées et 50 sorties en une dizaine d’années. Dans le Bel 20, ce sont des poids lourds comme KBC, ING ou AB InBev qui pèsent environ 12-13%. Donc l’indice reste majoritairement dépendant de leur performance.

Le Bel Mid est également moins cyclique, et davantage défensif. Il n’y a pas ou peu de financières. Celles que l’on caractérise comme financières dans le Bel Mid sont plutôt des holdings comme Bois Sauvage . On retrouve aussi 11 sociétés actives dans le secteur de l’immobilier. En cas de baisse du marché ou de la croissance économique, ce sont des valeurs refuges. Elles ont d’ailleurs moins souffert pendant la crise de 2008. Au final, pour moi, le Bel Mid est un indice plus représentatif du marché belge que le Bel 20.

Certains évoquent une prime de risque plus élevée pour les midcaps…

Une midcap, c’est plus risqué car c’est moins diversifié en termes d’activités. Elles sont souvent focalisées sur un seul secteur. Donc il faut vraiment bien regarder le marché sous-jacent de la société et voir son positionnement. Cela demande certainement une meilleure analyse initiale qu’une large cap, où là, une trentaine d’analystes suivent la valeur. Et si c’est bien fait, il y a réellement moyen de surperformer. Je pense réellement qu’il y a de très beaux investissements à faire dans le Bel Mid.

La valorisation est certes plus élevée aussi pour les midcaps. Mais il y a plusieurs aspects qui entrent en compte, comme la spéculation sur un potentiel rachat de la société. Forcément, il y a une survalorisation, mais je trouve qu’actuellement, elle n’est pas spécialement élevée quand on regarde l’historique.

L’évolution du contexte économique influence votre stratégie d’investissement?

Nous sommes des stock pickers, nous analysons les sociétés sur base des fondamentaux. Nous jouons une histoire spécifique: des sociétés qui prennent des parts de marché, qui ont une technologique supérieure à leurs concurrents, qui sont réellement dans un marché de niche, etc.

Cela n’empêche que l’on regarde vers l’aspect macroéconomique parce que cela a toujours une influence sur la croissance des bénéfices. Il y a eu récemment un certain ralentissement des indices PMI, qui ne s’est pas encore reflété dans les résultats des sociétés. Mais cela a un impact sur la confiance des consommateurs et des investisseurs. Ce sont des indicateurs que les sociétés elles-mêmes regardent aussi. Et cela peut impacter le niveau de leur capex (dépenses d’investissement, NDLR.).

Je trouve cependant que l’on reste sur des niveaux encore très sains. Je ne suis pas un économiste pure souche, je me réfère à ce que beaucoup d’experts me disent. Et j’entends un peu partout que cela reste encore très bon pour l’instant.

Vous êtes donc optimistes pour la saison des résultats qui va bientôt commencer?

Cela dépend. Ce sera vraiment du cas par cas. Il y a certaines sociétés qui ne font pas de guidance en début d’année. Et puis pour d’autres, le premier trimestre est plus faible. Je pense également que les bases de comparaison ne vont pas être nécessairement faciles.

Prenons le cas de Melexis  , qui est très exposée au marché automobile. On a vu au premier trimestre 2017 une croissance de la production automobile d’environ 6-7%. La comparaison avec le premier trimestre de cette année sera donc compliquée. On va peut-être voir une légère décroissance, mais je ne pense pas que cela va pouvoir influencer les résultats de Melexis. La société est capable d’augmenter le nombre de puces présentes dans les voitures, ce qui peut compenser éventuellement l’aspect macroéconomique.

Nous sommes d’ailleurs à la recherche de ce genre de sociétés, qui malgré un contexte économique plus difficile, peuvent compenser par des gains de parts de marché, par des acquisitions, etc. Et qui peuvent garder ce momentum dans la croissance de leurs bénéfices et dans la valeur qu’elles créent pour leurs actionnaires.

Et vous trouvez de telles pépites?

Je pense qu’au sein du Bel Mid il y a davantage moyen de trouver des sociétés avec lesquelles on fera une meilleure performance, que des Solvay ou AB Inbev qui vont suivre le cycle économique. Nos midcaps ont autant à valoir que des midcaps françaises, allemandes, etc. On a vraiment de très belles sociétés comme Barco , Kinepolis , Sioen , etc.

Mais on a forcément un marché plus petit, moins industrialisé. Si je prends le cas de l’Allemagne: il y a de gros constructeurs automobiles, et à côté, plein d’équipementiers, de petites sociétés allemandes qui offrent un composant de la voiture. On a peut-être moins ça en Belgique parce qu’on n’a pas beaucoup de sociétés pour lesquelles on peut décliner une multitude de petits fournisseurs.

Une pépite qui est peut-être un peu sous-estimée par le marché: Rectice l. L’action se négocie avec des multiples de valorisation qui sont plus faibles que pour ses concurrents. Et ce, malgré ses très bons positionnements dans l’isolation et dans l’automobile.

Les OPA annoncées récemment, comme Ablynx par Sanofi ou RealDolmen par GFI Informatique, montrent également le potentiel de nos sociétés

Cela prouve effectivement la valeur qu’il y a au sein des sociétés belges, qu’il y a un savoir-faire qui peut être intéressant pour les Américains, les Anglo-Saxons ou les plus grands groupes dans les mêmes secteurs.

Mais les midcaps belges restent inconnues par les investisseurs internationaux…

Elles pâtissent malheureusement de la taille de la Belgique. Tout est plus petit et moins connu à l’étranger. Kinepolis commence à se faire connaître aux Pays-Bas, en y développant des cinémas. Ils viennent également de racheter des activités au Canada. Pour Lotus Bakeries, c’est pareil. Ils commencent à vendre leurs biscuits un peu partout en Europe. Cela reste des sociétés détenues par une famille ou par son fondateur, qui doivent encore se développer. Et tout ne se fait pas du jour au lendemain.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content