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Les salles de marchés changent de visage

©Kristof Vadino

Depuis la crise financière, les effectifs des salles de marchés ont été réduits, mais les contraintes réglementaires ont augmenté. Les mentalités évoluent chez BNP Paribas Fortis. Belfius se recentre sur le service aux clients. Reportage.

L’ancienne salle comptait 400 personnes avant la crise financière. Après, les effectifs ont été réduits à 150.
Didier Lannoy
Responsable de la salle de marchés de BNP Paribas Fortis

Parmi les quatre grandes banques du pays, la salle de marchés de BNP Paribas Fortis est celle qui a été le plus transformée depuis la crise financière. Mais elle s’est recentrée sur de nouveaux défis.

La salle des marchés de BNP Paribas Fortis ©Kristof Vadino

En l’espace de dix ans, la salle de marchés de BNP Paribas Fortis à Bruxelles a beaucoup changé. "Avant la crise, la salle de marchés était le quartier général de Fortis. Elle n’est désormais plus qu’une filiale de BNP Paribas, parmi d’autres, souligne Didier Lannoy, responsable de la salle de marchés. L’ancienne salle comptait 400 personnes avant la crise financière. Après, les effectifs ont été réduits à 150. On tourne désormais à 80 personnes aujourd’hui, mais nous avons trouvé notre place dans le dispositif Global Markets de BNP Paribas."

La partie obligataire est fortement réduite avec les taux d’intérêt tellement bas.
Didier Lannoy

La salle des marchés de Belfius ©Kristof Vadino

Après la crise financière, la salle de marchés s’est recentrée sur le flux de clients, explique-t-il. "Nous couvrons les clients belges, allant du réseau retail/private banking aux PME, clients corporate, les clients institutionnels comme les gestionnaires de fonds, jusqu’aux entités publiques comme les régions et le royaume, pour répondre à trois types de besoins, en matière de couverture, d’investissement et de financement", indique Didier Lannoy. La période actuelle de taux d’intérêt bas favorise les métiers de la salle de marchés de BNP Paribas. "La partie obligataire est fortement réduite avec les taux d’intérêt tellement bas. Il y a moins de demande. Les produits d’investissement en actions sont un des seuls moyens d’aller chercher du rendement. Nous les proposons sous forme de dérivés actions car ici, il n’y a pas de courtage en actions", explique Didier Lannoy.

Les produits d’investissement en actions sont un des seuls moyens d’aller chercher du rendement.
Didier Lannoy

Le recentrage sur le flux clients, alors qu’avant la crise, la salle de marchés s’adonnait à "beaucoup de trading pour compte propre", a amené à traiter beaucoup de petits flux, selon lui. "À Londres, BNP Paribas concentre les gros clients et les gros ordres. Ici, à Bruxelles, on traite tout l’éventail des clients de la banque pour des ordres importants mais aussi moins considérables, de 500.000 euros à 1 million d’euros par exemple", précise-t-il.

©Kristof Vadino

Évolution

La régulation financière a amené ce recentrage de la salle de marchés sur ses clients. Mais l’évolution technologique a également transformé les métiers. "On connaît une évolution très rapide. Il y a quelques années, par exemple, sur les transactions en devises, on comptait 12 à 13 traders. Aujourd’hui, il n’y en a plus que six car une grosse partie de l’activité a été automatisée. Le hedging se fait en partie de manière automatisée et le client peut traiter lui-même sur des plateformes de transactions, explique Didier Lannoy. Mais pour les obligations, la partie couverture n’est pas automatisée, car lorsqu’une société a besoin de financement, elle le fait une fois par an. Alors le contact se fait avec le vendeur dans la salle. Toutefois, pour les transactions en obligations, nous avons développé une plateforme d’exécution automatisée que nous cherchons à étendre."

Avant, il suffisait d’être bon en maths.
Didier Lannoy


La régulation financière a, elle, amené plus de contraintes. "Elle a amené de grosses formalités administratives mais dans le seul but de protéger les investisseurs", nuance Didier Lannoy. "Les postes dans la salle sont devenus plus complexes. Avant, il suffisait d’être bon en maths. Mais on vend désormais des solutions, plus de simples produits. Et on ne peut plus se permettre de travailler sans savoir ce que sont Emir, Mifid, IFRS9. À cela, il faut ajouter une couche d’automatisation/d’informatisation car les clients utilisent de multiples canaux pour nous joindre", indique-t-il.

©Kristof Vadino

Didier Lannoy observe que l’âge moyen du personnel a augmenté. "On trouve moins de jeunes qu’avant. L’âge moyen tourne autour de 38-40 ans", souligne-t-il. "Mais cette année, on réengage des jeunes, quatre exactement. On essaie aussi de promouvoir la diversité, mais il est difficile de trouver des candidates. Sur 48 CV, seulement 6 viennent de femmes", déplore-t-il.

Mais il souligne que la nouvelle génération dans la salle de marchés insiste sur un équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

BNP Paribas Fortis met également l’accent sur la finance verte. "La salle de marchés a participé à la première émission de green bonds par le gouvernement. La gamme de produits s’élargit vers le green financing et le SRI. On offre plus de solutions", relève Didier Lannoy. J.N.

Et chez Belfius?

La salle de marchés de Belfius a vu ses effectifs diminuer depuis la crise financière, et ses métiers évoluer. La banque se recentre désormais sur le service aux clients.

 

Depuis la crise financière, la salle de marchés de Belfius a changé. Elle a déménagé depuis le début de l’année dernière dans la tour de la banque sur la place Rogier à Bruxelles. Ses effectifs ont diminué. "Au moment de la crise financière, le nombre d’effectifs entre 2007 et 2008 s’élevait à 130 personnes. On a évolué après la crise à 80-85 personnes et aujourd’hui, la salle compte 100 effectifs", souligne Bruno Accou, head of Financial Markets chez Belfius. "Après la crise, pendant 5 à 6 ans, les salles de marchés ont dû se remettre de la crise de 2008. Elles ont dû se réinventer en termes de métier et adapter leur organisation et leurs équipes", ajoute-t-il.

Le client se branche sur des sites digitaux et exécute ses transactions. Il n’a pas besoin de conseil.
Bruno Accou
Head of Financial Markets chez Belfius

La crise financière n’explique pas à elle seule la réduction du personnel dans la salle de marchés de Belfius. "L’activité où la partie de conseil aux clients est réduite et où la valeur ajoutée est faible s’est digitalisée à une vitesse très rapide, relève Bruno Accou. Les transactions s’opèrent d’une manière différente. Le client se branche sur des sites digitaux et exécute ses transactions. Il n’a pas besoin de conseil."

©Kristof Vadino

À cette évolution technologique est venue s’ajouter une couche de régulation financière. "Après la crise financière, les régulateurs n’ont plus voulu que les banques fassent du trading pour compte propre. Ils ont mis l’accent sur la transparence, indique Bruno Accou. Les régulateurs ne veulent plus revoir la crise financière. Mifid2 a amené un cadre important et mis la pression sur la partie exécution et conseil." En conséquence, l’accent est mis sur les transactions à valeur ajoutée.

Accent sur le service aux clients

En 2008, la salle de marché de Belfius disposait d’un desk pour les opérations de conseil en levée de capitaux en actions. Mais il a disparu. Toutefois, depuis novembre 2017, la banque a signé un partenariat avec Kepler Cheuvreux pour relancer cette activité. "Nous voulions offrir une proposition de valeur à nos clients, explique Bruno Accou. Chaque banque doit se poser la question de quel service apporter à la clientèle. Alors, la salle de marchés n’a pas atteint sa forme définitive. Nous nous sommes repositionnés pour améliorer la qualité de nos services aux clients." Car il estime que les effets de la directive Mifid2, entrée en vigueur le 3 janvier de cette année, ne se feront vraiment sentir qu’en 2019.

Chaque banque doit se poser la question de quel service apporter à la clientèle.
Bruno Accou

Il constate cependant que sur l’activité de levée de capitaux en obligations, la concurrence s’est accrue avec les autres banques. "Nous avons été pendant 5 ans la maison DCM sur Euronext. Mais la présence de nos confrères sur cette activité a fortement augmenté cette année", relève-t-il.

Impact de la régulation

Outre un accent mis sur les services à valeur ajoutée suite à la régulation, la salle de marchés de Belfius a vu aussi se sophistiquer les fonctions de ses effectifs. "On a vu une sophistication arriver avec la régulation financière. Par exemple, pour l’activité de gestion de dérivés, nous avons dû recruter des profils d’économistes et des quants, plus jeunes", souligne Bruno Accou. Mais il constate que l’âge moyen du personnel dans la salle de marchés a augmenté. "La population de la salle a vieilli alors qu’avant il y avait de très jeunes personnes. Mais ce n’est pas négatif, car beaucoup ont du vécu et savent ce qu’est un choc de liquidité. Avant la crise financière, l’âge moyen tournait entre 35 et 38 ans. Aujourd’hui, il est plutôt entre 38 et 42 ans, avec certaines fonctions où l’on trouve du personnel entre 45 et 58 ans, constate-t-il. Mais pour la première fois depuis près de dix ans, nous avons recruté quelqu’un âgé de moins de 25 ans."

Les fonctions sont devenues tellement sophistiquées et compliquées qu’on a à peine le temps de manger un sandwich le midi.
Bruno Accou

Il souligne également que la période de "wining and dining" est terminée dans la salle de marchés. "Les fonctions sont devenues tellement sophistiquées et compliquées qu’on a à peine le temps de manger un sandwich le midi", déplore-t-il.

Mais par contre, la salle de marchés de Belfius s’est dupliquée à Gand, où un bureau de 70 postes a été créé pour le personnel actuel.

La salle des marchés de Belfius ©Kristof Vadino

©Kristof Vadino

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