Les taux italiens montent encore, au point d'inquiéter les banques

Giovanni Tria, ministre italien de l'Economie, et Pierre Moscovici, Commissaire européen. ©AFP

Le bras de fer budgétaire entre l'Europe et Rome n'est pas sans conséquence sur les marchés. Selon les analystes, les marchés italiens devraient enregistrer leur quatrième perte consécutive de la semaine alors que les taux sont sous tension.

Les taux d’intérêt italiens ont continué à grimper ce vendredi, les investisseurs s’inquiétant de l’opposition frontale entre l’Union européenne et l’Italie au sujet du budget de la péninsule.

En cours de séance, le taux des obligations gouvernementales à dix ans de l’État italien a dépassé 3,8%, ce qui n’était plus arrivé depuis quatre ans et demi. L’écart de rendement par rapport au taux à dix ans de référence, à savoir le taux du Bund allemand à dix ans, a quant à lui augmenté à plus de 340 points de base (3,4 points de pourcentage), ce qui constitue le spread le plus large depuis avril 2013.

Le bras de fer budgétaire entre l’Europe et Rome n’est pas non plus sans conséquence sur les marchés d’actions. Au terme de la séance de ce vendredi, la Bourse de Milan affiche une nouvelle baisse hebdomadaire, la quatrième d’affilée. Durant ces quatre semaines négatives consécutives, l’indice MIB du marché italien a chuté de plus de 10%.

"Écart considérable"

L’Italie, dont le budget hors des clous a suscité une vive réaction de la Commission européenne, suscite donc plus que jamais l’inquiétude des investisseurs. L’Europe parle même d’un "écart considérable par rapport aux règles budgétaires".

L’UE a entamé jeudi un bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie. Elle réclamait officiellement dans les 12 heures des "clarifications" sur le dérapage budgétaire "sans précédent" de Rome.

Moscovici veut réduire les tensions

La Commission européenne n'a pas encore pris de décision sur le projet de budget du gouvernement italien et veut un dialogue constructif avec Rome pour réduire les tensions, a déclaré vendredi le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire, Pierre Moscovici. "Nous devons trouver des solutions avec l'Italie même si nous ne sommes pas d'accord."

A Bruxelles, où il participait à un sommet UE-Asie, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a indiqué ne voir aucune raison de modifier le projet de loi de finance. "Le budget ? Il n'y a aucune raison de le changer. Quant à la lettre de la commission, elle ne constitue que le début de la discussion. Nous répondrons lundi."

Le gouvernement italien a prévu l’an prochain quelque 37 milliards de dépenses (+2,7%). Le projet de budget du pays pour 2019 prévoit donc un déficit à 2,4% du produit intérieur brut (PIB), très éloigné du 0,8% promis par le précédent gouvernement de centre-gauche. L’Europe avait également indiqué que les dépenses publiques ne pouvaient plus augmenter.

"La controverse entourant le budget du nouveau gouvernement affecte l’humeur des marchés, ce qui a envoyé le rendement italien à dix ans au plus haut depuis 2014", soulignait vendredi Michael Hewson, analyste de CMC Markets. Cette tension des taux des obligations gouvernementales de l’Italie a eu des répercussions sur les actions des banques italiennes, qui ont à nouveau décroché ce vendredi en Bourse de Milan.

Les institutions financières de la péninsule sont fortement exposées à la dette publique italienne. La montée des taux signifie que la valeur des obligations gouvernementales détenues par les banques diminue. Cette baisse de valorisation d’actifs importants du portefeuille des banques réduit leur matelas de capitaux propres, ce qui pourrait, à terme, les contraindre à procéder à de nouvelles augmentations de capital, voire à restreindre leur offre de crédits aux entreprises et aux ménages. L’association italienne des banques (ABI) s’en est émue dans un communiqué.

"La hausse du spread détériore les perspectives concernant les équilibres des comptes publics et complique les activités productives et les investissements des familles et des entreprises," a affirmé son président, Antonio Patuelli.

Sous la menace de Fitch

"On ne peut pas rester indifférent face à une hausse ultérieure du spread et on ne doit pas s’habituer à ce qui ramènerait l’Italie en arrière en termes de croissance,"a-t-il ajouté, avant de conclure en ces termes: "Nous espérons une discussion plus constructive entre les autorités italiennes et européennes afin de dépasser ce climat dommageable pour l’économie" Tout est dit!

Le temps presse car les banques italiennes font aussi face à une autre menace: le mois dernier, Fitch a envisagé de dégrader la note de crédit de plusieurs d’entre elles. Si l’agence d’évaluation financière passe à l’acte, cela rendra le financement des banques italiennes (encore) plus compliqué. C’est ce qui s’appellerait tomber de Charybde en Scylla, une expression bien connue dans le sud de l’Italie…

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect