Pourquoi l'IPO de Candy Crush était très risquée

©Bloomberg

King Digital Entertainment a fait son entrée en Bourse. Prudence, prudence, lançaient les analystes. Ils n'avaient pas tort...

Le titre de King Digital Entertainment, l'éditeur britannique du populaire jeu vidéo Candy Crush, a ouvert mercredi matin sous son prix d'introduction à Wall Street, chutant de 6,89% au début de sa cotation.

A 13H50 GMT, l'action cotée sous le symbole "KING" dégringolait de 6,89% à 20,95 dollars, dans un marché en hausse. Son prix avait été fixé au milieu de la fourchette d'introduction à 22,50 dollars.

A savoir

King, fondé en 2003 en Suède mais basé à Dublin, devrait vendre 15,5 millions d'actions, le solde étant apporté par des actionnaires existants, dont le fonds Apax Ventures. Ce dernier, principal actionnaire de King, aura une participation de 44,2% au terme de l'opération, si les souscripteurs exercent totalement leurs options. Le cofondateur Riccardo Zacconi aura une part de 9,5%.

C'est aux Etats-Unis la plus importante IPO à ce jour dans un secteur du jeu vidéo mobile en pleine expansion, soucieux de ne pas connaître les mêmes déconvenues que Zynga, la société de jeux pour médias sociaux qui a perdu la moitié de sa valeur à la suite d'un IPO de sept milliards de dollars en 2011.

King, ex-King.com, a évité la faillite d'un cheveu en 2003 puis a commencé à dégager régulièrement des bénéfices à partir de 2005.

 

♦ Cette grosse IPO était une opération très attendue mais jugée risquée par beaucoup d'analystes. Pourquoi?

Le cabinet d'études PrivCo prédisait dans une note lundi "une forte demande (...) basée sur la reconnaissance suscitée par Candy Crush", le titre phare de l'éditeur, dans lequel des millions d'accros dans le monde tentent de rassembler et de faire exploser des bonbons multicolores sur leurs smartphones.

PrivCo pourtant "recommande aux investisseurs d'éviter l'introduction en Bourse de King": il met en garde contre la trop forte dépendance de King à Candy Crush, qui

représentait 97 de ses 144 millions de joueurs quotidiens en février. Les deux titres suivants, Farm Heroes et Pet Rescue, ne revendiquent respectivement que 20 et 15 millions d'utilisateurs.

Plusieurs analystes avaient déjà jugé King ambitieux lors de la publication il y a deux semaines des premiers détails sur l'opération, qui envisageaient une valorisation allant de 6,6 à 7,6 milliards de dollars.

• Les concurrents

 King estime qu'il vaut davantage que Zynga, le pionnier américain des jeux sur Facebook avec des titres comme FarmVille, évalué à un peu plus de 4 milliards de dollars mardi soir à la clôture. Mais un peu moins qu'un acteur établi des jeux vidéo comme Electronic Arts, créateur notamment de SimCity, qui émarge à environ 9 milliards. Electronic Arts est réputé pour des jeux plus sophistiqués, utilisés sur consoles ou PC par des utilisateurs souvent aguerris.

King personnifie au contraire, comme Zynga, des jeux simples d'accès destinés à un large public. Nés dans les années 1980 avec des titres devenus culte comme Pac-Man ou Tetris, ces jeux connaissent un nouvel élan grâce au succès des smartphones et des réseaux sociaux.

Le boom des jeux mobiles a permis à King, créé en 2002, de voir sa croissance exploser ces deux dernières années. Son chiffre d'affaires a ainsi bondi à 1,88 milliard de dollars en 2013 contre 164 millions en 2012.

Peut-on comparer King et Zynga?

Les analystes soulignent les nombreuses similitudes entre King et Zynga, qui constitue toutefois un précédent fâcheux.

Zynga aussi avait été gourmand lors de son introduction en Bourse en 2011: il avait levé 1 milliard de dollars et s'était évalué à 7 fois plus. Zynga comptait à l'époque seulement 54 millions de joueurs et il était comme lui très dépendant d'un titre, FarmVille. Celui-ci ne représentait toutefois que 27% de ses revenus, quand Candy Crush pèse pour 78% dans ceux de King, selon des données compilées par la société spécialisée dans les introductions en Bourse Renaissance Capital.

Passé l'enthousiasme des débuts, quand les joueurs se sont lassés, les bénéfices et le cours de l'action Zynga ont chuté. La société a fermé des studios de création, licencié des centaines de salariés, mais toujours pas retrouvé son élan perdu. King pourrait bien connaître un sort similaire à celui de Zynga, préviennent les analystes.

Risque de lassitude

Le groupe britannique n'évoque pour l'instant aucun projet en développement susceptible de soutenir sa croissance à long terme, alors que le succès de Candy Crush "a déjà nettement ralenti", souligne ainsi PrivCo. "King estime que la longévité d'un joueur payant pour un jeu particulier va de deux à neuf mois", relève le cabinet, rappelant que le début du boom de Candy Crush remonte à un peu plus d'un an et que "beaucoup des joueurs payants de Candy Crush vont bientôt atteindre la fin de leur durée estimée de jeu."

Vous ne connaissez pas encore Candy Crush? Voici un petit tutorial

Un tutoriel de Candy Crush Saga

 

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