Pourquoi les Bons d'Etat n'ont pas séduit...

En visite à l'Agence de la Dette: "Le coeur palpitant".

Juste un peu plus de 9 millions d'euros: la campagne de souscription aux bons d’État qui a pris fin lundi rapporte le plus faible montant jamais enregistré. Les taux au plancher sont en cause.

Les Belges ne prêtent plus à l’État. Lundi était le dernier jour de souscription de la campagne de bons d’État qui a débuté le 24 mai 2013. Cette émission de titres de dette à destination des particuliers a finalement rapporté 9.343.000 euros.

Début mars, les bons d’État avaient permis de récolter 12,7 millions d’euros. C’était à l’époque le plus faible montant jamais emprunté par l’État belge auprès des particuliers en une campagne trimestrielle de souscription.

"Un effet taux"

Le résultat de l’émission de bons d’État de ce 4 juin est donc très inférieur à cette somme et constitue un nouveau plancher record. Le très faible niveau des taux d’intérêt offerts n’y est pas étranger. "Il y a manifestement un effet taux", estime Philippe Lepoutre.

Le bon d’État à cinq ans rapporte un taux brut annuel de 0,75% et celui à huit ans offre un taux brut de 1,5%, soit respectivement 0,56% et 1,13% net après application du précompte mobilier de 25%.

Ces niveaux historiquement bas résultent de l’évolution récente des taux d’intérêt sur les marchés internationaux, poussés à la baisse par la politique très accommodante de la Banque centrale européenne. Lundi, le taux d’intérêt de l’OLO (obligation linéaire belge) de référence à dix ans était de 2,25%.

En bref

Pour le bon d'Etat à 5 ans: 3.643.000 euros

Pour le bon d'Etat à 8 ans:  5.700.000 euros

Bon moins intéressant

Depuis un mois, on observe toutefois une remontée des taux d’intérêt sur le marché secondaire, où s’échangent les titres de dette déjà émis précédemment. Le taux de l’OLO à dix ans est ainsi passé de 1,91% le 2 mai à 2,25% le 3 juin. L’obligation belge arrivant à échéance dans cinq ans a quant à elle vu son taux d’intérêt remonter de 0,79% le 2 mai à 1,07% lundi.

Pour l’investisseur, il était donc devenu moins intéressant d’opter pour les bons d’État qui seront émis ce mardi. En effet, les bons d’État à cinq ans et huit ans proposés au public offrent des taux de 0,75% et 1,50% respectivement, à comparer avec des taux de 1,07% et 1,82% pour les OLO à cinq et huit ans disponibles en ce moment sur le marché secondaire.

Ces deux titres présentaient encore des taux de 0,79% et 1,49% respectivement au début du mois dernier.

Le double du coupon

Autre indice de l’intérêt très relatif du bon d’État: lundi, le Trésor a annoncé qu’il avait emprunté un milliard de dollars par le biais de titres à cinq ans assortis d’un coupon de 1,5%, soit le double du coupon du bon d’État à cinq ans proposé aux investisseurs belges. Précisons que cette opération fait l’objet d’un "swap" (échange) de devises qui permet de neutraliser l’effet de change.

"Cette transaction a permis à l’Agence de la dette de réaliser 63,6% de son plan de financement pour l’année 2013", précise le communiqué publié lundi.

Le faible attrait des bons d’État est particulièrement criant pour les titres à cinq ans. Vendredi, le bon d’État arrivant à échéance en juin 2018 n’avait attiré que 1,6 million d’euros, alors que le bon d’État arrivant à maturité en juin 2021 avait drainé un montant limité à 2,4 millions d’euros.

Émissions maintenues

Cet insuccès actuel des bons d’État ne remet pas en cause les prochaines émissions. "La position du Trésor est de continuer les campagnes de bons d’État", assure Philippe Lepoutre. "Nous ne sommes pas surpris du résultat, compte tenu du niveau des taux d’intérêt. C’est vrai que c’est très peu. Mais il n’est pas question de ne pas émettre en septembre et en décembre."

L’Agence de la dette estime important d’être fidèle au rendez-vous pour les investisseurs belges désireux de reconduire leur placement. "Certaines personnes ayant des titres qui arrivent à échéance les renouvellent de manière quasiment systématique", indique Philippe Lepoutre. Ce type d’investisseur accorderait plus d’importance à la garantie de remboursement de la part de l’État qu’au rendement espéré.

En début d’année, le Trésor espérait lever 500 millions d’euros par le biais des bons d’État, un objectif qui ne sera sans doute pas atteint si les conditions actuelles persistent.

Mais cela ne gêne pas l’Agence de la dette, qui bénéficie de taux historiquement bas et d’une demande soutenue sur le marché primaire, où sont émises les nouvelles obligations.

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