Quand l'IPO vire au cauchemar: des leçons pour Belfius

©REUTERS

Balta, Avantium, Rovio (Angry Birds)... Autant d'IPO qui ont tourné au fiasco. Quelles leçons tirer de ces exemples pour que l'introduction en Bourse de Belfius soit un succès pour tous les intervenants, vendeur et acheteurs?

Ira en Bourse ou n’ira pas en Bourse? Le projet d’IPO de Belfius s’est transformé, au fil des semaines, en feuilleton politico-boursier. Pour faire simple, le CD&V lie cette opération à l’indemnisation des coopérateurs Arco. Pas de sous pour eux, pas de Belfius en Bourse.

De son côté, l’Etat, actionnaire à 100% de l’ex-Dexia Banque et ex-Credit Communal, aimerait bien alléger sa position. Il n’a pas vocation à être banquier et cette cession permettrait de faire entre quelques milliards dans ses caisses.

Mais donner le feu vert à une introduction en Bourse ne suffit pas à garantir son succès. Ils ne sont pas rares, malheureusement, les exemples de sociétés ayant franchi le pas et dont le cours de Bourse végète sous le prix d’introduction. Et parfois très nettement en-deçà. Au grand dam des nouveaux actionnaires dont certains peuvent se sentir comme dépouillés par des coupe-jarrets de la haute finance

Delirium pour Avantium

Tout avait pourtant bien commencé pour Avantium , par exemple. Introduite à la Bourse de Bruxelles et d’Amsterdam, il y a un peu plus d’un an, l’action de ce spécialiste de plastique biologique s’était arrachée lors de la souscription au point qu’il avait fallu mettre en place une clé de répartition entre les différents ordres.

Le premier jour de cotation, le titre, dont le prix avait été fixé à 11 euros, a même grimpé de 8,5%. Au total l’IPO a rapporté 119 millions d’euros. Mais la fête fut de courte durée, le titre s’érodant au fil des mois pour ne plus jamais atteindre le prix de souscription. En janvier dernier, c’était le coup de massue pour les actionnaires. Le début de la construction de l’usine qui doit assurer la production à une échelle commerciale de son plastique bio est retardé de 24 à 36 mois. L’action plonge. Elle se négocie aujourd’hui à 5,50 euros, soit juste la moitié de son prix de souscription.

Balta fume la moquette

Mauvais rêve également pour Balta et ceux qui lui ont fait confiance lors de sa souscription publique en juin dernier. Ici on était toutefois bien loin de l’euphorie ayant entouré l’offre d’Avantium. La fourchette de prix initiale avec un maximum de 16 euros (quand on voit ce qui est advenu ensuite, cela donne le vertige) a été plus sagement recalibrée à la baisse (max de 13,75 euros) pour aboutir à un chiffre final de 13,25 euros permettant de lever 145 millions d’euros. Lors des premiers échanges, le titre chutait de 12% et n’a jamais, par la suite, ne fut-ce qu’approché son prix initial. Cinq mois après son IPO, le spécialiste de la moquette douche tous les espoirs. Il lance, en pleine séance de Bourse, un avertissement sur résultat provoquant la dégringolade de son titre. Rebelote, il y a quelques semaines, avec l’annonce de perspectives inférieures aux attentes pour cette année. Bilan (provisoire) de l’IPO: un cours de Bourse divisé par deux et une perte totale de confiance du marché.

Les pigeons d'Angry Birds

Ces désastres boursiers ne sont pas le propre de la Bourse de Bruxelles, faut-il le souligner. L’un des plus gros gâchis du moment (on a volontairement ôté les valeurs biotechs de notre tour d’horizon ce secteur étant totalement à part) revient à Rovio , la société finlandaise éditrice du jeu Angry Birds. Introduite au prix de 11,5 euros en septembre 2017, l’action a chuté de 50% en une seule séance le mois dernier, touchant un plancher de 4,18 euros quelques jours plus tard, soit une dégringolade de 63% par rapport au prix initial.

La Deutsche Bank, pourtant co-organisatrice de l’IPO estime que, désormais, le titre ne vaut plus que 3,7 euros. C’est un avertissement sur résultats qui a déclenché le tocsin. Mais, ici, l’inquiétude est plus profonde. C’est le modèle même du groupe qui est sur la sellette. Question cruciale: est-il capable de générer des bénéfices en dehors d’Angry Birds? Jusqu’à présent, les efforts de la direction pour étoffer son portefeuille de jeux se sont soldés par des échecs alors que les revenus tirés des licences ont poursuivi leur chute. De plus, la concurrence fait rage dans un secteur où il faut investir de façon croissante pour attirer des joueurs.

Evolution du cours Rovio

Cupidité

Peut-on tirer des leçons de ces échecs qui pourraient être utiles pour assurer le succès de l’entrée en Bourse (potentielle) de Befius? "Le succès mitigé en Bourse de certaines IPO est parfois dû aux vendeurs qui ont des objectifs de valorisation trop ambitieux et poussent les prix de souscription au-delà des niveaux supportés par des investisseurs de grande qualité" souligne Adam Young, responsable du conseil titres chez Rothschild. Une forme de cupidité pour faire court. "Mais il arrive aussi que les IPO soient victimes d’un authentique manque de chance et d’effets collatéraux des erreurs d’autres émetteurs."

1,9 milliard d'euros pour Bawag

Dans un passé récent, l'opération qui ressemble le plus à celle qui nous occupe n'est, pour l'heure, pas un réel succès. En octobre dernier, Bawag , la quatrième banque autrichienne a été introduite en Bourse. Avec des fonds levés de 1,9 milliard d'euros, ce fut la plus grosse IPO jamais réalisée dans le pays. Ici, ce n'est pas l'Etat qui était vendeur mais bien un fonds de capital risque Cerberus Capital Management. Le prix proposé a été fixé à 48 euros soit le bas de la fourchette (48-49 euros).  Sans doute trop ambitieux. Aujourd'hui, il s'échange autour de 44 euros. Il faudra donc bien doser le prix pour convaincre les investisseurs d'acheter des parts Belfius. A bon entendeur...

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