Quelles perspectives pour les actions européennes?

La faiblesse de l’euro a déjà provoqué une forte hausse des cours cette année. Quid maintenant que l’euro s’est stabilisé? ©REUTERS

Un mauvais PMI a pesé sur les actions jeudi. Faut-il craindre une correction de plus grande envergure des marchés européens? Le dossier grec inquiète toujours.

S’oriente-t-on vers une correction des marchés d’actions en Europe? C’est en tout cas l’avis d’Allianz, le plus grand groupe d’assurance européen. Dans une interview publiée jeudi dans le mensuel allemand "Manager Magazin", qui appartient au même groupe que l’hebdomadaire "Der Spiegel", le futur nouveau patron d’Allianz, Oliver Bäte, qui entrera en fonction le 7 mai, lance une mise en garde contre de possibles turbulences sur les marchés. "Nous voyons des perspectives de croissance généralement faibles, des dangers politiques et des risques d’effondrement des Bourses", déclare-t-il. "Les marchés d’actions et l’économie réelle divergent."

Le gestionnaire d’actifs Pimco, filiale d’Allianz qui gère le plus grand fonds obligataire du monde, confirme ces inquiétudes. Selon les propos d’un de ses responsables, rapportés jeudi par l’agence Bloomberg, les marchés pourraient devenir plus volatils si la Grèce quittait la zone euro. "Nous voulons réduire notre risque et disposer de réserves pour acheter des actifs en Europe (NDLR: après la correction boursière anticipée)", déclare ce responsable qui évalue à 30% le risque que la Grèce abandonne l’euro.

Jeudi, les principaux indices boursiers européens ont reculé après l’annonce d’indicateurs conjoncturels inférieurs aux attentes. Jusqu’à présent, les actions européennes ont déjà grimpé de plus de 18% cette année, selon l’indice Stoxx 600, constitué des actions des plus grandes sociétés cotées d’Europe. Le rapport entre les cours boursiers de ces entreprises et leurs bénéfices attendus cette année atteint 17, ce qui reste inférieur aux moyennes historiques, à savoir plus de 17,5 au cours des cinq dernières années et 18,5 sur dix ans.

18 %
À ce stade, les actions européennes ont déjà gagné 18% cette année. Le secteur automobile a grimpé de 30%. Les "utilities" sont à la traîne (+6%).

Le PMI ("purchasing managers index", soit l’indice des directeurs d’achats, considéré comme un bon indicateur avancé de la conjoncture économique) de la zone euro a diminué à 53,5 points ce mois-ci, contre 54 points en mars, montrent les données officielles publiées jeudi. Les économistes tablaient sur une accélération de l’activité à 54,4 points.

C’est "une grosse déception", selon le chef économiste de Markit Economics, le bureau qui publie cette statistique très suivie. En effet, les analystes espéraient que les achats de la Banque centrale européenne, qui sont censés améliorer le crédit et ainsi stimuler la croissance économique, donneraient de plus en plus d’élan à la reprise.

D’autant plus que depuis la mi-mars, l’euro s’est stabilisé à un faible niveau face au dollar, ce qui devrait améliorer la position concurrentielle des entreprises européennes à l’échelle internationale. Mais certains économistes jugent que la faiblesse de l’euro au cours des dernières semaines est en partie due aux inquiétudes au sujet de la Grèce, ce qui expliquerait pourquoi les chiffres du PMI n’ont pas bénéficié davantage de la déprime de la devise européenne: si une sortie de la Grèce de la zone euro se précise, les conséquences financières de cette situation inédite grignoteront les avantages de l’euro faible. Jeudi, la monnaie unique se traitait à 1,08 dollar, comme au début du mois d’avril mais largement inférieur au niveau de 1,21 dollar de la fin de l’an dernier.

Quels secteurs?

Face à cette incertitude, les investisseurs ont tendance à se montrer sélectifs en adoptant par exemple une approche sectorielle du marché.

Le secteur qui a le plus bénéficié de ce recul de la devise européenne en 2015 est l’automobile, dont les actions ont grimpé de 30% en Europe. La semaine dernière, on a appris que les ventes de voiture avaient accéléré leur croissance en mars, avec des immatriculations en hausse de 11%. Viennent ensuite les secteurs de la santé et des services financiers (holdings, gestionnaires d’actifs, plateformes boursières, etc.) qui ont gagné quasiment 25% cette année.

Parmi les secteurs qui sont à la traîne au regard de la progression actuelle des actions européennes, on trouve les entreprises de services aux collectivités ("utilities"), qui affichent un gain de moins de 6% en 2015, les titres liés aux matières premières (+ 12% depuis début janvier), ainsi que les banques (+ 15%) et l’assurance (+ 17%). Tous ont un rapport cours/bénéfices inférieur à leur moyenne historique.

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