Se concentrer sur les actions en retard, une bonne idée?

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La Bourse de Bruxelles proche de son record historique! Sait-on cependant que seules 38% des actions belges ont retrouvé au cours des toutes dernières années leur sommet. La question qui vient à l'esprit, c'est bien entendu celle de savoir si les 61 autres titres de notre place financière, en retard par rapport au marché, constituent des opportunités à l'achat?

La Bourse de Bruxelles proche de son record historique! Cette affirmation peut paraître provocatrice. Et pourtant, c'est bien la réalité, à observer du moins l'indice All Share Return de la Bourse de Bruxelles. Cet indice, qui est basé sur les prix de clôture de toutes les actions belges qui figurent sur les segments fixing et continu, a achevé la semaine écoulée proche de son plus haut historique. Il ne lui reste plus à progresser que de 14,3% pour égaler son sommet du 23 mai 2007. Ce jour-là, il avait achevé la séance boursière à 38.108,83 points.

La question qui vient à l'esprit de tout un chacun, c'est bien entendu celle de savoir pourquoi cet indice, contrairement au Bel 20, est parvenu à effacer la majeure partie de ses pertes provoquées par les crises qui ont émaillé ces dernières années les économies occidentales? Le Bel 20, l'indice phare de la place de Bruxelles doit, lui, encore progresser de 60% pour retrouver son sommet. Un sommet atteint également le 23 mai, à 4.756,82.

Grâce aux dividendes, mais aussi...

La surperformance de l'indice Belgian All Share Return tient en partie au fait que, pour le calculer, les responsables d'Euronext Bruxelles prennent en compte le réinvestissement des dividendes distribués par les sociétés qui le composent. Ce qu'ils ne font pas pour le Bel 20, qui n'est donc pas un indice "return".

Mais à elle seule, l'attribution des dividendes ne suffit pas à expliquer la performance de cet indice général return. Celui-ci doit aussi aux belles performances réalisées par les actions des sociétés moyennes, celles qui sont suivies par l'indice Bel Mid, ainsi que celles des plus petites entreprises qui composent le Bel Small. A titre de comparaison, tandis que le Bel 20 a gagné 18,1% en 2013, l'indice Bel Small a progressé de son côté de 28,79%.

Les "victimes" des bulles

3 QUESTIONS À   Anne-Catherine Delaye

Gestionnaire de fonds chez Candriam

1. Après un gain de 95% en 5 ans, y a-t-il encore de la marge pour une hausse du Bel 20?

C'est vrai que cette performance paraît énorme. Elle est comparable à celle du Stoxx 600. Mais avec des taux d'intérêt qui restent bas, les actions restent une classe d'actifs privilégiée. La performance du Bel 20 devrait continuer à être bonne. De plus, avec des actions valorisées à quelque 12,5 fois les bénéfices des sociétés, la Bourse ne peut être considérée comme chère. Le Bel 20 est en mesure de gagner 10% en 2014, en regard des estimations de croissance favorables pour les bénéfices.

Petit bémol, après une belle année 2013 sur l'espoir d'une reprise économique, on ne peut désormais exclure des trous d'air. En cas, par exemple, de données économiques décevantes.

2. Comment justifier la sous-performance du Bel 20 par rapport au Belgian All Shares Return?

L'écart de performance entre l'indice Bel 20 depuis 2009, et le Belgian All Shares Return qui se rapproche de son plus haut historique, se justifie par le fait que les dividendes sont pris en compte pour calculer le All Shares Return. Et pas pour le Bel 20. Si on tenait compte des dividendes versés par les sociétés du Bel 20, celui-ci ne serait plus qu'à 30% de son record. Par ailleurs, les performances des actions de petites et moyennes sociétés, ont aussi contribué à la surperformance de l'indice général. Ces actions, qui avaient surperformé ces dernières années en Europe, sont absentes du Bel 20, mais présentes dans le Belgian All Shares Return.

3. Le dividende doit-il être un élément essentiel dans la décision d'investissement?

Non. Une entreprise qui a beaucoup de potentiel doit normalement réinvestir dans son business, plutôt que verser des dividendes. Attribuer des dividendes, c'est donner un coup de frein à la croissance de l'activité d'une entreprise. Maintenant s'il n'y a pas d'acquisitions disponibles, il est alors justifié pour une société de partager une partie de ses profits.

Cela ne saute pas toujours aux yeux. Et c'est la raison pour laquelle peu d'investisseurs y prêtent attention. Sait-on cependant que sur les 98 actions de sociétés qui font l'objet d'une cotation à la Bourse de Bruxelles, 38% d'entre elles ont retrouvé au cours des toutes dernières années leur plus haut historique? Une action en 2009 déjà, 7 en 2011, et près de 30 ces deux dernières années.

Pour les autres, l'heureux événement se fait attendre. Et quand on sait que les derniers sommets remontent pour une poignée de valeurs au début des années 1990, on ne peut exclure qu'il va falloir s'armer de patience pour un certain nombre d'entre elles. Pour ne citer que ces exemples, les derniers pics historiques de Brederode et de Recticel remontent toujours à l'année 1990, ceux d'Immobel et de Delhaize, à 1991 et 1999 successivement.

Au passage, on a relevé que nombre de valeurs restées à la traîne du marché sont des "victimes" des périodes spéculatives que la Bourse de Bruxelles a connues au cours des 15 dernières années. De la bulle des valeurs "TMT" à la fin des années 1990 pour une partie. De la bulle spéculative sur les secteurs de l'immobilier et des matières premières en 2008 pour une autre. Cela ressort assez clairement des infographies ci-jointes.

Des opportunités?

Ces actions en retard par rapport au marché constituent-elles des opportunités à l'achat? Rien ne permet d'affirmer qu'une performance décevante au cours des dernières années, préjugera de temps meilleurs pour ces actions. "Tout dépend en fait, s'il s'agit d'une valeur de qualité", explique Anne-Catherine Delaye, gestionnaire de fonds auprès de Candriam (ex-Dexia Asset Management). "Il y a des valeurs qui peuvent rester en retard longtemps, voire ad vitam aeternam. Ce sont, ce qu'on appelle des 'value trap', dans la mesure où elles sont bon marché et vont le rester pour des raisons fondamentales, comme un positionnement dans le marché devenu moins intéressant pour ses produits".

En fait, comme pour le Bel 20, il y a fort à parier que les actions qui ont poussé le marché à la hausse hier, seront encore celles qui se distingueront demain. Elles paraissent pour nombre d'entre elles chèrement valorisées (P/E). "Mais, indique Anne-Catherine Delaye, sur le long terme, elles finissent par redevenir bon marché, pour autant que leur management arrive à créer de la valeur tout au long du cycle".

Lotus-Bakeries, Melexis, Arseus, D'Ieteren et Kinepolis comptent en ce moment parmi les valeurs favorites de la gestionnaire de Candriam. Malgré le niveau record de leurs actions en Bourse, et de leur valorisation élevée (P/E compris entre 17 et 22).

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