Siemens/Alstom: le match à grande vitesse

Les trains à grande vitesse (TGV) fabriqués par l’Allemand Siemens rouleraient-ils plus vite que ceux sortis des usines françaises de chez Alstom? L’évolution des cours de Bourse de ces deux sociétés procure un peu cette impression...

Depuis le début l’année, l’action de Siemens affiche une hausse de 42 %, tandis que celle d'Alstom recule, elle, de 30 %. Si l’on remonte davantage dans le temps, l’évolution de ces deux actions fait apparaître une divergence encore plus flagrante. Depuis la fin de 2008, l’action Siemens accuse une progression de 80 %. Celle de Alstom une perte de 20 %.

La vitesse des trains construits par Siemens et Alstom n’est évidemment pas en cause, alors que ces groupes sont actifs dans d’autres secteurs d’activité, tels ceux liés aux équipements des centrales électriques. Mais c'est plutôt la santé de leurs affaires respectives qu'il faut regarder.

Il y a un mois, au moment de la publication des résultats 2009-2010 de la société qu’il dirige, Peter Loescher, le CEO du groupe allemand, avait affirmé que Siemens "a clos le chapitre de ses restructurations qui se sont étalées sur une douzaine d’années, et se considère désormais comme une société de croissance". Des propos, à n’en pas douter, qui expliquent en partie le parcours opposé de ces deux actions en Bourse.
Au cours des années passées, Siemens a procédé à la suppression de plus de 16.000 postes de travail et redéfini ses priorités. La division industrielle, la plus importante du groupe en termes de ventes, avait accéléré sa politique de réduction des coûts, réduit ses investissements et mis le cap sur les marchés émergents dans le but de compenser la baisse de ses ventes chez nous. Dans ces régions porteuses, Siemens y réalise déjà 30 % de ses affaires.

 

Retard pris par Alstom

De son côté, détenu à 31 % par Bouygues, Alstom s’engage à peine dans cette politique de gestion.

Le groupe français n’a cessé de voir ses ventes baisser ces dernières années, et encore au premier semestre de 2010 si l’on exclut l’acquisition de l’activité de transmission d’électricité d’Areva. Dans le cadre de sa restructuration, Alstom vient de décider de se séparer de 4.000 de ses travailleurs, en plus de 1.800 emplois déjà supprimés au premier semestre au niveau du groupe, sur ses sites spécialisés dans les équipements pour turbines à gaz et au charbon. Motif invoqué par le groupe: ses principaux clients aux Etats-Unis et en Europe suspendent leurs projets.
"La demande est restée faible pour l’équipement de nouvelles centrales thermiques sur les marchés matures", indiquait Patrick Kron, le numéro un d’Alstom, en divulguant début novembre les résultats du groupe pour le premier semestre. Dans le même temps, et à l’inverse de Siemens, Alstom est peu présent sur les marchés émergents, en particulier en Chine, et arrive donc difficilement à compenser ces faiblesses.

Ce n’est pas un hasard si son action a bondi de 4,5 % mardi dernier, à l’annonce de la signature d’un accord de coopération stratégique à long terme avec le ministère chinois des chemins de fer. La Chine compte plus de 7.430 Km de lignes de TGV et ambitionne de porter son réseau ferré de 86.000 Km de lignes actuellement à 120.000 Km, dont 50.000 à grande vitesse.

Points faibles d’Alstom


Pour Lionel Pellicer, analyste auprès du cabinet de recherches indépendant AlphaValue (Paris), il est clair que "le problème d’Alstom se situe au niveau de sa stratégie. Le groupe est bien géré, réalise de bonnes marges bénéficiaires et dispose de bons produits. Mais il est dans un problème de vision à moyen-terme. Alstom a déjà commencé à remédier à cette lacune, mais il faudrait qu’il accélère les acquisitions et sa diversification. Alstom a des activités de cycle long (en d’autres termes, une commande passée aujourd’hui sera livrée un ou deux ans plus tard). De son côté, Siemens, du fait de sa plus large diversité de ses affaires, a des activités aux cycles plus lissés".

Alstom est actif dans le secteur du transport ferroviaire et de la production d’électricité principalement, tout comme le groupe allemand. Celui-ci dispose en plus d’autres divisions, comme celles spécialisées dans les équipements médicaux et dans les réseaux de communications pour ne citer que ceux-là. Au total, ces activités génèrent un chiffre d’affaires annuel de près de 80 milliards d’euros, soit 4,4 fois plus élevé que celui d’Alstom.

Actions bien notées

Portée par les bonnes nouvelles sur l’évolution des affaires réalisées par le groupe — et du dividende qui fait un bond de 70 % à 2,7 euros, et qui devrait désormais représenter près de 50 % du bénéfice par action — l’action Siemens surperforme son indice DAX 30 à Francfort. A l’inverse, Alstom fait beaucoup moins bien que le CAC 40 à Paris.

Ces actions vont-elles poursuivre leur trajectoire respective? Rien n’est moins sûr, alors que Peter Loescher (Siemens) a déjà indiqué que la croissance de ses ventes sera plus modérée lors de son exercice 2010-2011. L’action qui cote aujourd’hui à 90 euros, devrait néanmoins pouvoir monter jusqu’à 100 euros, voire un peu au-delà selon les analystes les plus optimistes suivis par Bloomberg. 51 % de ceux qui se sont prononcés ces quatre dernières semaines conseillent le titre à l’"achat".

Ils sont aussi nombreux à suggérer l’"achat" de l’action Alstom. C’est notamment le cas de l’analyste Lionel Pellicer, qui lui colle un objectif de cours de 49,40 euros. Pour l’heure, Alstom évolue quasi à ses plus bas niveaux depuis deux ans, à 34 euros. Il fait peu de doutes que ce cours intègre les nouvelles décevantes du groupe. Et que les investisseurs restent à l’affût de la moindre information encourageante -comme celle de mardi dernier- pour revenir sur le titre.

Le rendement brut de l’action Alstom s’élève à 3,6 % et celle de Siemens à 2,9 %. Quant à leur P/E (cours/bénéfice) attendu sur la base des prochains résultats annuels, il est de 11,2 pour le titre français et de 13,6 pour celui du conglomérat allemand. 

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