Spotify sort dans les bacs à Wall Street sans émettre aucune nouvelle action

©Bloomberg

Le NYSE a établi lundi un cours de référence de 132 dollars pour l'action Spotify. Les transactions sur le service suédois d'écoute de musique en ligne débutent ce mardi. Mais pas avec une IPO classique. Il s'agit d'une cotation directe sans offre publique de vente de titres.

Alors que le secteur technologique est dans la tourmente à Wall Street ces dernières semaines, un petit nouveau fera son entrée ce mardi, sous le symbole "Spot". Son nom: Spotify Technoloy, le numéro un mondial de la musique en streaming.

"Vous ne nous verrez pas sonner la cloche ou organiser des festivités."
Daniel Ek
Directeur général Spotify

L’opération sera réalisée sous la forme d’une "cotation directe", une introduction en Bourse plutôt inhabituelle pendant laquelle aucune nouvelle action n’est émise. Ce sont les actionnaires et employés actuels qui pourront vendre directement leurs titres, en transformant leurs obligations convertibles. Ce procédé permet à Spotify d’entrer en Bourse sans aucune dette, et d’économiser certains coûts comme les commissions versées aux banques qui accompagnent une société lors de son IPO et l’aident à attirer des investisseurs potentiels.

Le NYSE a établi lundi un cours de référence de 132 dollars pour l'action Spotify Technology. Ce cours de référence n'est pas un prix de placement ni un cours d'ouverture. Le cours d'ouverture sera déterminé au vu des ordres d'achat et de vente collectés par le NYSE auprès des courtiers et opérateurs, en tenant compte toutefois du cours de référence.

Des débuts compliqués

"Vous ne nous verrez pas sonner la cloche (qui ouvre symboliquement la séance du jour) ou organiser des festivités", a par ailleurs prévenu son directeur général . Il a également expliqué qu’il ne plierait pas à une autre tradition, celle de fouler le "parquet" du New York Stock Exchange. "Le modèle traditionnel d’introduction en Bourse n’est pas vraiment adapté pour nous."

Les dirigeants de Spotify ne veulent décidément pas faire comme tout le monde, un peu à l’image de l’histoire de leur société. Nous sommes en 2006, dans la banlieue de Stockholm. Daniel Ek et Martin Lorentzon, enrichis par la bulle internet, imaginent un service de distribution de musique légal alors que nous sommes en plein âge d’or des téléchargements "pirate". Ils rebaptisent leur coentreprise en "Spotify" et s’associent à Felix Hagnö, avec qui Martin Lorentzon a cofondé une société de marketing numérique.

Les premiers mois sont compliqués, tant il est difficile de convaincre les maisons de disque d’ouvrir leur catalogue. Certaines d’entre elles acceptent à condition d’entrer au capital de la nouvelle entreprise. En octobre 2008, le site Spotify est officiellement lancé auprès du public. Un an plus tard, c’est la consécration. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, déclare son admiration pour la plateforme musicale. L’ascension commence enfin.

2008
octobre
Lancement officiel du site Spotify

En 2011, Spotify débarque aux États-Unis et revendique son premier million d’utilisateurs payants.

Encore déficitaire

"Le modèle traditionnel d’introduction en Bourse n’est pas vraiment adapté pour nous."
Daniel Ek
CEO et cofondateur de Spotify

Pour le premier trimestre 2018, l’entreprise espère en enregistrer 73 à 76 millions. Ce qui est deux fois plus que son plus proche concurrent, Apple Music . Et elle vise 92 à 96 millions d’abonnés payants d’ici la fin de l’année. Mais cette croissance n’est pas suffisante. Spotify est toujours déficitaire. Elle prévoit de ramener sa perte d’exploitation à 230-330 millions d’euros en 2018, en comprenant 35 à 40 millions d’euros de coûts liés à l’IPO, contre 378 millions en 2017.

Côté chiffre d’affaires, il est attendu pour le premier trimestre entre 1,10 et 1,15 milliard d’euros, soit une hausse de 22% à 27%. Pour l’ensemble de l’exercice en cours, Spotify s’attend par contre à un ralentissement de sa croissance à 20-30%, contre 39% en 2017, en raison d’effets de change défavorables. C’est juste en dessous de la fourchette qu’elle s’est récemment fixée pour la croissance à long terme de son chiffre d’affaires (entre 25% et 35%).

Les dirigeants de Spotify se veulent pourtant rassurants. "Les pertes d’exploitation ont augmenté en même temps que le chiffre d’affaires, mais la tendance vers la rentabilité est évidente lorsque l’on regarde les pertes d’exploitation en pourcentage du chiffre d’affaires", ont-ils expliqué lors d’une présentation retransmise en direct sur internet.

La marge brute devrait passer de 21% à 23-24% au premier trimestre. Elle pourrait atteindre 23-25% sur l’année, ce qui est inférieur à son objectif long terme de 30% à 35%.

Forte volatilité attendue

Malgré une santé financière peu attractive, les analystes sont plutôt optimistes. Plusieurs brokers ont déjà publié leur rapport sur Spotify, recommandant d’acheter la valeur. "Les investisseurs sont plus susceptibles de se concentrer sur la croissance des utilisateurs, un bénéfice n’étant pas attendu à court terme. Le marché de l’entreprise est vaste et sous-pénétré, mais tout signe de ralentissement de la croissance des utilisateurs sonnerait l’alarme face à la formidable concurrence des géants de la technologie", soulignent de leur côté les analystes de Bloomberg Intelligence.

Spofity a d’ailleurs indiqué, en matière de risques, que ses services musicaux sont distribués sur des appareils fabriqués par ses concurrents comme l’IPhone d’Apple ou l’enceinte Echo d’Amazon.

Les analystes de BI ont calculé que la valorisation de la société suédoise pourrait se situer entre 20 et 24 milliards de dollars (soit 113 à 136 dollars par action), en se basant notamment sur les transactions sur le marché privé et la comparaison avec les pairs. Dimanche, le Wall Street Journal a annoncé que lors de transactions privées la semaine dernière, le prix le plus élevé avait atteint 137,50 euros par action. "Les premiers pas de Spotify pourraient être plus volatils que d’autres introductions en Bourse. La forte concentration d’actionnaires stratégiques suggère que peu d’actions pourraient être initialement disponibles à la négociation", préviennent les analystes de BI.

Les cofondateurs de Spotify détiennent actuellement 39% de leur société, tandis que certains partenaires comme Sony ou Tencent possèdent une participation d’environ 22,5% et quelques fonds d’environ 12,3%. De son côté, l’opérateur télécoms Telia  a récemment cédé ses actions à des investisseurs institutionnels. Mais "l’offre incertaine pourrait être dépassée par la demande ce 3 avril, risquant une survalorisation". En moyenne, les analystes voient l’action atteindre 193 dollars d’ici un an.

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