Tesla secoue l'industrie automobile, mais sa santé inquiète

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Tesla est en passe de ravir à General Motors (GM) le titre honorifique de premier constructeur automobile américain par capitalisation boursière, une ascension symbolisant la révolution en cours dans une industrie dont le cœur bat désormais à la Silicon Valley plutôt qu'à Detroit. Le secteur automobile américain semble ainsi arriver en bout de course. Parmi les grands noms, Tesla garde néanmoins les faveurs des investisseurs, malgrè une santé financière guère plus rassurante.

Cela peut paraître étrange: les analystes financiers affichent en ce moment peu d’enthousiasme pour le secteur automobile à Wall Street. Pourquoi étrange? Pour la simple raison que le marché des ventes de véhicules ne s’est jamais aussi bien porté en dix-sept ans, outre-Atlantique, que ces derniers mois.

Jugeons-en: en 2016, les ventes de véhicules avaient progressé pour la 7e année de suite! Elles s’étaient améliorées de 0,4% pour atteindre 17,5 millions de véhicules, reléguant au second rang le précédent record de 17,4 millions établi en… 2.000. Pas mal du tout si l’on se rappelle encore qu’aux heures les plus sombres de la crise financière, les ventes s’étaient dégonflées pour tomber à près de 10 millions d’unités.

Haut de cycle

La question qui vient à l’esprit maintenant est celle de savoir si le marché américain de l’automobile – qu’on nous permette encore ce petit jeu de mots – n’a pas fait actuellement le plein. Car, à chaque fois, par le passé, que les ventes avaient atteint un tel niveau, le marché automobile avait par la suite amorcé un mouvement de déclin. On ne devrait pas connaître autre chose aujourd’hui, même si rien ne permet d’affirmer à ce jour que nous sommes déjà arrivés à un point d’inflexion en ce qui concerne les ventes automobiles.

Mais les analystes sont de plus en plus nombreux à s’accorder pour dire que l’industrie automobile, après plusieurs fort belles années, se situe bien dans le haut de son cycle. À l’inverse de Tesla, General Motors (GM) et Fiat Chrysler ont publié des ventes inférieures aux attentes du marché durant le mois de mars.

Tesla en route pour dépasser General Motors

Tesla, le spécialiste des véhicules électriques, lancé en 2003 et dirigé par le milliardaire d'origine sud-africaine Elon Musk, a supplanté lundi en terme de valeur en Bourse Ford, à l'origine de la production de voitures en série et de l'assemblage à la chaîne introduites avec la Ford T il y a plus d'un siècle. Tesla était valorisé 48,63 milliards de dollars à la clôture de la Bourse lundi, contre 45,47 milliards à Ford. Des chiffres qui ne reflètent pas le rapport de force: l'an dernier, la jeune firme californienne a produit quelque 84.000 véhicules pour un chiffre d'affaires de 7 milliards de dollars, contre 6,7 millions de voitures à son aîné pour 151,8 milliards de revenus.

Sur sa seule valeur en Bourse, Tesla n'est plus qu'à moins de 3 milliards de dollars de General Motors (51,19 milliards), premier groupe automobile américain en termes de ventes et troisième mondial. Entamé la semaine dernière suite à un investissement de 1,8 milliard de dollars du groupe chinois Tencent, le nouvel élan boursier de Tesla a été conforté par l'annonce dimanche d'un nombre trimestriel record de livraisons de voitures (plus de 25.000 voitures au premier trimestre).

Cette flambée suggère que les marchés financiers font le pari que l'électrique pourrait remplacer à long terme le moteur à combustion et que la voiture autonome et les services à la mobilité sont l'avenir des modes de transport de demain.

Les facteurs de soutien se dissipent

Plusieurs éléments ont facilité la remontée au sommet du secteur automobile ces dernières années. Parmi eux, la chute des prix pétroliers à la pompe, bien évidemment. Mais aussi les taux d’intérêt planchers et l’amélioration sensible du marché de l’emploi.

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Mais ce tableau idyllique pour les constructeurs automobiles a connu récemment quelques modifications. Les prix à la pompe sont remontés. La Fed vient de procéder à sa 3e remontée des taux d’intérêt depuis la fin 2015 et envisage d’en effectuer encore deux cette année. Quant au marché de l’emploi, il sera difficile de faire beaucoup mieux que ce que l’on a vu jusqu’à maintenant.

Dans le même temps, face à la perspective d’un ralentissement de leurs ventes, les constructeurs pourraient être tentés d’accorder des rabais à leurs clients. La défense de leur part de marché se fera au détriment de leurs marges bénéficiaires.

Voilà pour le diagnostic général.

En allant un peu plus loin dans l’analyse, on observe qu’à Wall Street, les cours des actions Tesla Inc. et de Fiat Chrysler surtout mènent la course depuis le début de cette année. Tesla progresse de 35,5% et Fiat Chrysler de 16,8%. De leur côté, GM recule de 5,5% et Ford Motor de 1,4% .

Endettement

La faiblesse de GM et de Ford, qui sont pourtant les deux plus gros vendeurs de voitures aux Etats-Unis, tient en partie au sentiment du marché que ces constructeurs n’arrivent pas à maîtriser l’ascension de leur endettement.

Depuis son retour en Bourse en 2012 après être tombé en faillite 3 ans plus tôt, GM l’a vu s’envoler de 14 milliards de dollars à 84 milliards fin 2016! Il est frappant de constater que c’est depuis la volonté affichée l’an passé par Sergio Marchionne de rayer totalement son endettement d’ici son départ de son poste de PDG prévu en 2018, que l’action Fiat Chrysler a adopté une orientation franchement haussière.

La santé financière de Tesla n’est guère plus rassurante. Mais même si le groupe dirigé par son fondateur Elon Musk n’a vendu que 76.230 véhicules en 2016 (40 fois moins que GM!), Tesla gagne la confiance des investisseurs qui font le pari de la victoire de la voiture technologique de demain. C’est, en filigrane, le message que laisse transparaître Wall Street, où la valeur boursière – record – de ce constructeur a doublé hier celle de Ford, à 47,5 milliards de dollars.

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