Tessler: "Sans Deutsche Börse, Clearstream n'en serait pas arrivé là"

Le patron de la chambre de compensation germano-luxembourgeoise revient sur son acquisition par la Bourse de Francfort et l’affaire Clearstream.

Clearstream souffle cette année ses quarante bougies. Cette banque dépositaire et organisme de règlement-livraison germano-luxembourgeois a surtout fait parler d’elle ces six dernières années. Son nom évoque en effet un scandale politique en France. Elle a aussi été l’objet de nombreuses critiques lors de la période de fusions dans le secteur des entreprises de marché. TCI et Atticus Capital, actionnaires activistes de Deutsche Börse, sa maison-mère, ont voulu que celle-ci s’en sépare. Mais Jeffrey Tessler, le patron de Clearstream, l’affirme: sans Deutsche Börse, Clearstream ne serait rien. Il nous a accordé un entretien pour revenir sur ces événements.

Sur les quarante ans d’histoire de Clearstream (Cedel, de 1970 à 2000, puis Clearstream), quel fut l’événement le plus marquant?

Jeffrey Tessler: Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu un événement particulièrement remarquable. L’histoire de Clearstream n’est qu’une succession d’événements. Lorsqu’on regarde en arrière, Cedel a démarré en 1970 avec une vingtaine de personnes en se concentrant sur un type de titres: les obligations de la zone euro. Maintenant, Clearstream traite avec 2.500 clients et dispose de plusieurs bureaux dans le monde, en Europe, à New York et en Asie où on a même ouvert une succursale à Singapour l’année dernière. Toutes ces étapes s’avèrent remarquables. Aussi, en distinguer une me paraît difficile.

Et l’entrée de Deutsche Börse (l’opérateur de la Bourse de Francfort) dans le capital de Clearstream?

Tessler: S’il fallait choisir, je dirais celui-là. La complexification de Clearstream s’est opérée en 2001, lorsque Deutsche Börse est entré dans le capital de la société, puis en 2002 lorsqu’il a racheté l’ensemble de ses parts. À l’époque, cette opération s’avérait controversée pour Deutsche Börse. Mais elle est devenue importante pour le groupe. En tant que business complémentaire, Clearstream a révélé la vraie valeur du modèle intégré. Deutsche Börse a lui renforcé le modèle de notre compagnie. En Europe, nous disposons désormais d’un environnement compétitif. Au départ, les dépositaires centraux internationaux de titres, les ICSD, se partageaient entre une initiative de JPMorgan, c’est-à-dire Euroclear, et un consortium de 66 banques formant Clearstream qui s’appelait Cedel à l’époque. Les clients apprécient désormais que ce paysage soit devenu plus concurrentiel. On ne peut pas réécrire l’histoire, mais si Deutsche Börse n’avait pas acquis Clearstream, celle-ci ne serait probablement pas arrivée là où elle en est actuellement: Nous avons de plus en plus de parts de marché, nous sommes leader pour certains services, entre autres pour les solutions de gestion de collatéral pour les marchés des capitaux. Par ailleurs, si Clearstream n’avait pas fait partie du groupe Deutsche Börse, je n’aurais sans doute pas quitté la Bank of New York il y a 6 ans car c’est grâce a Deutsche Börse que Clearstream a pu vivre cette extension.

L’euro n’a-t-il pas modifié le business de Clearstream?

Tessler: La devise a changé les transactions en Europe. Ceci nous a permis d’être plus efficaces, en réduisant les coûts de processing. Par exemple, il est plus facile d’avoir un seul correspondant espèces en euro plutôt qu’un correspondant en francs belges, en deutsche mark, en franc français,… L’euro a rassemblé le marché. Tout le monde est plutôt négatif avec cette devise pour l’instant à cause des récents développements entourant la dette souveraine. Mais la création de l’union monétaire européenne a été très profitable pour notre entreprise. De notre point de vue, chaque fois que l’on crée un pool de liquidité avec une structure commune, ceci est profitable pour les titres et pour le marché cash. L’euro a rassemblé les marchés domestiques et créé un marché européen plus vaste. Si on regarde l’évolution du PIB de la zone euro depuis l’introduction de la devise et celle des transactions transfrontalières entre membres de la zone euro, on a créé une compilation d’économies plus forte que les Etats-Unis, avec un niveau plus faible d’endettement externe. Pour le futur, la zone euro devra se trouver une nouvelle source de croissance. Mais de notre point de vue, elle reste profitable.

Parallèlement à l’évolution de l’euro, le trading a aussi changé de forme dans la région. Cela vous a-t-il affecté?

Tessler: Jusqu’à présent, le trading se divisait entre Bourses et gré à gré. Mais régulateurs et politiques veulent plus de transparence sur les marchés et ramener le gré à gré sur les Bourses. Ceci nous impacte. Nous sommes le dépositaire central en Allemagne, et nous recevons directement les flux de transactions de Xetra, le système marchand de Deutsche Börse, mais aussi les transactions hors Bourse. Au niveau de Clearstream International, donc la partie ICSD qui représente 82% de notre chiffre d’affaires, avant, nous ne traitions que les obligations. Le changement du trading en Europe, avec plus de transactions transfrontalières, a provoqué une transformation de l’environnement concurrentiel sur les marchés domestiques et transfrontaliers. Le prochain développement portera sur le gré à gré où les régulateurs en Europe ont raison de vouloir augmenter la transparence. On ne sait pas encore ce que cela va donner, mais Clearstream est préparé. Le changement du trading jusqu’à maintenant a eu peu d’impact sur notre société. Mais dans le futur, cela pourrait changer. La prolifération des MTFs en Europe a montré cependant le besoin pour une interopérabilité entre acteurs du post-trading. C’est d’ailleurs ce que les clients nous demandent. Et c’est exactement ce que nous prônons, preuve étant que nous avons rejoint Link Up Markets il y a bien plus de deux ans déjà. Il faudrait simplement que tout le monde rejoigne l’initiative, entre autres notre concurrent Euroclear.

Comment avez-vous vécu la crise financière?

Tessler: Il y a des choses faciles à faire durant une crise pour assurer sa propre position… Mais quand la crise est finie, les participants sur le marché et les clients se souviennent de qui a agi de manière responsable et de qui ne l’a pas fait, et ainsi décident d’arrêter de travailler avec telle entreprise plutôt qu’une autre. Chez Clearstream, c’est grâce à notre conduite ouverte et responsable que nous avons réussi à gagner des parts de marché depuis la crise.

Quel a été l’impact de l’affaire Clearstream sur la société?

Tessler: Il n’y a eu aucun impact. L’affaire Clearstream a surtout été visible sur le marché français et au Luxembourg. Du point de vue de notre clientèle, cette affaire n’a eu aucune conséquence. Celle-ci est composée de banques et courtiers qui savaient exactement ce qui se passait. Lorsqu’on quitte le marché francophone, plus personne ne parle de cette affaire. Il s’est avéré que c’était purement un scandale politique français.

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