analyse

Trois semaines noires pour les marchés italiens

©AFP

L’avènement d’un gouvernement extrémiste et antisystème en Italie a largement affecté les actifs italiens cotés en Bourse.

Les craintes à l’égard de la politique de la nouvelle coalition italienne ont plusieurs conséquences sur les marchés financiers: l’Etat italien doit payer plus cher pour emprunter, les entreprises italiennes – en particulier les banques – valent beaucoup moins en Bourse de Milan  et il faut payer beaucoup plus cher pour se couvrir contre un éventuel défaut de paiement de l’Italie. Sur le marché des changes, un effet négatif sur l’euro a aussi été observé.

Pour les investisseurs, les premiers indices d’une possible alliance entre le M5S et la Ligue sont apparus le 9 mai, quand l’ancien chef de gouvernement et leader de la droite Silvio Berlusconi a dit ne plus s’opposer à un accord gouvernemental entre son allié d’extrême droite et les populistes. Ce scénario a ensuite pris corps au fil des jours, ce qui a provoqué une dégradation des actifs italiens en Bourse.

La situation avant l'alliance M5S-Ligue

Voici quelle était la situation le 7 mai, lorsque les marchés étaient encore bienveillants envers l’Italie, malgré l’absence de gouvernement depuis les élections législatives du 4 mars. Côté dette publique, tout allait bien. Sous l’effet des achats de la Banque centrale européenne, le taux italien à dix ans fluctuait autour de 1,75%, soit à peine 1,25 point de pourcentage de plus que le taux allemand à dix ans, référence du marché. Côté actions des entreprises italiennes cotées, l’indice MIB de la Bourse de Milan culminait quant à lui à plus de 24.500 points, ce qui lui conférait une hausse de 12% en 2018, alors que les principaux marchés d’Europe étaient quant à eux quasiment inchangés sur l’année. Enfin, le risque d’un défaut de l’Etat italien était négligeable : un investisseur détenant un million d’euros de dette italienne devait payer moins de 9.000 euros par an pour se couvrir pendant cinq ans.

La situation aprèsl'alliance M5S-Ligue

"Celui qui détient un million d’euros de dette publique de l’Italie doit à présent payer plus de 16.000 euros par an pour se couvrir contre un éventuel défaut pendant cinq ans, soit près du double de ce qu’il payait trois semaines plus tôt."

Trois semaines plus tard, l’Italie a une coalition M5S – Ligue et un Premier ministre encore méconnu. C’est peu dire que les investisseurs n’ont pas apprécié. Jugez plutôt. Premièrement, le taux italien à dix ans flirte avec un niveau de 2,5% (près de 0,75 point de pourcentage de plus que le 7 mai), soit 2 points de plus que le taux allemand à dix ans (+0,75 point de pourcentage en trois semaines). Deuxièmement, le MIB de la Bourse de Milan est tombé à moins de 22.500 points, soit 8% de moins que le 7 mai. L’indice italien ne gagne plus que 2,5% en 2018. Les banques italiennes ont particulièrement souffert. Par exemple, le cours de Unicredit a chuté de 13,5% durant cette période. Troisièmement, celui qui détient un million d’euros de dette publique de l’Italie doit à présent payer plus de 16.000 euros par an pour se couvrir contre un éventuel défaut pendant cinq ans, soit près du double de ce qu’il payait trois semaines plus tôt.

L'euro également affecté

Sur le marché des changes, les craintes vis-à-vis de l’Italie ont aussi pesé sur l’euro. L’ébauche de programme gouvernemental italien évoquant la demande d’une annulation de 250 milliards d’euros de dette et la négociation d’une procédure de sortie de la zone euro ont affecté la monnaie unique. Et même le programme officiel, où on ne retrouve plus ces mesures radicales, inquiète parce qu’il prévoit un relâchement de la maîtrise du déficit public. Résultat: l’euro est passé de 1,19 dollar le 7 mai à moins de 1,17 dollar aujourd’hui (-2%).

Comment pourraient évoluer les actifs italiens en Bourse à l’avenir?

"Dans nos portefeuilles obligataires, nous sommes neutres sur l’Italie", indique Adrian Hilton, responsable taux et devises chez Columbia Threadneedle Investments. "L'élargissement récent de l’écart de taux entre les obligations d'État de l’Italie et de l'Allemagne persistera probablement tant que la politique restera peu orthodoxe et imprévisible. Mais l'Italie bénéficie d'un déficit extérieur réduit et d'une dette publique à l'étranger beaucoup plus faible, ce qui la rend beaucoup moins vulnérable aux fuites de capitaux que pendant la crise de 2012."

Le courtier Nomura estime quant à lui que l’écart de rendement entre obligations italiennes et allemandes risque de s’agrandir davantage car, selon lui, il ne faudra plus attendre longtemps pour que "les agences de notation émettent des avertissements, vu l’effet du stimulus budgétaire sur la dette italienne".

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content