Trop de discordes: Stark quitte la BCE

Jürgen Stark (© Aris Messinis)

La fronde allemande fait trembler l’institution. Après Axel Weber, ancien candidat pour diriger la BCE, le chef économiste Jürgen Stark démissionne à son tour.

Dans leur col amidonné, les fonctionnaires de la Banque centrale européenne peuvent soudain devenir très sanguins. Surtout lorsqu’il s’agit de la gestion de la crise de la dette. Vendredi, le chef économiste de la BCE, Jürgen Stark, a annoncé sa démission. Il avait à plusieurs reprises dénoncé le programme de rachat, par l’institution, d’obligations d’États en difficulté. Selon plusieurs sources, il faisait partie des quatre membres du Conseil des gouverneurs de la BCE à s’être opposé à la relance de ce programme le mois dernier. Depuis, le gardien monétaire a racheté pour plus de 35 milliards d’euros d’obligations, principalement italiennes et espagnoles. Son précédent programme s’était élevé à 76 milliards d’euros, dont 45 milliards de dette grecque.

Allemands en embuscade

Le fonctionnaire allemand occupe l’un des postes les plus prestigieux au sein de la BCE. Officiellement, il n’a pas d’arrière-pensée. Il "a informé le président Jean-Claude Trichet que, pour des raisons personnelles, il va démissionner de son poste", selon un communiqué laconique de la BCE. "Stark restera à son poste jusqu’à ce qu’un successeur soit désigné, ce qui, selon la procédure d’engagement, sera fait d’ici la fin de l’année." Entré en fonction le 1er juin 2006, il ne devait quitter son poste que le 31 mai 2014.

L’annonce est venue un peu plus lézarder les murs de la forteresse monétaire européenne. Et les coups de bélier proviennent d’abord de l’Allemagne.
La BCE avait déjà accusé le coup lorsqu’en février, Axel Weber avait également annoncé sa démission. Il avait régulièrement critiqué le premier programme de rachats de dette. Weber était le candidat déclaré pour succéder à la présidence de la BCE.

Un autre dissident allemand reste au sein de l’institution. Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, n’a jamais caché non plus son opposition à la politique non-conventionnelle de la BCE.

Face à ces critiques à répétition, Jean-Claude Trichet a lui aussi perdu son flegme légendaire. Jeudi, à un journaliste qui lui demandait si l’Allemagne devait sortir de la zone euro et réintégrer le Deutsche Mark, l’actuel président de la BCE a élevé la voix. "J’aimerais vraiment entendre des félicitations pour une institution qui a fourni la stabilité des prix pendant 13 ans à l’Allemagne, ce qui est mieux que ce que ce pays a connu pendant les 50 dernières années." Après plusieurs minutes de défense hargneuse, Trichet a retrouvé son sourire. "Merci pour votre excellente question, c’était très stimulant."

La Bundesbank isolée

La stimulation, son successeur devra en trouver. Le Français est justement en train de faire ses caisses. Le 1er novembre, il passera le témoin à Mario Draghi, l’actuel gouverneur de la Banque d’Italie. Ce dernier aura la lourde tâche de remodeler le directoire de la BCE. Selon plusieurs sources, Jörg Assmusen, le secrétaire d’État allemand aux Finances, est candidat à la succession de Jürgen Stark. Mais rien n’indique pour l’heure qu’il gardera les fonctions d’économiste en chef.

Il reste en outre d’autres postes à remplacer, comme celui de Lorenzo Bini Smaghi, obligé de quitter l’institution avant la fin de l’année pour ne pas avoir deux Italiens aux commandes de la zone euro.

Des changements qui ne risquent pas de calmer les esprits en Allemagne. Pour un proche de la chancelière Angela Merkel, tout ceci est le "signe clair que la BCE doit corriger sa trajectoire". "La Bundesbank est isolée dans le conseil des gouverneurs", s’alarme le très influent Hans-Werner Sinn, directeur de l’institut Ifo. Entre-temps, la crise de la dette continue de faire des ravages.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés