Un krach éclair imputable à un seul ordre de vente

Le courtier Wadell & Redd aurait enclenché, par le biais d'un gros ordre de vente sur le marché des contrats à terme, un effet en chaîne amplifié par le trading à haute fréquence.

Le krach éclair du 6 mai dernier livre peu à peu ses secrets et confirme ce que l’on savait déjà. Les marchés financiers sont de plus en plus interconnectés et spécialement depuis la montée en puissance du trading à haute fréquence, qui permet, via des algorithmes (équations mathématiques permettant la négociation automatique de titres), de tirer partie des écarts de prix existant entre des actifs sur différentes plateformes électroniques. Aux Etats-Unis, plus de deux tiers des actions échangées passent par les griffes des traders à haute fréquence.

On ne sera donc pas vraiment surpris d’apprendre, au terme de l’enquête menée pendant cinq mois par le gendarme des marchés US (SEC) et son homologue pour le marché des "futures" (CFTC), que les 862 milliards de USD qui se sont évaporés en une vingtaine de minutes ont pour origine un seul ordre de vente émanant d’un courtier basé au Kansas (Wadell & Redd, notre photo) dont le programme informatique de couverture a enclenché, sans tenir compte du prix et de la vitesse de la transaction, la vente de 75.000 contrats à terme "E-mini" sur le S & P 500, pour un montant de 4,1 milliards de USD.

Exécuté 15 fois plus rapidement qu’en temps ordinaire, cet ordre massif et son effet baissier sur les cours ont contraint les traders à haute fréquence à vendre à leur tour les contrats à terme sur le S&P 500 si bien que ces futures ont changé de main 27.000 fois en… 14 secondes.

La contagion du marché de gré à gré des futures au marché réglementé s’est opéré lorsque les arbitragistes ont commencé à vendre des actions US et des fonds indiciels liés au S & P 500 et que certains teneurs de marché de gré à gré ont "fermé boutique" et renvoyé les ordres sur les marchés régulés. La liquidité s’est rapidement asséchée, engendrant la chute irréaliste de certains titres comme Accenture à un penny (près de 20.000 "trades" ont été exécutés à des prix au moins 60 % inférieurs à ce qu’il était avant le krach) et l’annulation de près de 50 % des transactions du jour.

Le pire c’est que la SEC reconnaît implicitement qu’il sera difficile de trouver une parade efficace pour éviter que se reproduise un tel effet en chaîne.

D’où la question: ne faut-il par mieux encadrer le trading à haute fréquence et les marchés de gré à gré?

 

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