Wall Street bien épaulée par les régions émergentes

Les dernières statistiques font craindre un ralentissement de l’économie américaine dans les mois prochains. Mais les discours enthousiasmants des patrons des grandes entreprises cotées à Wall Street font plutôt penser que l’environnement économique est moins capricieux qu’on le dit. Bizarre? La vérité, c'est que les regions émergentes ont alimenté la croissance des bénéfices à Wall Street.

Les patrons feraient-ils preuve d’un optimisme démesuré? La question mérite d’être nuancée dans la mesure où peu d’entre eux en fin de compte se sont livrés au jeu des prévisions chiffrées pour leurs affaires d’ici la fin de l’année. Et encore moins à celui des relèvements de prévisions bénéficiaires pour l’ensemble de 2010.

A la Bourse de New York, la saison des annonces des résultats de sociétés pour le deuxième trimestre de 2010 arrive tout doucement à son terme. A ce jour, 29 sociétés sur les 30 de l’indice Dow Jones ont communiqué leurs chiffres trimestriels. Outre Intel, le groupe spécialisé dans les services informatiques IBM, le constructeur d’engins de chantiers Caterpillar et le chimiste DuPont sont à peu près les seuls dans l’indice à avoir relevé leurs prévisions pour le restant de l’année.

La dichotomie saisissante existant entre les affaires juteuses réalisées par le premier fabricant de microprocesseurs au monde Intel, et celles en recul de Yum! Brands, le propriétaire de marques comme Pizza Hut et Matttel (jeux), illustre à dessein notre propos.  Intel affirme observer sur la base des affaires qu’il a faites au deuxième trimestre et de son carnet de commandes, un "nouvel élan de l’économie". Les responsables de Yum! Brands tiennent pour leur part un discours nettement moins optimiste. Ils prétendent au contraire que l’environnement économique pèsera sur la croissance de leurs affaires, et comptent parmi ceux qui estiment que "le chômage restera élevé aux Etats-Unis et que le consommateur américain restera frileux".

 

Economie à deux vitesses

Ces points de vue contradictoires entendus au cours de la publication des résultats semblent démontrer une reprise économique à deux vitesses. "En réalité, explique Joseph Caron, responsable de la recherche économique chez AllianceBernstein LP à New York, les sociétés ayant une large exposition à l’international et, en particulier quand elles sont liées aux dépenses en capital et à la technologie, sont celles qui se distinguent le plus positivement lors des annonces de résultats."

Cette idée avait déjà été relevée dans les "minutes" (compte-rendu) de la Banque centrale américaine (Fed) relatives à la réunion de ses membres des 22 et 23 juin derniers. On pouvait notamment y lire que "les autorités monétaires observaient que l’investissement des entreprises en équipement et en software avait rapidement progressé, et qu’ils anticipaient une poursuite de cette tendance. Par contre, l’augmentation des dépenses des consommateurs a ralenti ces derniers mois après une vive hausse au premier trimestre".

 

Les champions, et les autres

Il n’est dès lors pas surprenant que les entreprises dont les dépenses d’entreprises ont alimenté leurs affaires se retrouvent parmi celles qui signent les meilleures progressions bénéficiaires au deuxième trimestre dans l’indice Dow Jones, comme d’ailleurs dans le S & P 500. Mais aussi parmi celles qui ont rehaussé leurs estimations de résultats pour l’ensemble de l’année. On épingle parmi elles, Caterpillar, dont les profits nets ont bondi de 90,6 %, Cisco (+ 62,6 %) et Microsoft (+40,8 %).  Intel, qui avait perdu 198 millions de USD il y a un an, a gagné cette fois 2,9 milliards. Excepté Cisco, ces sociétés font partie de celles qui ont aussi rehaussé leurs prévisions de résultat pour l’ensemble de 2010.

En comparaison, au rayon des actions qui dépendent davantage du moral des particuliers, les bénéfices trimestriels ne se sont améliorés que de 7,5% chez Jonhson & Jonhson, de 12% chez McDonald’s, et de 16%  chez Coca-Cola. Les groupes télécoms AT&T et Verizon n’ont enregistré aucune croissance de leurs chiffres, tandis que ceux-ci ont reculé de 11,6% chez Procter & Gamble. Enfin, Kraft, qui a vu ses profits s’améliorer de 43% grâce à l’acquisition de Cadbury, a malgré tout revu à la baisse ses prévisions de croissance pour ses ventes -à périmètre identique- pour l’ensemble de l’exercice.

 

Croissance émergente

La belle prestation (+16%) réalisée par Coca-Cola surprend dans le contexte actuel peu porteur pour les sociétés qui dépendent du comportement du consommateur. Il convient toutefois de préciser que les ventes en volume du groupe n’ont haussé que de 2% aux Etats-Unis, et ont même baissé en Europe (-1%). Ce sont surtout les régions émergentes dans le monde qui ont boosté la croissance des affaires du limonadier. En particulier l’Inde (+22%), la Chine (+6%) et la Russie (+6%). Les affaires réalisées dans les pays émergents sont aussi ce qui a dopé les résultats pour plusieurs autres sociétés. Notamment chez DuPont où les ventes se sont envolées de 47% en Asie, ainsi que chez Caterpillar (+62%). 

A l’instar du fabricant d’aluminium Alcoa, DuPont a encore bénéficié de la santé retrouvée du marché automobile mondial dans la première partie de 2010, qui a dopé ses divisions peintures et plastiques.

Concernant Caterpillar, notons que ses ventes ont rebondi de 43% aux USA. Un résultat qui s’explique en partie à la bonne tenue -passagère- du secteur de l’immobilier qui avait profité, jusqu’à fin avril, de mesures fiscales stimulantes. Des mesures qui ont aussi favorisé les profits (+41%) du spécialiste du bricolage maison, Home Depot.  Mais pas vraiment, par contre, ceux de Bank of America (-3,1%) qui, comme d’autres banquiers, souffre toujours des pertes importantes de créances sur le marché du prêt résidentiel, mais aussi de la nouvelle régulation américaine régissant le monde financier. 

 

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