15 économistes proposent de réformer la finance mondiale

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Selon les auteurs du rapport, la faillite d’une firme importante sera peut-être encore nécessaire pour que chacun sache qu’il n’est plus question de renflouer une grande banque aux frais du contribuable.

Lors d’un week-end de l’automne 2008, quinze grands économistes décident de se réunir dans un lieu bucolique, au Lac Squam dans le New Hampshire, pas très loin d’un autre endroit chargé d’histoire: Bretton Woods. C’est Kenneth French, économiste et professeur au Dartmouth College, qui a pris l’initiative de rassembler ces 15 personnalités. Le but est simple et complexe à la fois: tirer les leçons de la crise et dresser un plan à long terme pour réformer la régulation financière. Dans ce groupe, des noms très connus: Robert Shiller (notre photo), le professeur de Yale, Frederic Mishkin, professeur à Columbia et ancien membre de la Federal Reserve ou encore Raghuram Rajan, ancien chef économiste du FMI et professeur de Chicago. Des économistes en provenance d’écoles de pensée différentes, mais bien décidés à dépasser tout esprit partisan et à dégager des solutions pour les générations à venir. Après cette rencontre initiale au Lac Squam, les membres du groupe vont poursuivre de manière intense leurs discussions lors de rencontres directes ou par échange de mails. Leurs solutions et recommandations se retrouvent dans l’ouvrage "The Squam Lake Report: fixing the financial system" (1) qui sort ce mercredi. Certaines solutions sont sans grande surprise. Comme confier la supervision de la santé et de la stabilité du système financier dans chaque pays à la banque centrale (c’est la voie suivie par la Belgique). Ou exiger des fonds propres supplémentaires de la part des institutions susceptibles de causer des problèmes systémiques. Ainsi que rendre plus transparent le marché des "credit default swaps" (CDS). Le rapport préconise aussi de réformer la pratique des compensations dans les banques, avec des bonus dont le versement serait différé dans le temps et dépendants de la santé de la firme. Mais, insistent les auteurs, pas question pour les gouvernements de décider du niveau de ces compensations. Ce n’est pas leur rôle. 

Proposition chère à Robert Shiller (Yale), les produits d’investissement devraient être accompagnés d’un document standardisé, analogue aux étiquettes d’informations nutritionnelles sur les aliments. Ce document ne devrait cependant pas mentionner les rendements du passé. Cela, parce que la plupart des investisseurs réagissent de façon excessive à la vue des performances historiques d’un placement.

Le groupe appelle aussi à la création de nouveaux instruments financiers qui permettraient de convertir automatiquement de la dette en fonds propres dans l’éventualité d’une crise. Cela permettrait à des banques sous-capitalisées de rester solvables, sans coût pour le contribuable. Sans oublier le fameux "testament" bancaire qui comporterait des instructions détaillées sur la manière dont une institution peut être démantelée en cas de faillite.

Pour les auteurs, si on devait "rejouer la crise financière mondiale", de telles recommandations auraient pu sévèrement limiter la casse dans les cas Bear Stearns, Lehman et autres AIG.  Ce qui importe, disent-ils, c’est de modifier le comportement des institutions financières.  Mais cela pourrait prendre du temps.  La faillite d’une firme importante sera même peut-être nécessaire pour que chacun sache qu’un nouveau régime est en vigueur et qu’il n’est plus question de renflouer une grande banque aux frais du contribuable.

 

(1) "The Squam Lake Report" par K. French, M. Baily, J. Campbell, J. Cochrane, D. Diamond, D. Duffie, A. Kashyap, F. Mishkin, R.Rajan, D.Scharfstein, R. Shiller, Hyun Song Shin, M. Slaughter, J.Stein, R. Stulz. Princeton University Press. 2010, 168 pages.

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