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+19% pour le Bel 20: stop ou encore?

À la Bourse de Bruxelles, comme partout dans le monde, les actions ont largement rebondi depuis fin décembre. Le Bel 20 est d'ailleurs à deux pas d'entrer dans un marché haussier. Un rally qui rend sceptique plus d'un stratégiste.

Trop is te veel. L'évolution en dents de scie des actions commence à faire perdre leur latin aux stratégistes. Car si beaucoup jugent que la correction que nous avons connue pendant le second semestre 2018 était exagérée, ils sont tout autant à penser aujourd'hui que le rebond depuis la fin décembre prend des proportions trop importantes. "La correction de la correction a été assez étonnante. L’indice S&P 500  se négocie seulement à environ 2,5% en-dessous de son niveau record", souligne Frank Vranken, stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay, dans une note publiée ce mercredi matin.

Après avoir touché fin décembre un plus bas depuis deux ans, l'indice MSCI World  a regagné près de 19% en trois mois. Même chose en Europe où l'indice Stoxx 600  a pris environ 15% depuis le début de l'année.

Le rally européen est essentiellement porté par des valeurs cycliques comme:

  • le secteur des ressources de base 
  • le secteur technologique 
  • le secteur de la construction 

Soit plus ou moins les mêmes qui ont plombé la tendance l'année dernière. 

Adieu récession?

Ce retournement de tendance signifie-t-il que les investisseurs ont mis au placard leurs craintes d'une récession? Les bonnes nouvelles s'accumulent en effet depuis plusieurs jours. À commencer par la Chine où la croissance du secteur manufacturier chinois s'est redressée en mars pour la première fois depuis quatre mois.

Et aux États-Unis, malgré le discours prudent de la Réserve fédérale, l'économie se porte bien. Selon l'enquête mensuelle de l'Institute for Supply Management (ISM), la croissance de l'activité dans le secteur manufacturier aux Etats-Unis s'est accélérée plus qu'attendu en mars avec la remontée de la production, des nouvelles commandes et des recrutements. Les dépenses de construction ont par ailleurs augmenté de 1,0% en février pour atteindre leur plus haut niveau depuis neuf mois.

"Nous prévoyons une légère accélération de la croissance au deuxième semestre 2019 et en 2020"
Christine Lagarde
directrice générale du FMI

Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé mardi, par la voix de sa directrice générale Christine Lagarde, ne pas prévoir de récession à court terme. "Au contraire, nous prévoyons une légère accélération de la croissance au deuxième semestre 2019 et en 2020", a-t-elle affirmé. 

La fin des problèmes géopolitiques?

Qui plus est, les marchés financiers croient de plus en plus en la fin de la guerre commerciale. Des espoirs galvanisés ce mercredi par un article du Financial Times. Selon le journal britannique, les États-Unis et la Chine se rapprochent de la conclusion d'un accord commercial. "Les progrès des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine jouent de nouveau un rôle moteur sur les marchés. L'accord si longtemps attendu semble plus proche que jamais", commente Milan Cutkovic, analyste chez Axi Trader.

Quant au Brexit, les investisseurs misent toujours sur une sortie négociée hors de l'Union européenne. La Première ministre britannique Theresa May a d'ailleurs indiqué préférer un Brexit soft avec l'opposition travailliste qu'un Brexit sans accord avec son propre parti. C'est pourquoi elle a démarré des négociations avec le leader de l'opposition Jeremy Corbyn. Elle a également demandé une nouvelle extension de l'article 50 jusqu'au 22 mai.

©AFP

Le ralentissement économique se confirme

Oui mais... Car il y a bien un "mais". Même plusieurs. À commencer par les fondamentaux économiques. Selon Christine Lagarde, l'économie mondiale est "perturbée" après deux années de croissance régulière, avec des perspectives "précaires" et exposée aux évolutions du commerce international, au Brexit et aux chocs sur les marchés financiers. "En janvier, le FMI tablait sur une croissance mondiale d'environ 3,5% en 2019 et 2020, un chiffre inférieur aux récentes prévisions, mais encore raisonnable. Ce chiffre a diminué entre-temps, comme vous le verrez la semaine prochaine, dans la mise à jour de nos prévisions", a indiqué la directrice générale du FMI.

En Europe, la situation économique reste également préoccupante. Selon les enquêtes PMI auprès des directeurs d'achats, la dégradation observée dans le secteur manufacturier pourrait se propager à celui des services. L'indice PMI IHS Markit composite est ressorti à 51,6 en mars contre 51,9 en février.

L'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui mardi a abaissé ses prévisions de croissance pour 2019, craint d'ailleurs que le pire soit à venir si Donald Trump met à exécution sa menace d'augmenter les taxes douanières sur les voitures et les pièces automobiles.

"Les échanges entre les USA et la Chine représentent 3% du commerce international; l'automobile représente elle 8% environ du commerce international. On peut donc imaginer que l'impact de droits sur l'automobile sera plus forte que l'impact du conflit commercial sino-américain"
Robert Koopman
chef économiste de l'OMC

Les gestionnaires fuient les actions

Sur les marchés à proprement parler, les investisseurs institutionnels adoptent une position prudente. Selon la dernière étude hebdomadaire de Bank of America, ceux-ci ont retiré près de 80 milliards de dollars des fonds collectifs investis en actions depuis le début de l'année. "Bien sûr, à mesure que le marché grimpe, les gros investisseurs deviennent de plus en plus nerveux et sous-pondèrent le marché", relativise Frank Vranken.

80 milliards de dollars
Les gestionnaires fuient les actions
Selon Bank of America, les investisseurs ont retiré près de 80 milliards de dollars des fonds collectifs investis en actions depuis le début de l'année

Selon le stratégiste de Puilaetco Dewaay, les investisseurs institutionnels sont fixés sur les multiples de valorisation. "En termes de prix par rapport au chiffre d'affaires ou par rapport à la valeur comptable, les actions américaines sont surévaluées. Et selon des exemples passés, le marché boursier offrirait peu de potentiel haussier avec de tels niveaux". Avec des bonnes nouvelles déjà intégrées, la seule voie pour les marchés pourrait être de redescendre. "Mais nous n'en sommes peut-être pas encore là", prévient Frank Vranken.

Et de conclure: "En fait, peut-être que nous voyons les marchés se mettre en position pour un véritable "Sell in May and go away"..."

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