2011, un bon cru pour les actions

Patrick Moonen, stratégiste chez ING IM, mise sur les émergents et les actions à dividendes élevés.

ING Investment Management voit un potentiel de hausse de 15 % pour les actions européennes d'ici à la fin de 2011.

La poursuite du processus de désendettement dans les économies développées va peser sur la croissance dans les prochaines années, selon ING Investment Management (IM) qui a présenté hier à Bruxelles ses perspectives pour 2011 à ses clients.

Le gestionnaire d’actifs estime que les pays développés n’ont réalisé jusqu’à présent que 30 à 40 % des ajustements nécessaires suite à la crise. "Nous assistons pour l’instant à une guerre entre la croissance et le désendettement, explique Pieter Wind, stratégiste auprès d’ING IM. Dans les quatre à cinq prochaines années, la croissance sera plus faible que lors des années d’avant la crise. De plus, pour éviter la déflation, les banques centrales mènent actuellement des politiques macroéconomiques expérimentales: Ben Bernanke ne connaît pas les conséquences de la nouvelle vague d’assouplissement quantitatif. Dans ce contexte, les accidents ne sont pas exclus."

ING IM estime à 25 % les risques d’une rechute en récession et à 15 % la possibilité d’un redressement beaucoup plus vigoureux de l’économie, mais son scénario central mise sur une croissance modérée, avec une hausse du produit intérieur brut mondial de 3,8 % en 2011, contre une hausse attendue de 4,8 % cette année.

Cette moyenne masque d’importantes disparités entre les pays émergents où la croissance devrait atteindre 6,5 % en 2011 (+8,1 % cette année) et les pays développés dont la croissance devrait être limitée à 1,6 % (+2,2 % en 2010). Les années à venir seront en effet aussi marquées par le creusement de l’écart entre le monde émergent et le monde développé où la croissance restera inférieure à son potentiel. "Le processus de désendettement, qui implique une hausse de l’épargne, a un impact négatif sur l’économie et augmente les pressions déflationnistes, explique Pieter Wind. Les revenus des consommateurs dépendent des salaires, qui dépendent du marché de l’emploi qui sera influencé par une croissance plus faible sur une période prolongée. Malgré la poursuite de l’assouplissement quantitatif, l’inflation n’est pas une menace dans les prochaines années."

Hausse des actions

Selon ING IM, cet environnement peu excitant ne rime pas pour autant avec absence de rendements! Le gestionnaire d’actifs s’attend au contraire à ce que 2011 soit favorable pour les actions. "Tous les ingrédients sont réunis pour connaître une bonne année, estime Patrick Moonen, responsable de la stratégie pour les actions chez ING IM. La croissance des bénéfices des entreprises sera moins élevée qu’en 2010 mais on peut compter sur une croissance de 10 à 11 % des bénéfices dans les pays développés et de 20 % dans les pays émergents. Les valorisations des actions sont attractives en comparaison avec la moyenne historique ou les autres classes d’actifs. Les liquidités sont abondantes, aussi bien dans le portefeuille des particuliers que dans le bilan des entreprises. Selon une récente étude de l’agence Moody’s, les entreprises de l’indice américain S & P 500 disposent de 1.000 milliards de dollars de liquidités."

Ces liquidités pourraient donc apporter un soutien significatif aux actions si elles sont dépensées pour des rachats d’actions, l’augmentation des dividendes et des fusions et acquisitions.

Toujours les émergents

Mais d’où viendra la croissance des bénéfices des entreprises des pays développés où l’environnement restera morose? Des pays émergents! "Les entreprises de l’indice américain S & P 500 réalisent désormais 15 % de leur chiffre d’affaires dans les pays émergents, précise Patrick Moonen. Outre la hausse du chiffre d’affaires, les bénéfices seront aussi soutenus par des coûts fortement maîtrisés et des taux très faibles de financement."

Le stratégiste mise sur une croissance bénéficiaire en 2011 de 11 % aux Etats-Unis et de 10 % en Europe. "Pourtant, malgré la hausse de 70 % des marchés d’actions depuis le plus bas de mars 2009, les valorisations en termes de rapport cours/bénéfices sont toujours nettement inférieures à la moyenne des quarante dernières années, observe-t-il. En fait, le marché anticipe une croissance nulle des bénéfices, soit une rechute en récession, que nous ne jugeons pas plausible."

ING IM continue toutefois à privilégier les actions des pays émergents en raison de leurs meilleurs fondamentaux — endettement public et privé faible et croissance économique supérieure — et exclut toute bulle. "Les valorisations restent inférieures à celles des pays développés, alors qu’une prime pourrait être justifiée, explique Patrick Moonen. Les valorisations actuelles de la Bourse chinoise, tant en termes de rapport cours/bénéfices que de rapport cours/valeur comptables, restent nettement inférieures aux valorisations atteintes lors de la bulle sur les actions japonaises à la fin des années ‘80 ou sur les actions technologiques à la fin des années ‘90."

Rendement du dividende

Sur les marchés développés, le gestionnaire d’actifs joue à nouveau le thème des actions à dividendes élevés, dans un environnement où les emprunts d’État offrent de faibles rendements, 2,5 % pour le Bund allemand à dix ans, par exemple. "Nous nous attendons à une hausse de 10 % des dividendes dans les deux prochaines années, explique Patrick Moonen. Les sociétés américaines et européennes disposent de beaucoup de cash mais le taux de distribution atteint seulement 30 %, alors que la moyenne est de 40 %. Historiquement, les dividendes suivent la croissance des bénéfices, ce qui n’a pas été le cas lors des dernières années."

Le retour progressif de la confiance des entreprises devrait ensuite les inciter à accélérer les fusions et acquisitions avant d’investir dans de nouvelles capacités.

"Mais nous sommes juste au début de ce processus", conclut Patrick Moonen.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés