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5 questions après la chute historique du pétrole

Il faudrait que la demande revienne pour faire baisser les stocks et remonter les prix du WTI ©REUTERS

Le cours du baril de WTI, référence pour les États-Unis, s'est effondré lundi et a clôturé à -37,63 dollars le baril, un crash historique. L'Opep ne semble toujours pas décidée à intervenir.

1/ Quels peuvent être les effets de la chute des prix du pétrole?

La chute des prix du baril de pétrole est censée d’ordinaire avoir des effets positifs sur les économies des pays importateurs. Elle permet à leur industrie de réduire les coûts de production et aux consommateurs d’accroître leur pouvoir d’achat. Seulement, du fait que la machine économique est à l’arrêt dans la plupart des pays développés en raison de la pandémie de Covid-19, l’impact de la chute des prix pétroliers sera à peine perceptible.

Une chute des prix pétroliers pareille à celle que l'on connaît aux Etats-Unis augmente d'ordinaire de 2% le PIB de ce pays.

Concernant la chute des prix du WTI, ce sont les Etats-Unis qui en paient le plus lourd tribut. En temps normal, une telle baisse des prix augmenterait de 2% son PIB. Ce pays est le principal producteur de cette catégorie de brut. Avec des cours tombés à des niveaux dérisoires qui ne permettent plus aux producteurs locaux d’être profitables, en particulier dans le secteur du pétrole de schiste qui compte près d’un million de travailleurs, les sociétés sont susceptibles de mettre la clé sous le paillasson. Il y avait encore près de 770 puits d’exploration outre-Atlantique il y a un mois, selon un décompte établi par Baker Hughes. On n'en compte plus qu’un peu plus de 500 à ce jour.

2/ Les cours sont-ils appelés à rester bas?

Cela dépendra pour beaucoup de l’évolution de la pandémie de Covid-19 et du temps de confinement qu’elle impose à une bonne partie de la population. Les cours du pétrole devraient rester bas aussi longtemps qu’il ne sera plus possible de stocker le pétrole et que la demande ne sera pas de retour. "Les Etats-Unis ont les plus importants problèmes de stockage", explique Jasper Lawler, analyste chez London Capital Group, précisant que "la demande est tellement inférieure que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70 à 80% de leurs capacités".

"La demande est tellement inférieure aux Etats-Unis que les réserves pourraient déjà avoir atteint 70 à 80% de leurs capacités."
Jasper Lawler
Analyste chez London Capital Group

De son côté, Warren Patterson, de chez ING Bank à Singapour, indique que "si nous ne commençons pas à voir une reprise de la demande d’ici peu, il est probable que le contrat de juin soit confronté à un sort similaire à celui de mai, qui arrive à échéance ce mardi". Le contrat de mai avait clôturé lundi sous zéro, à -37,63 dollars le baril. Celui de juin a ouvert ce mardi à 16 dollars.

Cela dit, ceux qui sont haussiers sur le marché du pétrole à long terme soutiennent que la pente de la courbe de contango (le contrat de décembre 2020 se négocie à des seuils plus élevés, à 30 dollars) laisse penser que les prix se reprendront dans les prochains mois.

3/ L’Opep réagira-t-elle?

Certains membres de l’Opep suggèrent que des mesures supplémentaires soient adoptées pour endiguer la déroute des prix pétroliers. L’Algérie par exemple propose d’avancer avec effet immédiat l’accord de réduction de l’offre qui doit entrer en vigueur le 1er mai prochain. Mais il n’est pas certain que l’Arabie saoudite et la Russie, qui n’est pas membre du cartel, en aient envie, alors que des pays comme les Etats-Unis, le premier producteur au monde avec une production de 13 millions de barils par jour (mb/j), le Brésil et le Canada ont rechigné à participer à cet accord.

29
millions de barils/jour
29 millions de barils par jour, c'est la baisse de la demande mondiale de pétrole. Soit l'équivalent de la production de l'Opep.

Par ailleurs, face à la chute de la demande, le récent accord de réduction de l’Opep et de la Russie portant sur 10 mb/j pourrait s’avérer nettement insuffisant pour favoriser un redressement des cours. L’Agence internationale de l’énergie évalue le recul de la demande en raison de la pandémie à 29 mb/j. Ce qui représente l’ensemble de la production des 14 pays membres de l’Opep.

4/ La chute des prix pétroliers peut-elle s’étendre à l’ensemble des matières premières?

Il n’y a pas d’emblée de corrélation entre les prix du pétrole et ceux des autres matières premières. Toutefois, la contraction de l’activité en cours dans les principales économies de la planète est censée affecter la plupart des prix des matières de base. Précisons toutefois qu’il est plus difficile et plus coûteux de stopper l’activité d’une plateforme pétrolière que celle d’une mine de cuivre ou de palladium par exemple.

5/ Embarrasse-t-elle la Fed?

Il est certain que la chute des prix du pétrole exercera des effets désinflationnistes. Elle compliquera la tâche de la Réserve fédérale américaine (Fed), ainsi que des autres principales banques centrales dans le monde, d’atteindre leur objectif d’inflation de 2%.

22 millions d’Américains sur une population active de 166 millions ont perdu leur emploi au cours des quatre dernières semaines.

On peut toutefois raisonnablement penser que la priorité des autorités monétaires consiste à présent à faire en sorte que les Américains qui ont perdu leur job puissent en retrouver un. Au cours des quatre dernières semaines, 22 millions d’entre eux sur une population active de 166 millions ont déjà perdu leur emploi.

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