À la BCE, Christine Lagarde sera aussi "colombe" que Mario Draghi

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Selon les économistes, le président actuel de la Banque centrale européenne a balisé la voie et la politique monétaire expansionniste ne devrait pas subir de changements à court terme.

La nomination d’une avocate, et non d’une économiste de formation, à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) pour remplacer Mario Draghi à partir de novembre suscite des commentaires en sens divers sur les marchés financiers.

C’est une femme brillante. On ne pouvait pas mieux trouver.
Sylviane Delcuve
Senior economist BNP Paribas Fortis

Christine Lagarde n’est toutefois pas un cas isolé. Du côté de la banque centrale américaine, le président Jerome Powell est aussi un avocat de formation, ce qui ne l’empêche pas de conduire la politique monétaire avec une certaine efficacité, malgré les nombreuses critiques de Donald Trump.

Sylviane Delcuve, senior economist chez BNP Paribas Fortis, est assez enthousiaste sur l’arrivée de la directrice générale du Fonds monétaire international à Francfort. "C’est une femme brillante. On ne pouvait pas mieux trouver. Et c’est son expérience qui compte, pas son diplôme. Elle a déjà bien roulé sa bosse. Elle a connu la crise de 2008 et ensuite la crise grecque. Ce n’est pas rien."

Pas le même style de Draghi

Certains analystes soulignent le contraste avec Mario Draghi. "La différence sera assez nette entre cette manager de la politique, connue pour son aisance oratoire, son humeur affable et sa puissance de travail, et le penseur avant-gardiste et solitaire qu’est Draghi", souligne à l’AFP Carsten Brzeski, économiste chez ING.

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Le banquier italien, aux commandes de la BCE depuis l’automne 2011, "a toujours donné l’impression que même si on l’appelait au milieu de la nuit, il pouvait livrer de tête chaque composante des indices d’activité de la zone euro", s’amuse Brzeski. Parallèlement, il a parfois désarçonné ses propres équipes par des sorties retentissantes, dont le discours de 2012 promettant de faire ce qu’il faudra ("whatever it takes") pour sauver l’euro, ou sa dernière intervention mi-juin au Portugal évoquant une éventuelle baisse de taux et un nouveau programme de rachat de dettes.

D’une certaine manière, Draghi a balisé le travail de Lagarde, en indiquant que les taux resteraient bas au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020.

Colombe, elle aussi

La nomination de Christine Lagarde à la tête de la BCE ne devrait pas entraîner de modification de la politique monétaire car elle est aussi colombe que Mario Draghi.
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC Banque

On rappelle au sein des marchés que dans ses fonctions au FMI, Christine Lagarde a jusqu’ici approuvé l’action de Draghi, qui a porté les taux en zone euro à leur plancher historique (-0,4% pour le taux des dépôts) tout en rachetant pour 2.600 milliards d’euros d’actifs entre 2015 et fin 2018.

"La nomination de Christine Lagarde à la tête de la BCE ne devrait pas entraîner de modification de la politique monétaire car elle est aussi colombe que Mario Draghi", explique ainsi Bernard Keppenne, le chef économiste de CBC Banque, qui se réjouit de voir deux femmes à la tête des institutions européennes. De quoi donner une nouvelle dynamique à une Europe qui en a bien besoin.

Les "colombes" dans le jargon des banques centrales sont en faveur d’une politique monétaire pragmatique et souple afin de soutenir la croissance économique.

En toute logique, Christine Lagarde devra s’appuyer sur l’expertise de son équipe. En particulier sur le nouveau chef économiste Philip Lane qui a succédé à Peter Praet. Elle pourra aussi compter sur son compatriote, le Français Benoît Cœuré qui siège au directoire de la BCE. Mais ce dernier achève son mandat à la fin décembre et devra être également remplacé.

Changement de focus?

Sa capacité à construire un consensus sera scrutée de près, indique-t-on chez Fidelity International. Et son expérience internationale pourrait s’avérer précieuse pour peser face aux Etats dans les débats sur la politique budgétaire ou les réformes structurelles, deux points qui conditionnent l’efficacité des interventions monétaires.

Sylviane Delcuve pense, de son côté, que le changement de capitaine à la BCE pourrait être l’occasion de changer le focus de la Banque, bien trop concentrée sur la seule inflation et non sur les réalités économiques. Selon l’économiste de BNP Paribas Fortis, la politique actuelle de la BCE ne semble guère tenable: on ne peut pas gonfler indéfiniment le bilan de la Banque. Dans le même temps, la politique des taux au plancher a des effets pervers. Dans une Europe vieillissante, cette politique rogne les revenus des épargnants, ce qui est un frein pour les dépenses et la croissance. "En tant que Française, elle sait ce qui s’est produit avec les gilets jaunes. Elle pourrait davantage prendre en compte les défis sociétaux". 

ANALYSE - Le PTB manque de bras en Wallonie bit.ly/2xtxz4U | @ptbbelgique @RaoulHedebouw @GermainMugemang

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