À la rencontre de la firme de trading à haute fréquence Optiver

©arie kievit

Optiver est l’une des plus grandes firmes de trading à haute fréquence. En Europe, c’est la plus grande. Son quartier général est situé à Amsterdam, mais la firme dispose aussi de salles de trading à Chicago et Sydney.

59.000 €
Un trader chez Optiver dispose de cette rémunération brute fixe annuelle, à laquelle il faut ajouter de généreux bonus.

En entrant chez Optiver, en plein cœur du World Trade Center à Amsterdam, nous constatons que l’ambiance est détendue. Difficile de croire, au premier abord, qu’on se trouve au sein de la plus grande firme de trading à haute fréquence en Europe. Un employé se fait masser sur une chaise spéciale, en plein couloir. Le directeur, Paul Hilgers, nous accueille dans son bureau en jeans et chemise. Tous les employés arborent le même uniforme. Les quelques femmes que nous croisons ne sont pas des plus apprêtées.

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Après la cafétéria de la société, où les employés se servent gratuitement de nourriture, se trouve une table de billard, que l’on doit contourner pour arriver au cœur des activités d’Optiver, la salle de marchés, un étage en dessous. Au fond de cette salle se trouvent les serveurs informatiques de la firme, derrière des parois en verre, passant du rouge au bleu en fonction de l’activité d’Optiver sur les marchés. Lorsque toutes les parois se parent de bleu, cela signifie que la firme de trading a atteint plus de 3.000 transactions sur la dernière minute. Elles étaient bleues lorsque nous sommes passés devant.

Jeunes traders

Au cœur de la salle de trading, où travaillent 80 traders et 20 "quants", ces analystes élaborant des algorithmes de trading, la première chose qui frappe le regard est l’âge du personnel. Les traders sont très jeunes. Certains sortent à peine de l’université, où Optiver vient les chercher. La présence féminine se compte sur les doigts d’une main. Tous parlent parfaitement anglais. Pourtant, 37 nationalités différentes, y compris belge, sont représentées au sein de la salle de trading. C’est ici, à Amsterdam, qu’Optiver concentre la majorité de ses traders, car la firme dispose aussi d’autres salles de trading à Chicago et Sydney, de taille plus modeste.

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À Amsterdam, les traders sont assis derrière leurs six écrans, tandis que les quants restent debout à leur bureau, quand ils ne viennent pas près des traders pour régler leurs algorithmes. Les quants sont placés au centre de la salle, contrairement à d’autres firmes, où ils sont isolés dans des bureaux. Les traders travaillent en shift, de 4 heures du matin à 23h. Ils négocient toutes les classes d’actifs, que ce soit les actions, les options, les ETF (fonds indiciels), les obligations d’Etat, les marchés émergents,… mais pas trop les actions belges. Seule AB InBev intéresse Optiver. Et encore. Lorsque nous demandons à un trader où elle se trouve sur son écran, il doit chercher un peu, pour finalement l’indiquer en bas de son écran. "Ce qu’on cherche, c’est exploiter les différences de prix entre des titres cotés sur plusieurs places" explique un trader, en désignant le titre Fiat, coté à Milan, mais aussi aux Etats-Unis.

Bouton panique

Le jeune chef de la salle de trading nous explique que pour des questions de gestion de risque, les traders doivent toujours être deux au minimum, avec au moins un plus expérimenté que l’autre. En levant les yeux, nous apercevons, sur chaque poteau de la salle, une feuille collée avec des instructions. Chaque trader est censé pouvoir déclencher le bouton panique qui arrête tous les ordres envoyés par Optiver sur les marchés. Ce bouton est déclenché quelques fois par mois, précise le responsable de la salle des marchés. Optiver prévoit aussi une autre procédure de panique, qui coupe tous les circuits informatiques d’Optiver jusque dans les centres de données où l’essentiel de ses serveurs informatiques est installé. Ce n’est jamais arrivé, jurent les traders de la salle. Les marchés financiers, selon le sociologue Donald Mackenzie, sont regroupés dans 15 centres de données répartis aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et en Australie. Logées au plus près des moteurs d’appareillement des Bourses, les firmes de trading à haute fréquence comme Optiver peuvent envoyer leurs ordres et exécuter leurs transactions en moins de quelques microsecondes.

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Dans ce monde très informatisé, le trader humain joue paradoxalement encore un rôle. "On est là pour gérer les risques" explique un trader en options derrière son écran. Le principal risque pour Optiver vient de la Bourse. "Si elle ne répond plus, on déclenche le bouton panique", explique le trader. Il nous interrompt pour passer une transaction pour un client d’Optiver. Des courtiers, fonds, et fonds de pension font appel aux services de la firme pour trouver le meilleur prix sur les marchés, précise le trader. Les prix donnés par Optiver, générés par ordinateur, s’affichent en vert ou bleu sur les écrans. Force est de constater que ces prix sont nombreux et changent rapidement. Le trader parvient quand même à passer sa transaction manuellement. Mais il s’aide de l’informatique. Il nous dit être ingénieur civil en énergie. Il travaillait sur une plateforme pétrolière avant de venir chez Optiver. "En moyenne, je fais trois transactions par minute. Il faut multiplier par cinq dans les jours les plus intenses", indique-t-il. Soit entre 1.400 et 7.200 transactions par jour. A titre de comparaison, un trader particulier actif ne dépasse pas 100 transactions par jour en moyenne.

Optiver est l’une des plus grandes firmes de trading à haute fréquence. En Europe, c’est la plus grande. Son quartier général est situé à Amsterdam, mais la firme dispose aussi de salles de trading à Chicago et Sydney.

A Amsterdam, 80 traders et 20 "quants" travaillent dans la salle de marchés. Un trader peut exécuter entre 3 et 15 transactions par minute.

Chaque trader doit pouvoir déclencher un bouton panique, qui arrête les transactions, lorsque la Bourse ne répond plus. Cela arrive plusieurs fois par mois.

Les mises à jour de prix, elles, interviennent plus rapidement, mais si elles dépassent le nombre de cent par seconde, le trader doit déclencher le bouton panique. L’un des quatre gestionnaires de risque de la salle de marché surveille, et vient le lui rappeler si besoin est.

Méritocratie

Les traders, chez Optiver, restent en moyenne 6 ans. "Après, ils ont envie d’autre chose. Le métier est stressant", indique le responsable de la salle de marchés, qui affiche 7 ans de présence au compteur. "Ici, ce n’est pas comme dans les banques. Il n’est pas possible de devenir vice-président, manager, après des années d’ancienneté ou d’expérience", relève-t-il. "Ici, c’est une méritocratie. Ceux qui ne performent pas bien ne restent pas longtemps", martèle-t-il. Le métier rémunère bien. Les traders perçoivent 59.000 EUR brut par an, auquel il faut ajouter les généreux bonus annuels, dont le montant n’est pas dévoilé. Le responsable de la salle de trading, ingénieur civil en construction de formation, est lui parvenu à son poste grâce au marché brésilien. "Quand j’ai commencé, il n’y avait que deux traders pour ce marché. Depuis, cela a changé", sourit-il, car l’équipe compte 7 traders. Plus de 50% des volumes de transactions sur la Bourse brésilienne proviennent désormais de firmes de trading à haute fréquence et de banques, selon des données de Bloomberg, alors que la Bourse brésilienne reflète aujourd’hui la récession que traverse le pays.

Mais dans la salle de trading d’Optiver, les traders n’ont pas conscience de ce qui se passe dans l’économie réelle. Les marchés financiers, découpés en données sur leurs écrans, leur procurent une autre vision. Par contre, ils ont bien conscience de leur rôle perturbateur de l’activité de trading des banques, qui liquident de plus en plus leur personnel. Plusieurs traders d’Optiver l’ont remarqué durant notre visite. Car la société, avant d’être une firme de trading à haute fréquence, se considère avant tout comme une fintech, dont le modèle, moins cher ou de plus grande qualité, vient concurrencer les banques traditionnelles.

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