Actions bancaires: où est le problème?

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L’indice Stoxx 600 paneuropéen porte à 17% ses pertes depuis janvier. Les actions des banques de cet indice perdent 28,6% en moyenne. Il y a comme un parfum de crise du crédit. Et d'autres secteurs, les matières premières surtout, souffrent aussi.

Les Bourses ont repris froid. Après le rebond de 1,87% intervenu mercredi et considéré comme technique après 7 séances d’affilée de recul, l’indice Stoxx 600 est reparti à la baisse jeudi. Il a clôturé sur un repli de 3,68% à 303,58 points. L’indice porte à plus de 16% ses pertes depuis la fin 2015.

Comme c’est le cas depuis le début de cette année, ce sont les actions bancaires qui ont le plus trinqué. Leur indice sectoriel a perdu 6,26% et accuse depuis janvier une chute de 28,56%!

La valeur de Deutsche Bank à la Bourse de Francfort est passée dans la matinée d’hier sous celle de la banque belge KBC à la Bourse de Bruxelles.

1/ Pourquoi les actions bancaires trinquent-elles?

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Les craintes persistantes de dégradation de leur rentabilité et de leur solvabilité, face à la détérioration des perspectives de croissance, ont eu raison du rebond des valeurs financières mercredi. Les rumeurs concernant leur solidité financière ont repris de plus belle hier sur les marchés. La chute des prix du pétrole, qui fait craindre des faillites en série dans le secteur de la production d’énergie de schiste aux Etats-Unis, est régulièrement pointée du doigt pour expliquer la faiblesse des cours des actions bancaires.

Aussi, pour rassurer les marchés, des établissements bancaires tels que BNP Paribas et Société Générale ont donné des précisions rassurantes quant à leur exposition à ce type de risques. Une démarche que n’ont pas encore faite jusqu’ici clairement des banques telles que Deutsche Bank et Credit Suisse. Il est frappant de constater que les actions de ces deux dernières institutions comptent justement parmi les plus attaquées en Europe. Credit Suisse plonge de 43% depuis janvier et Deutsche Bank de 39,3%. Du coup, dans la matinée de jeudi, la valeur boursière de Deutsche Bank (18,1 milliards d’euros) à Francfort est même passée sous celle de la banque KBC (18,8 milliards) à Bruxelles, avant de remonter en fin de journée à 18,8 milliards!

Cela dit, signalons qu’en marge de la réunion de l’Eurogroupe jeudi, plusieurs ministres des Finances de la zone euro ont affirmé leur confiance dans les mécanismes dont est dotée la zone euro pour la protéger des turbulences financières. "Je pense que dans la zone euro, nous sommes structurellement dans une bien meilleure situation qu’il y a quelques années, et cela vaut aussi pour les banques", a précisé le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

2/ Les banques souffrent-elles toutes des mêmes maux?

Toutes les banques européennes ne sont pas logées à la même enseigne. Avec des activités plus concentrées sur le continent européen, les banques plus modestes ont échappé aux déboires subis par les "géants" comme Credit Suisse et Deutsche Bank, des institutions plus actives au niveau international et dans des activités de marché par ailleurs plus risquées. En Italie, le souci numéro 1 pour une série de banques, c’est la détention de prêts susceptibles de ne pas être remboursés. Au total, ces créances douteuses atteignent un montant de 250 milliards d’euros.

Plus généralement, le secteur bancaire sera affecté par l’environnement de taux d’intérêt bas appelé à durer et qui met ses marges sous pression. De même que par la perspective d’un ralentissement de l’activité économique un peu partout dans le monde.

Autrement dit, les bénéfices que réaliseront les banques à l’avenir ne seront plus aussi favorables qu’auparavant. Cette perspective ne manque pas non plus de peser sur l’évolution de leurs cours en Bourse. En n’ayant pas confirmé hier à Paris, lors de la publication de ses résultats, son objectif de retour sur investissement (ROE) en 2016, la Société Générale n’a pas vraiment fait autre chose que d’émettre un avertissement sur ses profits de cette année.

3/ Les banques sont elles les seules à être touchées?

Certainement pas. Outre le secteur des assurances, qui souffre de la chute des Bourses, celui des actions de sociétés actives dans les matières premières poursuit sa descente aux enfers entamée en 2015. Après avoir perdu 35% de sa capitalisation boursière en 2015, il accuse encore un recul de 15% en 2016.

La chute des prix des matières premières, suite à une demande mondiale en baisse conjuguée à une offre excédentaire, fait que la plupart des entreprises dans ce secteur rencontrent des difficultés à engranger des bénéfices. Et le problème se corse lorsqu’elles sont lourdement endettées. C’est le cas par exemple de Glencore à Londres ou de Nyrstar à Bruxelles, dont les actions ont plongé ces derniers mois. On peut encore citer ArcelorMittal, détenteur d’une dette de 15,7 milliards d’euros. La capitalisation boursière de ce sidérurgiste ne s’élève plus aujourd’hui qu’à 4,7 milliards. Elle était encore de 75 milliards quelques mois après la création du groupe en 2006.

Pour éviter le dépôt de bilan, ces groupes n’ont d’autre choix que de solliciter leurs actionnaires, via des augmentations de capital.

Le problème de l’endettement concerne encore des sociétés relevant d’autres secteurs. Le cimentier LafargeHolcim, l’énergéticien EDF ou encore le chimiste Solvay , pour ne citer qu’eux, sont de ce registre. Parce que les investisseurs jugent leur niveau d’endettement trop élevé dans le contexte économique actuel incertain, leurs actions ont aussi sensiblement reculé depuis le début de cette année.

De toute évidence, il y a comme un parfum de défiance par rapport au crédit qui plane sur les marchés. Une défiance qui profite à l’or, traditionnelle valeur refuge. En hausse de 4,2% jeudi à 1.247 dollars, l’once d’or réalise un bond de 17,5% depuis la fin 2015.

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