interview

Alain Durré (Goldman Sachs): "Aucun mouvement des taux de la BCE avant la fin 2021"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Selon Alain Durré, le chef économiste de Goldman Sachs à Paris, les taux de la BCE ne sont pas près de remonter. Tout bénéfice pour les marchés boursiers.

Le Belge Alain Durré a travaillé dix ans à la Banque centrale européenne (BCE) dans la division qui préparait les recommandations de politique monétaire. Un avis éclairé avant la première réunion de l’année de l’institution de Francfort ce jeudi.

A quoi doit-on s’attendre en matière de taux d’intérêt du côté de la BCE cette année?
Nous ne tablons sur aucun mouvement des taux directeurs avant décembre 2021. Quant aux achats d’actifs de 20 milliards d’euros par mois, ils continueraient jusqu’au minimum la fin 2021. Globalement, en matière économique, l’Europe sera suiveuse en matière de croissance. Ce n’est pas elle qui va tirer le mouvement. Il y aura une stimulation budgétaire équivalente à 0,4 point à la croissance du PIB de la zone euro, essentiellement en provenance d’Allemagne et de la France.  Quant à l’inflation, elle devrait graduellement commencer à remonter en raison de la hausse des salaires à partir de la fin de 2020.

Il existe encore une marge à la baisse des taux de la BCE.
Alain Durré

Mais existe-t-il encore une possibilité de baisse des taux alors qu’ils apparaissent déjà très bas (-0,50%)?
S’il devait y avoir un choc négatif et si la BCE devait réagir très rapidement, on pourrait effectivement connaître une nouvelle baisse des taux. Surtout dans le contexte où les gouverneurs ne parviendraient à aucun accord sur d’autres rachats d’actifs. Dans le dernier compte-rendu de la réunion de la BCE de décembre, on évoque le taux le plus bas à partir duquel toute baisse de taux devient contre-productive, ce qu’on appelle le " reversal rate ". On indique qu’à -0,50% actuellement, on se situe encore loin de ce " reversal rate ". Ce qui démontre donc qu’il existe encore une marge à la baisse. Notre estimation chez Goldman Sachs est qu’il est possible de descendre jusqu’à -0,85%. La BCE a conscience que sa politique exerce des dégâts collatéraux qui se manifestent dans les comptes des banques, mais son argument est qu’elle a un objectif d’inflation à atteindre et qu’actuellement, elle ne l’atteint pas.

La BCE pourrait-elle changer son objectif d’inflation dans le cadre de la revue de la stratégie  annoncée par Christine Lagarde?

Mario Draghi l’a répété plusieurs fois par le passé: ce n’est pas une bonne idée de revoir la cible d’inflation quand on n’est pas capable de l’atteindre. Ce serait un aveu d’échec. Je pense aussi que tout le monde oublie la dernière partie de la définition de la stabilité des prix. La BCE vise un taux annuel d’inflation " inférieur à mais proche de 2 % à moyen terme ". On oublie trop souvent cette notion de " moyen terme ". Il faut regarder les performances sur les dix dernières années par exemple. Je pense qu’il ne faut pas attendre de révolution stratégique sur l’objectif d’inflation.

Pour les Etats-Unis, quelles sont vos prévisions en matière de taux ?
Nous prévoyons un statu quo des taux de la Federal Reserve cette année. Aucun mouvement à la baisse n’est justifiable dans l’immédiat d’autant que nous n’anticipons pas d’escalade dans les tensions commerciales USA-Chine dans les mois à venir. On pourrait avoir une hausse des taux en 2021 si la croissance des salaires se maintient au niveau actuel. L’inflation est clairement dans le pipeline aux USA.   

En cas de stress, on pourrait connaître des mini-corrections boursières. Mais cela devrait rester relativement contenu.
Alain Durré

Quelles sont les implications pour les marchés d’actions ? Certains parlent toujours d’une bulle spéculative sur les valeurs technologiques américaines sur le Nasdaq.
Dans un monde où la croissance se stabilise voire s’améliore un peu et où les banques centrales observent un statu quo sur les taux, les actions devraient encore bien se comporter. Nous restons donc positifs sur les marchés boursiers qui conservent un potentiel haussier du bénéfice par action de l’ordre de 6% pour les Etats-Unis et de 3% pour l’Europe selon nous (pour un return attendu de 4% et 7% respectivement pour le S&P 500 et l’Eurostoxx 600 en monnaie locale). Nous avons aussi une petite surpondération en or dans notre allocation optimale de portefeuille, le marché du métal jaune pouvant réagir aux tensions géopolitiques.

Pour les bourses, nous n’aimons pas le mot " bulle". La valorisation des marchés n’est pas totalement démesurée si l’on tient compte des conditions économiques et des taux d’intérêt.  Aux USA, la bourse est très sensible à la croissance économique et cette croissance est présente alors que l’Europe est très sensible aux taux d’intérêt. Or les taux vont rester négatifs en Europe, ils pourraient même potentiellement baisser. En cas de stress, on pourrait connaître des mini-corrections boursières. Mais cela devrait rester relativement contenu. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit en début d’année avec les tensions Iran-USA. Le stress sur les marchés n’a duré que quelques heures.     

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