interview

Alain Durré (Goldman Sachs): "Nous ne croyons pas à un scénario catastrophe"

©Frédéric Pauwels / HUMA

L’économiste en chef de Goldman Sachs à Paris est positif pour les marchés d'actions.

Le Belge Alain Durré, économiste en chef de Goldman Sachs à Paris, a passé dix ans à la Banque centrale européenne (BCE) dans la division qui préparait les recommandations de politique monétaire. Il était de passage à Bruxelles. Entretien.

Mario Draghi a laissé entendre mardi que les taux de la BCE pourraient encore baisser. Cela a provoqué une baisse de l’euro et une envolée des marchés d’actions.    
Mario Draghi n’a fait que répéter ce qu’il avait dit lors de la dernière réunion de la Banque centrale européenne. On ne voit toujours pas de signes de reprise de l’inflation sous-jacente (core inflation). C’est un encéphalogramme plat. Tout le scénario de reprise de l’inflation repose sur une croissance économique au second semestre qui reviendrait au-dessus du potentiel de croissance. De 1% de croissance économique, on remonterait à 1,4 ou 1,5%. Mais depuis trois mois, les risques baissiers ont augmenté, celui d’un Brexit dur notamment. La probabilité d’avoir des taxes américaines de 10% sur les voitures européennes a également augmenté. Ceci explique que Mario Draghi laisse la porte ouverte à de nouvelles mesures comme une baisse des taux et/ou une réactivation du programme d’achats de titres (QE).    

Historiquement, chaque fois que les Etats-Unis ont mis en place des mesures protectionnistes, le dollar s’est déprécié.
Alain Durré
Economiste en chef de Goldman Sachs à Paris

Le président Donald Trump n’a pas apprécié les propos de Mario Draghi. Il pense que l’euro est déjà sous-évalué et qu'il pourrait encore baisser. Est-ce le cas?
Ce que l'on peut dire, c'est que l’euro devrait connaître une tendance haussière à un horizon de 12 mois. Car historiquement chaque fois que les Etats-Unis ont mis en place des mesures protectionnistes, le dollar s’est déprécié. L’autre élément qui devrait pousser l’euro à la hausse, c’est que depuis la crise de 2008-2009, beaucoup d’investisseurs ont quitté la zone euro et sont sous-pondérés dans la monnaie européenne. S’ils devaient revenir à leur allocation en euros d’avant la crise, cela pousserait la monnaie unique vers le haut.

La BCE doit-elle changer de mandat puisqu'elle n'atteint pas son objectif d'inflation?
Personnellement, je ne le pense pas. Il faudrait se poser la question de savoir si un autre modèle fonctionnerait mieux. On conserve encore un héritage de la crise financière, ce qui complique les choses. Mais nous voyons que la relation inversée entre le taux de chômage et l’inflation (courbe de Phillips) n’a pas totalement disparu, elle existe encore. Depuis un an, on voit même une croissance des salaires un peu plus généreuse (soit 2,8%-3% prévus cette année et l’an prochain). Il est donc trop tôt pour dire que le modèle ne fonctionne plus.

©Frédéric Pauwels / HUMA

Mario Draghi, qui quitte la BCE fin octobre, complique-t-il la tâche de son successeur en ayant décidé de maintenir les taux à leurs niveaux actuels jusqu’à la fin du premier semestre 2020?
C’est une mauvaise perception des marchés. Il est très probable que le successeur de Draghi est déjà présent dans le Conseil des gouverneurs de la BCE. Or, la récente décision a été unanime.

Quelles sont vos prévisions concernant les taux de la BCE? Les taux négatifs vont-ils durer encore longtemps?  
Selon nous, il n’y aura pas de hausse de taux avant décembre 2020. La fin des taux d'intérêt négatifs n’est pas pour demain.

Que cela signifie-t-il pour les marchés boursiers?
Nous surpondérons les actions dans un horizon de 12 mois, à la fois en Europe et aux Etats-Unis. Nous ne croyons pas à un scénario de récession économique. En Europe, la bonne tenue du marché de l’emploi et la hausse des salaires soutiennent le pouvoir d’achat. Il y a également une stimulation budgétaire de l’ordre de 0,4 point de croissance, venant principalement de France et d’Allemagne. Aux USA, la croissance se stabilise après deux années de très forte croissance. Le taux de chômage est au plus bas depuis plus de 49 ans. L’économie reste en bonne forme. Les marchés boursiers américains pourraient en outre bénéficier de nouveaux rachats d’actions (buy-back). Globalement, nous ne croyons pas à un scénario catastrophe. Si des risques devaient survenir, les banques centrales entreraient en action.

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