interview

Alexandre De Groote (Degroof Petercam): "Pour les assurances groupe, le rendement garanti est intenable"

"Les taux devraient rester bas encore deux ans au minimum", estime Alexandre De Groote. ©katrijn van giel

Pour de nombreuses assurances groupe, il est devenu impossible d’obtenir un rendement minimum de 1,75%. La faute aux taux négatifs. C’est du moins l’avis d’Alexandre De Groote, ancien "Head of Fixed Income" chez Degroof Petercam, à la retraite depuis quelques jours à peine.

Alexandre De Groote (62 ans) est un des spécialistes en obligations les plus connus de Belgique. Il vient de prendre sa retraite après une carrière de 34 ans à des postes clés dans le segment obligataire, successivement pour la maison de bourse Remy Frère, Petercam et Degroof Petercam.

"Chaque investisseur doit évaluer le risque qu’il est prêt à prendre."

Degroof Petercam est spécialisé dans le négoce d’obligations d’entreprises belges, mais également d’obligations d’entreprises européennes. "Nous pouvons offrir une plus grande valeur ajoutée qu’avec des obligations souveraines", a déclaré Alexandre De Groote dans une interview accordée à L’Echo/De Tijd.

Comment les investisseurs institutionnels se comportent-ils en cette période de taux bas ? Prennent-ils davantage de risques pour maintenir au même niveau le rendement de leur portefeuille ?

Certains portefeuilles qui ne pouvaient autrefois acheter que des obligations affichant au minimum un rating A peuvent aujourd’hui également acheter des obligations notées BBB. Ce changement a pour objectif d’obtenir de meilleurs rendements.

Cette évolution est-elle dangereuse ?

Chaque investisseur doit évaluer le risque qu’il est prêt à prendre. Il y a parfois des accidents sur le marché obligataire, c’est vrai. Le voyagiste Thomas Cook a fait faillite. Les chaînes de magasins HEMA ont fortement réduit leur dette obligataire en divisant par deux la valeur nominale d’une obligation et en annulant purement et simplement une autre.

"Il est très important de se diversifier."
Alexandre De Groote

La loi stipule que les versements dans une assurance groupe doivent absolument rapporter 1,75%. Les assurances groupe, qui investissent surtout dans des obligations, peuvent-elles obtenir un tel rendement ?

Bien entendu, ce n’est pas tenable. La plupart des obligations souveraines affichent un rendement négatif. Et les taux devraient rester bas encore deux ans au minimum.

Quelles sont les obligations que vous trouvez encore intéressantes ?

Je peux citer les aéroports Brussels Airport, Schiphol et Aéroports de Paris et les avionneurs Airbus et Boeing. Ces obligations bénéficient encore d’un bon rating et offrent un rendement attrayant, même si le secteur aérien devrait beaucoup souffrir au cours des prochaines années.

Investissez-vous dans des obligations ?

Oui, mais mon portefeuille a aussi connu des accidents. Il est très important de se diversifier. Mais je connais des traders en obligations qui n’ont jamais acheté une obligation à titre privé, parce que les actions rapportent davantage à long terme.

La crise du coronavirus a-t-elle eu des conséquences négatives pour votre travail ?

Mars, avril et mai furent de bons mois. Les échanges ont été très importants. Le niveau des taux n’est pas très important pour nous. Ce qui compte, c’est que le marché et les taux bougent.

Le télétravail est-il possible pour un "Head of Fixed Income" ?

Avant la crise du coronavirus, je disais toujours 'Du télétravail ? No way !' Il est important d’être présent dans la salle des marchés et d’entendre les collègues. Mais nous faisons du télétravail depuis le 15 mars. En juin, nous avons commencé à travailler en trois équipes: une semaine au bureau et deux semaines à la maison. Aujourd’hui je trouve le télétravail fantastique. J’ai un écran Bloomberg à la maison et je chatte avec mes (anciens) collègues. A terme, je pense que dans le métier, on travaillera deux ou trois jours au bureau, et le reste de la semaine à la maison.

Vous venez d’arrêter de travailler. Avez-vous des projets ?

Je vais souffler un peu, mais je continuerai à suivre les marchés. J’ai aussi l’intention d’étudier l’histoire de la République de Weimar. Je pense que lorsqu’il n’y a pas de croissance, il ne peut pas y avoir d’inflation. Mais dans la République de Weimar, il y avait de l’hyperinflation et aucune croissance. J’aimerais en savoir davantage.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés