interview

Andrew Dalrymple, gérant du fonds Global Conviction (TreeTop): "La politique joue un rôle important"

©Saskia Vanderstichele

Andrew Dalrymple est le cofondateur et directeur des investissements d’Aubrey Capital Management, qui conseille une clientèle d’investisseurs privés et institutionnels à partir de la capitale écossaise Edimbourg. Entretien.

Le gestionnaire de fonds belge TreeTop Asset Management détient une participation de 33% dans le spécialiste écossais. Dalrymple gère pour le compte de TreeTop Asset Management le Global Conviction Fund, qui cherche des entreprises en croissance susceptibles de profiter des changements fondamentaux du comportement humain. D’après lui, c’est dans ces secteurs que l’on peut gagner le plus. Cette année, le fonds affiche jusqu’à présent un rendement de 32% alors qu’il a clôturé l’année dernière dans le rouge. Depuis son lancement en 2014, son bénéfice annuel moyen se monte à 11,4% (après déduction des frais), soit un peu mieux que le MSCI World Index. La branche britannique du fonds est active depuis 2007.

"Nous ne sommes pas intéressés par des secteurs comme les mines qui sont fortement dépendants de la conjoncture."

Vous recherchez spécifiquement des entreprises qui provoquent de la "disruption". Pourquoi?
Nous examinons les entreprises qui font quelque chose de spécial susceptible de bouleverser leur secteur, ou quelque chose de totalement nouveau qui leur permet de profiter des changements dans le comportement humain. À long terme, ces entreprises en croissance réalisent des rendements supérieurs à la moyenne. Si vous les identifiez au bon moment, les rendements peuvent être importants. Nous cherchons des entreprises dont les bénéfices augmentent d’au moins 15% par an, et sont soutenues par de solides cash flows internes.

Quels sont les secteurs qui répondent à vos exigences?
Nous cherchons les secteurs où le consommateur occupe une place centrale. Les entreprises doivent fournir des produits ou des services qui facilitent la vie des citoyens. C’est pourquoi, sur des marchés matures comme les Etats-Unis, nous nous concentrons uniquement sur les ventes au détail, la technologie, les services et les technologies médicales, car ce sont les secteurs qui affichent la plus forte croissance. Nous ne sommes pas intéressés par des secteurs comme les mines, l’industrie, les semi-conducteurs, qui sont fortement dépendants de la conjoncture.

"Nous choisissons des entreprises qui bénéficient de solides cash flows. L’étude du bilan est un must."

Bon nombre de ces sociétés en croissance croulent sous les dettes. N’est-ce pas dangereux?
Pour de nombreuses entreprises, un endettement élevé est un fardeau, et pas seulement dans les secteurs en croissance. Vous devez donc pouvoir évaluer leur capacité à rembourser leurs dettes. C’est pourquoi nous choisissons des entreprises qui bénéficient de solides cash flows. L’étude du bilan est un must. Les entreprises qui font partie de notre portefeuille disposent en général d’une trésorerie nette.

Comment recherchez-vous ces entreprises?
Nous disposons sur notre radar d’une liste de 400 noms qui répondent à certaines exigences. Tout d’abord, leur valeur boursière doit être supérieure à 500 millions de dollars pour assurer une liquidité suffisante de l’action. Ensuite, la croissance doit être au rendez-vous: le rendement sur fonds propres, le rendement des cash flows et la croissance du bénéfice par action doivent être supérieurs à 15%. Nous ne voulons pas non plus payer trop cher. Le ratio PEG (Price/Earnings to Growth, NDLR), qui tient compte de la croissance, doit se situer aux alentours de 1. Nous cherchons ensuite les entreprises qui détiennent un leadership, qui affichent un beau palmarès et bénéficient d’un avantage concurrentiel. Pour cela, nous devons nous entretenir avec le management de ces entreprises. Nous visitons chaque année plus de 200 sociétés. Au final, 35 à 45 noms se retrouvent dans notre portefeuille.

"Le conflit commercial sino-américain ne m’empêche pas de dormir. Aux Etats-Unis, l’industrie ralentit, mais pas les services aux consommateurs."

Dans quelle mesure le contexte macro-économique joue-t-il un rôle?
Nous le suivons bien entendu avec attention. Vous avez avantage à ce que vos actions aient plutôt le vent dans le dos que de face, comme une forte croissance des revenus. La politique joue aussi un rôle important. C’est ce qui explique que notre portefeuille ne contienne aucune action turque ou argentine.

Le conflit commercial sino-américain vous inquiète-t-il?
Il ne m’empêche pas de dormir. Aux Etats-Unis, l’industrie ralentit, certes, mais pas les services aux consommateurs dans lesquels nous investissons. Et en Chine, les exportations représentent encore 9% de la croissance économique, contre 60% pour la consommation intérieure. Nous n’avons aucun exportateur chinois en portefeuille, mais des actions qui profitent du boum de la consommation, comme China International Travel, qui exploite des boutiques dans les aéroports et dispose d’un monopole. Ou Yihai, une entreprise qui fournit tout ce qui est nécessaire aux restaurants de hot pot (fondue chinoise, NDLR), un segment qui connaît un énorme succès en Chine. Nous tirons aussi les marrons du feu avec Meituan Dianping, la plus grande plateforme en ligne pour la livraison de repas, les réservations d’hôtels et de nombreux autres services en Chine. Ce marché est un duopole avec Eleme d’Alibaba. Meituan compte 420 millions d’utilisateurs et une part de marché de 65% dans la distribution de repas. Et contrairement à de nombreux confrères occidentaux, il dispose de cash sur son bilan.

"Une entreprise qui vaut 10 milliards de dollars peut doubler de valeur."

Les géants qui profitent des changements de tendances, comme Alphabet, la maison mère de Google, ou Amazon, ne sont pas dans votre portefeuille. Pouvez-vous expliquer pourquoi?
Une entreprise qui vaut 10 milliards de dollars peut facilement doubler de valeur. C’est peu probable pour une entreprise dont la valeur est proche de 1.000 milliards de dollars. La valorisation reste importante à nos yeux. Nous avons longtemps eu Netflix en portefeuille mais à un moment donné nous avons vendu parce que la concurrence augmentait.

Quelles sont les principales positions de votre portefeuille?
Match Group, l’entreprise faîtière de sites de rencontres populaires comme Tinder, se trouve en première position. Match a totalement modifié la manière dont les célibataires peuvent rencontrer un partenaire. L’entreprise est présente dans 190 pays et sa croissance devrait se poursuivre encore longtemps. Notre deuxième position est Zoetis, la spin-off de Pfizer spécialisée en médicaments vétérinaires. Les dépenses pour les animaux domestiques augmentent en flèche suite à l’émergence de la classe moyenne dans les pays en développement. Dexcom, notre numéro trois, est en train de révolutionner la vie des patients diabétiques. L’entreprise a mis au point un système portable qui mesure en permanence leur taux de glycémie. Il propose même une app qui prévient un proche en cas de problème. Lorsque nous avons acheté l’action il y a dix ans, l’entreprise affichait encore des pertes. Aujourd’hui, elle est très rentable et réalise un chiffre d’affaires annuel de 2,7 milliards de dollars. Le marché est un duopole avec Abbott Laboratories, mais Dexcom est un acteur 100% actif dans le diabète et propose les moniteurs les plus fiables. Aux Etats-Unis, seuls 35 à 40% des patients souffrant de diabète de type 1 utilisent la nouvelle technologie. Dans le reste du monde, ce chiffre est encore très inférieur. Son potentiel de croissance est donc bien réel.

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