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"Aucun signal de récession aux États-Unis"

Chez Invesco, on estime que les actions et autres actifs, tels que l’immobilier, recèlent encore du potentiel aux États-Unis. ©AFP

D’après Invesco, les actions US et les obligations européennes et chinoises recèlent encore du potentiel, grâce à la persistance de la croissance américaine et aux flux continus d’investissements en obligations.

"Une ampoule qui ne fonctionne qu’à 50% peut durer deux fois plus longtemps." C’est la métaphore utilisée par Lyndon Man pour rassurer les investisseurs qui se demandent combien de temps la période record de croissance de l’économie américaine durera encore. Pour Lyndon Man, coresponsable du portefeuille d’obligations de qualité "investment grade" chez Invesco, les États-Unis – qui connaissent une croissance ininterrompue depuis 125 mois – ne sont pas à la veille d’une récession.

Au cours de la conférence de presse annuelle organisée par Invesco à Londres, Lyndon Man a indiqué qu’il estimait que le réservoir de carburant n’était pas vide. Ce qui est positif pour les actions américaines. John Greenwood, économiste en chef d’Invesco, estime qu’aux États-Unis les actions et autres actifs tels que l’immobilier recèlent encore du potentiel. Les récents cours record sur Wall Street ne semblent pas l’effrayer.

Hausse des cours liée au déficit budgétaire américain

Lyndon Man a calculé le rythme de hausse moyen des actions américaines. Cette croissance apparaît comme modérée si on la compare avec la période de hausse précédente. ©doc

Au lieu de se pencher exclusivement sur la longueur de cette période de croissance, Lyndon Man a calculé son rythme de hausse moyen. Et cette croissance apparaît comme modérée si on la compare avec la période de hausse précédente.

John Greenwood, de son côté, attribue une grande partie de cette hausse des cours à l’augmentation du déficit budgétaire américain. Les banques américaines achètent les bons du Trésor qui permettent au gouvernement de financer le déficit et créent ainsi de l’argent pour l’économie, un financement de la croissance qui devrait à terme également générer suffisamment d’inflation.

Aucun signal dans le rouge

John Greenwood écarte l’idée d’une récession, malgré le ralentissement mondial de l’industrie. Il a étudié tous les ralentissements significatifs de l’économie américaine depuis les années 60 et a constaté qu’ils s’accompagnaient systématiquement d’au moins deux des quatre signaux suivants: politique monétaire stricte, endettement excessif des ménages, dépenses "cycliques" (biens de consommation durables, logements, stocks et investissements des entreprises) élevées et inflation en hausse. Aujourd’hui, aucun de ces signaux n’est dans le rouge.

Les fusions et acquisitions ainsi que les rachats d’actions propres pénalisent les investisseurs en obligations.
Lyndon Man
Responsable des obligations "investment grade" chez Invesco

Les acteurs du marché se montrent néanmoins nerveux à propos de l’inversion de la courbe des taux – taux à court terme supérieur au taux à long terme, ce qui est un signe annonciateur de récession. Pour John Greenwood, cette nervosité est infondée: "Le renversement de la courbe des taux n’est le prélude d’une récession qu’à condition qu’il soit provoqué par un resserrement de la politique monétaire et l’augmentation des taux à court terme par la banque centrale. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les récents renversements des courbes de taux étaient essentiellement induits par les marchés", poursuit John Greenwood.

Il ne s’inquiète pas davantage du creusement du déficit américain. "Il est marginal par rapport à l’énorme réduction de l’endettement des ménages et du secteur financier."

Augmentation des fusions et acquisitions

Cela ne signifie pas pour autant que les obligations d’entreprise américaine soient intéressantes. Lyndon Man cite ce que l’on appelle le "cycle du crédit", qui semble être dans sa "dernière phase" aux États-Unis. Pour les investisseurs en obligations, cela n’annonce pas grand-chose de bon. "Dans la dernière phase, on constate généralement une augmentation des fusions et acquisitions, de nombreuses entreprises rachètent massivement leurs propres actions, etc. Ces mesures positives pour les actionnaires soutiennent les cours des actions, mais sont défavorables pour les investisseurs en obligations", poursuit Lyndon Man.

"En Europe, c’est l’inverse, avec des bilans d’entreprise apparemment plus sains et moins de fusions et acquisitions, poursuit-il. C’est pourquoi nous préférons les obligations souveraines européennes plutôt qu’américaines. Y compris parce que la quantité d’obligations d’entreprise risquées a beaucoup augmenté aux États-Unis, pour passer d’un peu moins de 2.000 milliards de dollars juste avant la crise financière à 4.500 milliards de dollars aujourd’hui. Pour l’instant, cela ne nous inquiète pas parce que nous ne nous attendons pas à une récession. Mais si cela se produit, on pourrait assister à une baisse du rating de crédit de nombreuses obligations."

Nous croyons à la transformation de l’économie chinoise, qui réduit sa dépendance envers l’industrie et les investissements étrangers et s’oriente de plus en plus vers les services. Cette évolution se constate notamment dans la forte croissance du commerce en ligne en Chine.
Lyndon Man

Obligations européennes et chinoises

Invesco préfère donc les obligations d’entreprise européenne, si possible de bonne qualité. Pour Lyndon Man, ces obligations offrent encore un rendement intéressant par rapport aux obligations souveraines. Même s’il faut relativiser les choses dans un environnement où une grande partie de la dette souveraine est assortie de taux négatifs, poursuit Lyndon Man, qui estime que le contexte macroéconomique joue malgré tout en faveur du marché obligataire. Idem pour les flux financiers, car Lyndon Man s’attend à ce que les flux sortants des actions vers les obligations enregistrés en 2019 se poursuivent l’an prochain.

Mais les investisseurs en obligations doivent se montrer sélectifs, insiste Lyndon Man, qui s’appuie sur les tendances structurelles à long terme. Dans cette optique, les obligations souveraines chinoises se retrouvent dans le viseur. "Nous croyons à la transformation de l’économie chinoise, qui réduit sa dépendance envers l’industrie et les investissements étrangers et s’oriente de plus en plus vers les services. Cette évolution se constate notamment dans la forte croissance du commerce en ligne en Chine." Les obligations souveraines chinoises émises en dollars ou en euros devraient en profiter.

Les obligations souveraines chinoises "onshore" – c’est-à-dire émises en yuans – devraient bénéficier d’un coup de pouce suite à la décision prise plus tôt cette année d’intégrer les obligations chinoises à 100% de leur pondération dans le très influent indice Bloomberg Barclays Global Aggregate Bond Index. 2.500 milliards de dollars d’investissements sont liés à cet indice, et la Chine devra atteindre un poids de 6% en 20 mois. Ce pourcentage correspond à 150 milliards de dollars d’obligations chinoises que les investisseurs étrangers devront acheter s’ils souhaitent continuer à suivre l’indice. "Nous sommes fans des obligations souveraines chinoises", conclut Lyndon Man.

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