analyse

Automne noir pour les techs

©AFP

Après avoir mené Wall Street à des sommets historiques cette année, les grandes valeurs technologiques traversent désormais un automne très chahuté, caractérisé par des plongeons à deux chiffres depuis début octobre, et emportant l'ensemble des secteurs, du fait de leur poids. La chute de ces géants, sur fond de prévisions de résultats décevants, est de nature à relancer les interrogations sur un éventuel ralentissement à venir de la croissance.

C'est la grise mine depuis plusieurs semaines du côté des techs. Un mouvement amplifié depuis deux jours. Lundi, Apple , qui a abaissé ses commandes de production pour ses trois nouveaux modèles d'iPhone, a cédé 3,96% lundi à Wall Street, entraînant dans sa chute le Nasdaq (et par conséquent le secteur des techs), qui a lui abandonné 3,2% à 7.028,47 unités.  Ce mardi , il es passé sous les 7.000 points (-1,70% à 6.908,82 points à la clôture).  

La Bourse de New York n'est pas la seule impactée par cette mauvaise spirale des techs. Les marchés européens évoluent également dans le rouge, avec des valeurs technologiques particulièrement sous pression. Des replis sont aussi bien marqués du côté des fournisseurs de logiciels (Dassault Systèmes , Nemetschek ), que des groupes de télécoms (Nokia , Ericsson ), les fabricants et équipementiers de semi-conducteurs (Siltronic, AMSL, Soitec) et les sociétés de services informatiques (Atos , Sopra Steria ).

Que se passe-t-il?

Au cours des six premiers mois de 2018, les FAANG et consorts ont d'abord été le moteur d'une longue séquence de hausse à Wall Street. C'est à la mi-octobre que le vent a tourné. Ces géants du web, désormais en territoire baissier ("bear market"), sont aujourd'hui vulnérables à toute inquiétude sur les perspectives de croissance de leurs résultats ou toute mauvaise nouvelle suite à leurs valorisations extrêmement tendues, ce qui pèse sur la tendance depuis quelques semaines. Outre cette vulnérabilité, ils font face à un ralentissement économique qui s'est fait sentir dans les résultats trimestriels de plusieurs grands noms (Amazon , Alphabet ...). Ces résultats en demi-teinte ont soulevé les inquiétudes des investisseurs quant à la croissance mondiale et la survalorisation des titres technologiques.

"Les FANG sont bel et bien en territoire baissier ("bear market") et ce n'est pas beau à voir."
Neil Wilson
Markets.com

La première capitalisation mondiale, Apple, a par exemple perdu plus de 20% depuis son pic historique atteint début octobre. Ce mardi, Goldman Sachs a d'ailleurs abaissé son objectif de cours pour la deuxième fois en un mois. Rod Hall, analyste pour la banque, a diminué à 182 dollars son objectif de cours, contre 209 dollars. Une semaine auparavant, il avait coupé ses estimations de 222 à 209 dollars. Il maintient sa recommandation à neutre. 

"Les FAANG sont bel et bien en territoire baissier ("bear market") et ce n'est pas beau à voir", souligne Neil Wilson, chez Markets.com. "Clairement, les actions technologiques traversent une phase de réévaluation, mais il semble qu'elles soient vendues comme une seule entité. Un peu comme les marchés émergents, les FAANG sont très différentes les unes des autres et devraient être évaluées à titre individuel", poursuit-il.

Selon certains analystes, ces entreprises qui dictent la tendance de Wall Street chutent avant tout parce qu'elles ont précédemment collectionné les records. "Le mouvement a vraiment commencé après le Brexit", affirme Jack Menke, analyste au sein du Nasdaq, qui rappelle que le secteur a avancé en moyenne de 7% lors des neuf trimestres qui ont suivi le vote britannique, car en pleine période d'incertitudes européennes, "les investisseurs du monde entier étaient assoiffés par les perspectives de profits des techs dans un environnement de taux d'intérêt très bas".

Ce n'est pas tout. La réforme fiscale américaine adoptée fin 2017 a permis à ces groupes de dévoiler des profits records sur les deux premiers trimestres 2018, portés par des économies d'impôts ouvrant la voie à de juteux plans de rachats d'actions et de dividendes pour les actionnaires. "Nous sommes face à une correction naturelle" désormais, explique Jack Menke pour justifier le repli observé ces dernières semaines.

L'heure du retour sur terre

La banque centrale américaine (Fed) est engagée dans des hausses de taux qui renchérissent les emprunts pour les ménages et les entreprises et pourraient aboutir à une baisse de la demande. La hausse du dollar, conséquence des hausses de taux, renchérit pour sa part les produits vendus à l'étranger.

Le croissance américaine pourrait, si elle ralentissait, venir alimenter un mouvement de déprime international. Or, les technologies étant fortement ancrées dans le vie quotidienne de milliards de personnes, le secteur est particulièrement performant lors de phases de croissance, mais sensible à tout ralentissement.

Pas sûr qu'on trouve beaucoup d'iPhone sous le sapin cette année...

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