portrait

Avec Gary Gensler, Wall Street a son nouveau garde-chasse

Le basculement du Sénat américain dans le camp démocrate a conduit Joe Biden à choisir un profil plus strict pour diriger l'institution de contrôle des marchés.

Après quatre années de dérégulation de la finance sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis s'apprêtent à renouer avec un contrôle plus étroit de l'industrie financière. Même si Joe Biden ne compte pas se montrer aussi agressif vis-à-vis des banques et autres géants de Wall Street que le souhaitaient les démocrates les plus progressistes, tels Elizabeth Warren ou Bernie Sanders, le nouveau président américain n'a pas choisi le profil le plus modéré pour diriger la SEC (Securities and exchange commission), le gendarme des marchés financiers des États-Unis.

Spécialiste de la blockchain

Gary Gensler est professeur au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), où il enseigne la gestion et la pratique de l'économie mondiale. Mais il y occupe aussi un poste en vue dans la recherche sur les monnaies numériques. Certains le décrivent ainsi comme un "professeur de blockchain", cette technologie qui est à l'origine de cryptomonnaies telles que le bitcoin. Selon l'agence Bloomberg, Gensler s'est déjà prononcé en faveur de davantage d'intervention des autorités dans ce domaine, ce qui n'empêche pas les acteurs des devises électroniques de voir en lui un régulateur plus ouvert à ces nouveaux actifs financiers. En tout cas plus ouvert que son prédécesseur à la SEC, Jay Clayton, qui s'est, lui, montré plutôt réticent à l'utilisation des cryptomonnaies.

Gary Gensler, qui sera, selon plusieurs sources citées par la presse américaine, le nouveau président de cet organisme de contrôle, est considéré comme un fonctionnaire impitoyable. Après avoir contribué à l'élaboration de la loi Sarbanes-Oxley sous la présidence de Bill Clinton puis à la rédaction de la réglementation Dodd-Frank sous celle de Barack Obama, des législations visant à davantage de transparence dans la finance et à une meilleure protection des consommateurs, cet ancien responsable de la finance chez Goldman Sachs n'a pas hésité, lorsqu'il présidait la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), organe de régulation des produits dérivés, à appliquer des amendes de plusieurs centaines de millions de dollars à des géants de la finance mondiale, dont Citigroup, JP Morgan ou encore UBS, notamment lors de l'enquête sur la manipulation du Libor, un taux interbancaire de référence.

Les lobbyistes, ses ennemis

Le profil

18 octobre 1957: naissance à Baltimore, dans l'État américain du Maryland

1979: débute une carrière à la banque d'affaires Goldman Sachs, où il restera 18 ans

1997: assistant du secrétaire au Trésor Robert Rubin, chargé des marchés financiers

1999: sous-secrétaire au Trésor, chargé de la finance nationale

26 mai 2009: devient président de la CFTC (Commodity futures trading commission) sous la présidence de Barack Obama; il occupera ce poste jusqu'en 2014

Les intervenants de Wall Street auraient certainement préféré que la présidence de la SEC revienne à Robert Jackson, un professeur de l'Université de New York, déjà nommé commissaire dans cette institution sous la présidence de Donald Trump. Considéré comme plus centriste, Jackson aurait pu recevoir plus facilement des voix républicaines au Sénat lors du vote devant confirmer le choix de Biden pour la SEC. Mais voilà: après l'élection sénatoriale partielle dans l'État de Géorgie, la haute assemblée américaine a basculé dans le camp démocrate. Le Président des États-Unis a ainsi pu se permettre d'opter pour le plus rigoureux Gary Gensler, dont la nomination doit, dit-on, satisfaire l'aile progressiste du parti démocrate.

Si, quand il dirigeait la CFTC, Gensler a parfois désigné les lobbyistes financiers comme ses ennemis, le futur président de la SEC n'est pas pour autant un adversaire de la haute finance. Il a débuté à la banque d'affaires Goldman Sachs, où il a travaillé pour Robert Rubin, qui deviendra ensuite secrétaire au Trésor de Bill Clinton. Rubin convaincra ensuite Gensler de travailler avec lui pour le gouvernement, ce qui constituera le début de sa carrière dans le secteur public.

À gauche, les plus radicaux se plaindront de voir encore un "Goldman Sachs Boy" débarquer à un poste administratif clé. Mais à Wall Street, on dit que Gary Gensler s'est défait de cette étiquette plus vite que n'importe qui auparavant. Et puis, n'est-ce pas avec les anciens braconniers qu'on fait les meilleurs garde-chasse?

Exigeant

Gary Gensler est décrit par ses collègues comme une personne très exigeante sur le plan professionnel. Lorsqu'il présidait la CFTC, certains collaborateurs de cette institution de régulation du marché des dérivés se sont retrouvés en burn-out, au point que plusieurs ont décidé de constituer un syndicat. Selon l'agence Bloomberg, un sondage réalisé à l'époque auprès des fonctionnaires avait désigné la CFTC comme la pire administration où travailler... La présidence de la SEC, dont la taille est cinq fois plus grande que celle de la CFTC, représentera un défi pour Gensler au point de vue de la gestion du personnel.

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