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Bernard Keppenne (CBC Banque): "La BCE ne se donne pas la même flexibilité que la Fed"

© Sofie Van Hoof

La Banque centrale européenne (BCE) a présenté les conclusions de sa revue stratégique après près de 18 mois de discussions. Pour y voir plus clair, nous avons posé trois questions à Bernard Keppenne, chief economist chez CBC Banque.

1. Les annonces de la BCE étaient déjà sous-entendues depuis de nombreux mois. S'agit-il d'un simple exercice communicationnel ou faut-il voir un réel changement dans sa politique monétaire?

Selon moi, il y a un réel changement pour plusieurs raisons. Premièrement, l'aspect climatique de la politique monétaire - qui était déjà dans les cartons - est désormais confirmé. Deuxièmement, un certain nombre d'instruments qui étaient non conventionnels sont désormais totalement intégrés dans la politique monétaire de la BCE. Troisièmement, le risque financier est dorénavant inclus dans ses critères de réflexion. Il s'agit d'un vrai changement par rapport à l'ancienne approche de la BCE, qui était uniquement centrée sur la stabilité des prix.

"La BCE dit qu'elle laissera l'inflation dépasser 'légèrement' son objectif pendant une 'période intermédiaire'. C'est une notion très différente de celle de la Réserve fédérale qui travaille sur une moyenne."
Bernard Keppenne
Chief economist chez CBC Banque

Il faut noter enfin que la précédente revue stratégique datait de 2003. Or comme la présidente Christine Lagarde l'a dit, les choses évoluent tellement vite aujourd'hui que l'on ne peut plus se permettre d'attendre aussi longtemps. C'est pourquoi le prochain exercice du genre aura lieu en 2025. Cela montre la volonté de la BCE de s'adapter en permanence au contexte économique.

2. La Réserve fédérale (Fed) s'est prêtée au même exercice en août 2020. La BCE ne fait que suivre ses traces?

La BCE dit qu'elle laissera l'inflation dépasser "légèrement" son objectif pendant une "période intermédiaire". C'est une notion très différente de celle de la Réserve fédérale qui travaille sur une moyenne. Cela signifie qu'en cas de fortes pressions inflationnistes dans les prochains mois, ce que je ne crois pas, la BCE va devoir agir. Elle s'est donc mis une contrainte. Elle ne se donne pas la même flexibilité que la Fed. Cela a été très clairement dit par Christine Lagarde.

Pourquoi cette différence? Parce que le premier objectif de la Fed, c'est le marché de l'emploi. Or la raison d'être, l'ADN de la BCE reste la stabilité des prix.

3. Quel sera l'impact de cette nouvelle stratégie de la BCE sur les marchés financiers?

Pour les investisseurs, ce qui est certain à court terme, c'est que la Banque centrale européenne va garder ses taux au niveau actuel. Et qu'elle est prête à mettre en place tous les instruments déjà utilisés dans le passé en cas de rechute du cycle économique.

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