Bertrand Veraghaenne: "Le marché est malsain"

Bertrand Veraghaenne a son franc-parler et c’est ce que l’on attend généralement d’un économiste. Après avoir fait ses armes chez Arthur Andersen et longtemps travaillé chez Petercam - et après une expérience d’un an à la BNP Paribas en Turquie-, le voici "chief economist" à la Banque Transatlantique à Bruxelles. Cette banque privée, filiale du groupe français Crédit Mutuel-CIC et dirigée par deux anciens de HSBC Dewaay (le Français Fabrice de Boissieu et le Belge Michel de Villenfagne) entend ainsi soigner sa visibilité sur le sol belge.

Dans le contexte de crise que nous connaissons et de grande volatilité pour les actions, la clientèle de toute banque privée est plus que jamais à l’affût des conseils d’experts. "Notre message à notre clientèle est de dire qu’essayer de suivre les actions est très dangereux actuellement. Un mois, le marché baisse, le mois suivant il grimpe. C’est très volatil. Sur le marché, on constate qu’il existe beaucoup d’avis extrêmes. Certains secteurs réalisent des plus hauts sur vingt ans, d’autres secteurs des plus bas sur la même période. Le marché est assez malsain et les fondamentaux ne sont pas bons. Les problèmes d’endettement et la situation du marché immobilier n’augurent rien de très favorable."

D’où un conseil de prudence du côté de la Banque Transatlantique, avec l’objectif en tout cas de préserver le capital. "Le surendettement est abyssal et les déséquilibres loin d’être résolus. Les prévisions du Fonds monétaire international me paraissent trop optimistes. Si vous lisez le livre "This time is different" de Rogoff et Reinhart sur l’histoire des crises, on se rend compte que les pays qui affichent une dette externe dépassant 80% du PIB basculent le plus souvent dans les problèmes de défauts de paiement. Or la Grèce, le Portugal et l’Espagne se situent au-delà de 150%. Selon moi, ces pays sont donc dans une situation de faillite virtuelle. A mes yeux, le ‘ maillon faible est plus faible en Europe qu’aux USA. Ce maillon faible, c’est le sud de l’Europe. C’est pourquoi, je pense que la hausse de l’euro est exagérée face au dollar. Même si la situation américaine est tout aussi catastrophique. Les Etats-Unis ont mis l’accent sur les plans de relance. La Federal Reserve a injecté des liquidités énormes dans le système. On a imprimé et encore imprimé de l’argent. Mais l’endettement devient gigantesque. Et la reprise particulièrement lente. Pour un dollar de PIB, on a ajouté 4,5 dollars de dette".

Et l’économiste de résumer la situation par une simple phrase: "Something that cannot continue, won’t" (Ndlr: Quelque chose qui ne peut pas continuer ne va pas continuer). Bref, aux yeux de Veraghaenne, l’économiste Nouriel Roubini, qui n’écarte pas une rechute en récession (probabilité estimée à 40% de ce scénario), pourrait bien en définitive être dans le bon.

Déflation puis inflation

En Europe, c’est surtout le cas espagnol qui préoccupe l’économiste. Les ménages et les entreprises sont complètement surendettés. Il y a aussi une dette publique cachée: le chiffre officiel de 70% de dette publique sous-estime la réalité. Et l’économie et l’immobilier ont littéralement crashé. Pour la Grèce, ajoute encore Veraghaenne, le marché se prépare déjà à une éventuelle restructuration de la dette, qui pourrait prendre la forme d’un report des échéances de remboursement.

Et l’euro peut-il exploser? "La probabilité ne peut être totalement écartée" dit-il. "Nous évaluons cette probabilité à 25%. Dès lors, il faut se protéger en conséquence. Et cela se peut faire via des positions en or, des positions en dollar, l’achat de trackers boursiers qui suivent le marché à la baisse, des fonds de devises asiatiques".

"A court terme, nous pensons que le scénario est plutôt déflationniste. Malgré les plans de relance, c’est la sortie de récession la plus lente depuis la deuxième guerre mondiale. Pour les actions, le marché baissier pourrait encore durer 4 ou 5 ans. Et ce marché baissier pourrait se terminer par un retour de l’inflation".

Rien de très encourageant donc. "Bon, ce n’est pas la fin du monde. Mais il faut se garder de tout optimisme excessif même si les marchés ont progressé en septembre. Et surtout, il faut prendre les mesures pour protéger ses avoirs. C’est cela la clé des rendements de demain."

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés