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Ce que l'"effet janvier" nous raconte en bourse

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Il y en a qui prétendent que du bilan boursier du mois de janvier dépend celui de l’année entière. S’il est positif, l’année entière le sera. Et l’inverse, s’il est négatif. Qu’en est-il vraiment?

Le premier mois de 2020 est sur le point de s’achever. Les tenants de l’"effet janvier" vont bientôt pouvoir se faire une petite idée sur la manière dont évolueront les bourses pour le restant de l’année. Et surtout sur le bilan annuel qu’elles pourraient afficher d’ici la fin du mois de décembre.

Pour bon nombre d’investisseurs, le premier mois d’une année boursière est censé donner le ton pour les onze autres mois. Si le bilan est positif, les chances qu’il en soit ainsi pour l’ensemble de l’année sont élevées. Et vice-versa malheureusement, si la performance de janvier est négative.

Jusqu’à 4 années de hausse d’affilée

Pour l’heure, et alors que les bourses sont victimes depuis quelques jours de prises de bénéfice, l’avance des principaux indices boursiers des pays développés depuis le début de ce mois se réduit comme peau de chagrin. Il paraît donc prématuré de faire preuve à ce jour d’un grand optimisme pour l’ensemble de l’année.

Imaginons que le bilan du mois de janvier sera positif à la Bourse de Bruxelles, peut-on pour autant s’attendre à une nouvelle année favorable, surtout après une ascension de 22% de l’indice Bel 20 en 2019? Les accros de l’"effet janvier" le prétendent. D’autres investisseurs plus sceptiques ont par contre quelques doutes sur le sujet. Cela dit, ce ne sera pas la première fois que le Bel 20 engrangerait deux bilans annuels de suite favorables. L’indice a d’ailleurs déjà réussi des prouesses bien plus spectaculaires que cela. À trois reprises depuis sa création le 31 décembre 1990, il est en effet parvenu à enfiler quatre années positives sans interruption! Ce fut le cas entre 1995 et 1998. L’indice avait accumulé un gain de 153% sur cette période. Ce fut le cas encore entre 2003 et 2006 (+ 116%), ainsi qu’entre 2012 et 2015 (+ 78%).

La faible performance attendue du Bel 20 au cours de ce mois de janvier laisse penser que 2020 ne sera pas aussi mirobolant pour la bourse que 2019.

Assister à une éventuelle poursuite de la hausse du Bel 20 cette année, si tel devait être le cas, ne constituera donc pas un fait exceptionnel. Et si les choses devaient évoluer dans le bons sens d’ici la fin de ce mois, il peut être légitime de parier sur un bilan encourageant pour l’ensemble de 2020. Petit détail soit dit en passant, il y a lieu d’avoir à l’esprit que les trois périodes fastes mentionnées ci-avant ont suivi des mois de crise financière ou autre qui avaient lourdement affecté les marchés de la planète. Comme le krach obligataire pour la première d’entre elles, la chute des valeurs internet pour la deuxième et la crise de la dette grecque pour la troisième. À ces moments-là, les bénéfices que réalisaient les sociétés étaient en rade. Ils ne pouvaient que s’améliorer. Ce n’est pas vraiment le cas à l’heure actuelle, alors que les principales économies dans le monde se situent en fin de cycle.

Que disent les statistiques?

Ces deux dernières années, les bourses n’ont pas été confrontées à des crises de grande ampleur qui justifieraient du coup un rebond. Cela ne suffit pas toutefois à penser que les marchés d’actions ne connaîtront pas une bonne année. Au fait, comment les choses se sont-elles passées pour le Bel 20 dans le passé? Un rapide coup d’œil sur l’évolution du Bel 20 depuis son lancement il y a 29 ans permet de tirer quelques observations plutôt intéressantes.

On constate ainsi que 15 mois de janvier sur 29 se sont soldés sur un bilan positif, et 14 en baisse. Et un mois de janvier positif voit les cours des actions progresser de 5,04% en moyenne, mais reculer de 3,77% en moyenne s’il est négatif. C’est surtout lors des périodes de crise que les mois de janvier sont les plus difficiles. Ce qui paraît assez logique. Cela a été le cas entre 1999 et 2003 au moment de la chute des valeurs internet, et entre 2008 et 2010 lors de la crise financière. En janvier 2000 par exemple, le Bel 20 avait perdu 16%! Le même mois de l’année 2008 s’était clos sur une perte de 9,82%. Les meilleurs mois de janvier ont été ceux de 1997 (+ 8,23%), de 1992 (+ 8%) et de 2019 (+ 7,65%).

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La question qui nous concerne le plus dans le cadre de l’"effet janvier" est celle de savoir si un premier mois positif permet de penser que l’année entière se terminera d’emblée de la même manière. Et l’inverse, si le bilan de janvier est décevant. Ce qui ressort de la radiographie des prestations du Bel 20 au cours des trois décennies passée, c’est qu’à 11 reprises, le mois de janvier, comme l’année, se sont achevés sur une note positive. Et 6 fois, un départ d’année en recul a été précurseur d’un millésime décevant.

Pas trop vite se désoler

Que ceux qui craignent que l’actuel mois de janvier s’achève quand même sur un bilan négatif dans huit jours ne se désolent pas trop. Tout espoir de connaître une belle année n’est pas à perdre. Car, à 8 reprises depuis 1991, l’année avait mal démarré. Mais elle s’était malgré tout bien terminée. Seules 4 années, en dépit d’un bon mois de janvier, ont enregistré des pertes.

En conclusion, l’évolution du Bel 20 au cours des 29 dernières années ne permet pas de dire qu’un mois de janvier en hausse signifie d’emblée que le bilan annuel sera encourageant. Mais les chances qu’il en soit ainsi sont assez grandes. Et elles le sont d’autant plus que l’indice monte davantage qu’il ne recule au fil des ans. Au cours des 29 dernières années, il a engrangé 19 bilans annuels positifs contre 10 en repli.

Cela dit, la faible performance du Bel 20 au cours de ce mois de janvier (+ 1,8% environ à ce jour) laisse penser que 2020 ne sera pas aussi mirobolant qu’en 2019. Ce qui correspond aux prévisions d’une majorité de stratégistes boursiers.

Année plutôt défensive que cyclique

Si l’indice Bel 20 peut n’avoir pas perdu toutes ses chances de connaître une nouvelle année encourageante, ce n’est pas pour autant que l’on peut dire qu’il en sera ainsi pour les 20 actions qui le composent. L’an passé, trois d’entre elles (UCB, Telenet et Colruyt) avaient cédé du terrain par rapport à leur cours du début de l’année. Elles étaient deux à peine (Telenet et Proximus) à s’être trouvées dans cette situation à la fin du mois de janvier.

Sur le principe de l’"effet janvier", 2020 risque d’être plus compliqué pour près de dix valeurs cette fois. Ontex, Solvay, arGenX, Aperam et Colruyt sont de celles-là. Tandis que pour des titres comme UCB, Galapagos, Sofina et AvH, pour ne citer que ces noms, l’année s’annoncer plutôt sous de bons auspices.

Si le principe de l’"effet janvier" pouvait s’appliquer sur des actifs autres que les actions, 2020 ne devrait pas être un bon millésime pour l’euro et le pétrole. Mais bien pour le cuivre et l’or entre autres.

Ce que l’on observe pour les valeurs du Bel 20, on le relève aussi parmi celles de l’indice Stoxx 600 paneuropéen. Sur ses 19 groupes sectoriels, 12 sont pour l’heure orientés à la hausse. On trouve, par exemple, ceux des "utilities", des soins de santé, des services financiers, des télécoms ou encore de l’assurance. Parmi les 7 autres sous-groupes du Stoxx 600, il y a ceux de l’automobile, des banques, de la chimie, de la distribution et des actions liées aux entreprises actives dans les matières premières.

Bien sûr, il reste encore 11 mois en 2020 au cours desquels les choses peuvent évoluer bien différemment. Il convient donc de faire preuve de circonspection dans nos conclusions. Il se dégage néanmoins l’idée selon laquelle les valeurs cycliques, celles d’entreprises pour qui le niveau de l’activité économique est déterminant pour l’évolution de leurs bénéfices, risquent de ne pas être les plus choyées par les investisseurs cette année.

La récente révision à la baisse de la croissance mondiale par le FMI conforte ce sentiment. Tout comme la baisse des ventes de voitures attendue après dix années de croissance pour ce secteur, la crainte de voir les carnets de commandes des constructeurs de camions ou des fabricants d’engins de chantier baisser pour la première fois depuis plusieurs trimestres. Sans doute verra-t-on plus clair lorsque Paccar (DAF), Volvo et Caterpillar entre autres publieront leurs résultats du dernier trimestre 2019 les 28, 30 et 31 janvier respectivement.

En attendant, face aux incertitudes économiques, il paraît assez clairement que les investisseurs cherchent à se "réfugier" dans les valeurs défensives. Les résultats de ces dernières sont généralement moins impactés par les aléas de l’activité économique.

Sur les autres actifs financiers

Ce qui vaut pour le Bel 20 vaut aussi pour les autres principaux indices boursiers mondiaux. Wall Street, où le Dow Jones gagne déjà 2,5% depuis la fin 2019, paraît bien placé pour connaître une nouvelle année positive. Ce qui confirmerait une fois de plus l’observation selon laquelle une année électorale aux Etats-Unis est toujours faste pour les actions américaines. Du côté des places émergentes en Asie, à l’exception de l’un ou l’autre indice chinois, le vert devrait aussi l’emporter.

Si le principe de l’"effet janvier" pouvait s’appliquer également aux autres actifs financiers qu’aux actions, l’année 2020 ne devrait guère être un bon millésime pour l’euro qui connaît un début d’année capricieux, ni pour le baril de Brent. En revanche, elle pourrait être propice au cuivre et à l’once d’or dont les cours sont orientés à la hausse.

Évitons toutefois de faire de l’excès de zèle, l’"effet janvier" concerne principalement les marchés d’actions. Cette expression trouve son origine dans les nettoyages de portefeuilles (window dressing) auxquels ont l’habitude de procéder les gérants, chaque année au mois de décembre. Ils débarrassent les portefeuilles qu’ils gèrent des actions ayant mal performé durant l’année, afin d’impressionner leurs clients. En procédant de la sorte, ils font baisser les cours de ces actions qui, le mois suivant, attirent des investisseurs. Ce regain d’intérêt pour ces valeurs délaissées fait remonter les cours. Voilà qui explique en partie pourquoi le mois de janvier compte parmi les plus performants d’une année en bourse.

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